marées vertes

[ALGUES VERTES] Recours contre l'écocide de la Baie de Saint-Brieuc

Créé le : 15/12/2020
crédit pixabay - algues vertes

Crédit photo : pixabay

Par Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre

Pour la première fois dans l'histoire de la Bretagne, une association écologiste engage une action contre les autorités de l'Etat, les tenant responsables de la disparition de la biodiversité sur de vastes zones du littoral breton à cause de la présence massive et durable d'hydrogène sulfuré, issu de la décomposition des marées vertes échouées sur nos côtes, sans compter leur impact sur le milieu marin.  

Depuis des années, Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre alerte les pouvoirs publics et en particulier les préfètes et préfets successifs de Bretagne et des Côtes d'Armor sur l'impact des échouages massifs d'algues vertes sur toute la chaîne du vivant, et ce bien après les derniers échouages. Les effets et les causes de cette pollution majeure sont bien documentés par toute une série d'études scientifiques reconnues et incontestables. Des personnes ont payé de leur vie l'ignorance dans laquelle les ont plongées tous les échelons des administrations d'Etat, de départements, de région. Un récent documentaire sur la chaîne publique France 5 s'est bien fait l'écho des graves conséquences de cette pollution majeure vieille de 50 ans et toujours impunie aujourd'hui.
 
Or, ces risques sanitaires bien réels ne doivent pas masquer la terrible réalité de la dévastation de la biodiversité sur de vastes zones du littoral dans les baies sableuses et les rias. Rappelons que les estuaires sont des lieux de forte production biologique propices au développement de la faune avicole et constituent des nurseries pour de nombreuses espèces halieutiques. Si un homme meurt en 2016 dans une vase putride saturée en hydrogène sulfuré en traversant l'estuaire d'une rivière de la baie de Saint-Brieuc, qui peut soutenir un seul instant que puissent y vivre des espèces vivantes quelles qu'elles soient ?
 
Forte de ces constats et prenant acte de l'impuissance publique à résoudre ces graves atteintes à la biodiversité qui prennent par leur caractère structurel, permanent et systémique la forme d'un écocide, malgré les nombreuses alertes de l'association, Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre a décidé de se retourner vers les autorités compétentes du département des Côtes d'Armor sous forme d'un recours gracieux reçu le 26 novembre leur enjoignant de mettre fin à la prolifération algale par tous moyens légaux à leur disposition. Elle n'attend pas l'application de la loi de délit d'écocide pour agir auprès de l'autorité compétente représentante de l'Etat. Pour cela l'association mandate ses avocats du cabinet Géo-Avocats à Paris pour agir en ses lieux et place. https://geo-avocats.com
 
Ce recours comprend, en substance, les points critiques suivants :
 
•les rapports du CEVA démontrent que la période durant laquelle sont présentes les algues vertes ainsi que l'aire qu'elles couvrent ne décroissent pas avec le temps ;
 
•l'année 2019 aura été en ce sens une année catastrophique (un surplus de 20% enregistré entre août et septembre par rapport à la moyenne, 73% de cette couverture algale était présente sur la baie de SaintBrieuc) ;
 
•durant l'année 2020 les marées vertes, bien que moins spectaculaires qu'en 2019, sont apparues dans des proportions conformes à la moyenne annuelle et devenue habituelle ;
 
•cette absence d'évolution s'explique principalement par la stabilité des flux azotés vers la mer, lesquels constituent un "environnement favorable" pour le développement des algues vertes ;
 
•or, il a été constaté par les soins de Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre que la présence récurrente, depuis plusieurs décennies, de ces algues avait un impact sur la biodiversité littorale. Elle a ainsi alerté le conservateur de la réserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc ;
 
•les observations de l'association sont confirmées par les résultats d'une thèse universitaire récente réalisée sous la direction de l'IFREMER ainsi que par le suivi de l'indice de qualité des population d'invertébrés mesuré par l'observatoire de l'environnement en Bretagne, lesquels font état d'une perte de la diversité des espèces ainsi que d'une chute de la biomasse globale en zone d'eutrophisation ;
 
•cette situation est d'autant plus alarmante qu'elle concerne un espace naturel remarquable, à savoir la Baie de Saint-Brieuc, pourtant classée réserve naturelle depuis 1993 ;
 
•face à l'absence de mesures suf fisamment ef ficaces pour protéger la faune de la baie, l'association saisit donc le préfet de département en sa qualité à la fois de responsable de la protection de la réserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc et d'autorité en charge d'encadrer l'activité des exploitations émettrices d'azote ;
 
•l'action de l'association vise à lui faire communiquer les informations relatives aux contrôles des exploitations responsables des flux azotés ainsi qu'aux sanctions éventuellement prises en cas de manquement et (2) enjoindre la préfecture à prendre des mesures concrètes afin de mettre un terme à cette destruction de la biodiversité, laquelle constitue un préjudice écologique.
 
Cinquante ans après les premiers échouages attestés à Saint-Michel-en-Grève, Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre entend par ce recours mettre fin au désordre environnemental mortifère et toxique introduit en Bretagne par une agriculture intensive débridée largement entretenue par le laxisme d'Etat déjà condamné en 2007 et 2009 par des cours administratives.   
 
Plus d'infos : http://www.sauv-tregor.fr/            

ALGUES VERTES – Yves-Marie Le Lay (Sauvegarde du Trégor) : "Il faut changer radicalement de modèle agricole"

Créé le : 17/07/2017
Yves-Marie Le Lay et Corinne Gravigny, respectivement président et vice-présidente de l'association Sauvegarde du Trégor. Dans l'estuaire du Gouessant, matériel de détection de gaz H2S à la main, ils arpentent les lieux où est mort un joggeur le 8 septembre 2016. Crédits photo : Sauvegarde du Trégor.

La Bretagne subit cette année d'importantes proliférations d'algues vertes sur ses côtes. Yves-Marie Le Lay, fondateur et président de l’association Sauvegarde du Trégor nous explique les causes de cet épisode et les solutions qu'il défend pour lutter contre ce phénomène. A 67 ans, cet ancien professeur de philosophie fait des marées vertes sa lutte quotidienne aux côtés des partisans de son association Haltes aux marées vertes.

Tout d'abord, rappelez nous, comment se forment les algues vertes ?

Pour qu’il y ait des marées vertes, il faut deux facteurs conjoints : de la lumière et du nitrate. Mais ce nitrate ne tombe pas du ciel. Il vient directement des excédents d’azote de l’agriculture intensive et des élevages de notre territoire. Dans les eaux calmes, protégées par les contours rocheux du littoral, le nitrate est répandu dans les baies sans être dispersé dans les eaux profondes. Une fois que l’on a compris ce système quasi mécanique, il suffit de reporter ces deux éléments clés au contexte météorologique de l’année. On part toujours d’un stock hivernal d’algues qui s’accumulent à côté du rivage, dans une cuvette. Dès que la lumière du printemps apparaît, les algues se développent.

Pourquoi y en a-t-il autant cette année ?

Si la mer est agitée en hiver, comme ce fut le cas en 2014, il n’y a pas d’algues au printemps. Et ce, même s’il y a du nitrate et de la lumière. Les algues, dispersées par les mouvements de la mer, vont donc mettre beaucoup de temps pour reconstituer leur stock. Or, cette année, on est parti d’un stock automnal de 2016 important qui n’a pas été perturbé par les tempêtes et a connu une abondance de lumière. Cela explique l’explosion que l’on voit aujourd’hui. Et le réchauffement climatique ne fait qu’accélérer le phénomène. Si on continue comme ça, il y en aura de plus en plus. Le discours officiel accuse la météo. Dans ce cas, je conseille vivement de faire des danses de la pluie ou d’aller brûler des cierges pour que la météo soit plus clémente ! On ne peut pas intervenir sur la construction naturelle des côtes ni sur la météo. Agissons donc sur ce robinet à nitrate issu de l'agriculture productiviste.

Pourtant, des « plans algues vertes » sont engagés par l’État … Cela n’est pas suffisant selon vous ?

J’éclate de rire quand j’entends ça. C’est aberrant parce que les faits sont là. Il y a eu cinq ans de « plans algues vertes » et rien n’a changé. Il n’y en a même jamais eu autant ! Cela prouve bien que ce qui a été engagé ne fonctionne pas. Et cela veut dire qu’il y a encore trop de nitrate sur notre territoire. Ces 70 millions d’euros d’investissement pour leurs plans « algues vertes », c’est 70 millions d’euros jetés à l’eau pour rien du tout. On pourrait quand même faire autre chose avec une telle somme. Ces « plans algues vertes » ne sont pas efficaces du tout. Cela ne sert à rien de continuer sur le même modèle, ça ne marchera pas plus.

Dans ce cas, que conseillez-vous d’instaurer pour remédier au problème ?

Vous avez raison de poser cette question car l’art de la critique ne vaut rien sans propositions. Il faut savoir que, selon la commission européenne, le seuil de potabilité de l’eau ne doit pas dépasser 49 milligrammes de nitrate. En revanche, les algues se développent dès 5 milligrammes. Tant qu’on aura des terrains d’exploitation ou d’élevages bovins à échelle industrielle, on aura des marées vertes. Il faut changer radicalement de culture ! Cette surface agricole « fabriquant des marées vertes » représente 7% de la totalité de la surface agricole en Bretagne. Est-ce si difficile de modifier ces 7% ? Il faudrait leur imposer le passage à une agriculture biologique pour que les bons élèves ne voient pas leur travail gâché par les mauvais. En produisant moins mais mieux, personne ne serait lésé puisque cela apporte une haute valeur ajoutée aux productions agricoles.

Plus d'infos :
http://www.alguesvertes.fr/

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