[INTERVIEW] Jean-Christophe Sarrot : « Cinq ans pour démontrer que les TZCLD fonctionnent pour tout type de public et de territoire »

Publié le mer 10/11/2021 - 11:00
© JC Sarrot

Propos recueillis par Catherine Stern

Responsable du réseau Emploi-formation d’ATD-Quart monde, Jean-Christophe Sarrot coordonne ses opérations pilotes, notamment le suivi de l’expérimentation des territoires zéro chômeur de longue durée. Il nous parle de sa genèse et de ses perspectives.

Quel est le but de l’expérimentation des Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) ?

Le but est de créer autant d’emplois que de personnes ayant besoin de travailler sur un territoire, dans des activités qui ne concurrencent pas ce qui existe ou pourrait exister avec les autres acteurs. Leur spécificité est qu’elles ne sont pas entièrement solvables ni rentables. Cela peut être la revitalisation de commerces de proximité en milieu rural, des aides à la mobilité pour des personnes isolées, des actions contre la précarité énergétique ou pour le maraîchage en milieu urbain.

Racontez-nous son démarrage et son développement jusqu’à aujourd’hui.

Cela a commencé par la rencontre, en 2011, avec Patrick Valentin qui avait déjà tenté l’expérience dans les années 1990 près d’Angers. En 2012-2013, nous avons proposé au gouvernement Ayraud de faire passer une loi permettant cette expérimentation à plus grande échelle mais il l’a refusé, la jugeant irréaliste. Nous sommes donc passés directement par les territoires : dans les Deux-Sèvres, en Bretagne, Bourgogne et Meurthe-et-Moselle. Des chômeurs de longue durée, constitués en groupes de travail, ont identifié des activités pouvant être menées sur le territoire et commencé à mobiliser les acteurs locaux. Cette étape a permis la loi de 2016, votée à l’unanimité, et le démarrage du projet sur les territoires en 2017.

Comment s’est passée l’expérimentation ?

Pas facilement car on est en terrain inconnu et en permanence face à des difficultés, des tensions. Il existe diverses visions de l’expérimentation : plus politiques, plus sociales ou plus économiques. On a beaucoup agi ces deux dernières années pour que la loi d’extension de décembre 2020, qui va permettre à 50 nouveaux territoires de rejoindre l’expérimentation, assure les bonnes conditions de poursuite pour les cinq ans à venir. Cela n’a pas été facile parce que cette expérimentation remet en cause les modèles habituels sur l’emploi et la gestion du chômage. Il a fallu négocier et ne pas lâcher le morceau sur les questions financières et de gouvernance.

Les TZCLD pourraient-ils être généralisés ?

C’est l’objectif dans cinq ans. En 2027, soit tout s’arrête si on n’a pas atteint les objectifs concernant l’utilité sociale, les remises en emploi et la pérennité des entreprises à but d’emploi, soit la loi étendra la possibilité d’adopter le fonctionnement TZCLD à toute commune ou quartier le souhaitant, sous réserve d’une mobilisation des acteurs locaux. Le pire serait de restreindre ce fonctionnement à certains territoires et publics, par exemple aux plus de 55 ans en milieu rural. Les cinq ans qui viennent vont être très importants pour démontrer que le dispositif peut marcher pour tout type de public et de territoire.