[NUCLEAIRE] Dans les centrales, des milliards de poissons meurent chaque année

Publié le ven 19/06/2026 - 12:00

Un rapport du Réseau « Sortir du nucléaire » révèle l’ampleur méconnue de la mortalité des organismes aquatiques provoquée par les systèmes de refroidissement des centrales françaises.

Chaque année, des milliards d’êtres vivants disparaissent dans les circuits de refroidissement des centrales nucléaires françaises. C’est la conclusion du rapport L’hécatombe invisible publié par le Réseau « Sortir du nucléaire », qui documente un phénomène largement absent du débat public : la mortalité massive des poissons, crustacés et autres organismes aquatiques aspirés par les installations de refroidissement indispensables aux centrales nucléaires.

Le mécanisme est simple : pour fonctionner, les centrales prélèvent d’importantes quantités d’eau afin de refroidir leurs réacteurs. Dans les installations à circuit ouvert, ces volumes peuvent atteindre l’équivalent d’une piscine olympique par minute. Avec l’eau pompée, c’est tout un écosystème qui entre dans la machine : poissons, larves, œufs et crustacés sont aspirés puis exposés à des chocs mécaniques, des variations de pression, des changements brutaux de température ou encore à des traitements chimiques comme la chloration.

Le rapport avance des chiffres inédits : la centrale du Blayais, en Gironde, piégerait entre 2,3 et 2,6 milliards d’organismes par an, tandis que celle de Paluel, en Normandie, atteindrait environ 2,1 milliards. Les futurs réacteurs EPR2 de Penly pourraient, selon les estimations étudiées, entraîner la capture d’environ 2,7 milliards d’animaux aquatiques supplémentaires chaque année. Au total, plus de 100 espèces ou groupes taxonomiques différents ont déjà été recensés parmi les organismes piégés par les centrales françaises.

Pour obtenir ces chiffres, le Réseau « Sortir du nucléaire » s’appuie sur une compilation de données issues principalement d’études et de documents transmis par EDF, de dossiers d’impact environnemental liés aux centrales existantes et aux futurs EPR2, ainsi que de travaux scientifiques internationaux sur les phénomènes de piégeage et d’entraînement des organismes aquatiques. Le rapport croise également ces informations avec des données institutionnelles, notamment celles de l’Autorité environnementale et de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. Le Réseau souligne toutefois que les données disponibles restent fragmentaires : les suivis réguliers de la mortalité aquatique liée aux prises d’eau des centrales ne sont pas systématiquement imposés en France.

Le rapport se conclue sur l'importance de la mise en place d'un suivi obligatoire de ces impacts, ainsi que la mise en œuvre de dispositifs visant à réduire les captures.

Garantissez l'indépendance rédactionnelle et financière de Sans transition !