[REPORTAGE] Les pouvoirs retrouvés de la pierre sèche

Publié le mar 24/03/2026 - 11:29

La technique de la pierre sèche, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, répond aux enjeux écologiques, économiques et durables des paysages méditerranéens. Un savoir-faire aux nombreux atouts que l’association Volubilis tente de revaloriser !

Du 23 septembre au 10 octobre dernier, un chantier de formation accueillait des spécialistes européens de la Pierre sèche à Caromb (84). Objectif : transmettre partager et informer sur les pouvoirs de cette technique millénaire. Ce chantier était organisé par Volubilis, association qui sensibilise et forme les élus, professionnels et citoyens pour vivre, rêver et aménager la ville et les paysages euro-méditerranéens.

« Concrètement, la finalité de ce chantier est de croiser les savoir-faire européens et de créer un MOOC en 2026, dans le cadre du projet Erasmus+ du Carrefour européen du savoir-faire des pays de la pierre sèche », nous explique Philippe Huet, ingénieur et président de Volubilis.

À Caromb, en plus de la douzaine de personnes qui participaient au chantier de restauration d’un mur de terrasse, se trouvaient également des spécialistes européens (architectes, urbanistes, membres d’associations) de Croatie, de Grèce, d’Espagne… mais aussi des enseignants Belges qui souhaitent transmettre ce savoir-faire dans le cadre d’Erasmus, ou des habitants des alentours qui s’intéressent à cette technique.

De nombreux intérêts

Christophe Lenfant, directeur de Volubilis, précise : « Actuellement, il existe un millier de muraillers qualifiés en France, et de nombreux artisans maçons pratiquent occasionnellement cette technique. Nous voudrions que des filières se développent autour de projets de restauration et de mise en valeur des paysages car la pierre sèche a de nombreux atouts. Tout d’abord, les pierres utilisées sont souvent récupérées à proximité des chantiers ou proviennent de petites carrières locales. Comme elles ne nécessitent pas de transport, leur empreinte carbone est très réduite, voire inexistante. »

Le fait d’assembler des pierres sans liant ni béton est bien plus écologique, sachant que le béton vieillit mal, et que sa fabrication nécessite du sable, qui se raréfie. Christophe Lenfant ajoute : « Et surtout, les constructions en pierres sèches permettent de mieux gérer les versants, de stabiliser les terrains, de mieux maîtriser l’eau qui s’infiltre dans les sols au lieu de ruisseler. Les galeries drainantes pour l’irrigation sont très présentes à Caromb.

Enfin, les pierres sèches favorisent la biodiversité. « Ce sont des habitats naturels pour la faune et la flore. Les murs constituent des corridors écologiques pour les animaux, comme les serpents ou les insectes. »

Philippe Alvaro vient de l’île de Majorque où le patrimoine en pierres sèches est restauré et valorisé depuis plus de trente ans : « L’entretien des paysages favorise le tourisme. Nous avons créé des kilomètres de chemins de randonnées. Notre technique est un peu différente car nos pierres ne sont pas plates, comme ici en Provence. Mais le résultat revient au même. »

Philippe Huet conclut que « le fait de restaurer des constructions anciennes a un intérêt économique indirect, notamment sur le tourisme puisque cela participe à la beauté des paysages, tout en améliorant le cadre de vie des habitants. »

 

*Les experts étaient à la fois des partenaires locaux (OPUS, Pierre Sèche en Vaucluse, les Parcs naturels régionaux du Mont Ventoux et du Luberon) et européens avec des professionnels du Consell Insular de Mallorca (Espagne), d’Udruga Brač (Croatie) et du Mediterranean Center of Environment (Grèce).

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