Action de désobéissance civile à l’aéroport Marseille-Provence : les biocarburants pour l’aviation ne sont pas la solution !

Publié le ven 10/09/2021 - 09:33

Par collectif « Stop extension aéroport Marseille-Provence » 

Jeudi 9 septembre 2021 - En marge du Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tient à Marseille, 35 activistes d’Action Non Violente COP21 Marseille, Extinction Rebellion Marseille, Greenpeace Marseille et Canopée ont investi le terminal pour une action éclair de désobéissance civile non-violente. En quelques minutes, ils ont recouvert de stickers le sol du hall A, afin de dénoncer le recours aux biocarburants, une « fausse-solution pour le climat comme pour la biodiversité ».

Dans l’après-midi, les activistes se sont rapidement déployés dans le terminal 1 de l’aéroport de Marignane et ont disposé de larges stickers sur le sol du hall, où l’on pouvait voir des animaux sauvages à l’agonie, et lire « Les biocarburants tuent ». En cause : la déforestation induite par la production de biocarburants, dont la quantité pourrait fortement augmenter à l’avenir en raison d’objectifs d’incorporation fixés pour le kérosène, dans l’espoir d’entretenir l’illusion que l’aviation pourrait être verte sans réduction du trafic. Les militants ont agi de concert avec l’association Canopée Forêts Vivantes, qui publie aujourd’hui le rapport « Le mythe de l’avion vert - Comment voler aux biocarburants détruit la biodiversité ». Selon Joachim Voisin-Marras, porte-parole de Canopée, « Le gouvernement et les acteurs du secteur aéronautique nous assurent que les huiles alimentaires usagées pourraient permettre de décarboner l’aviation de manière significative, en permettant l’utilisation massive de biocarburants « avancés ». Cependant, le niveau d’approvisionnement en huiles alimentaires usagées est très limité par rapport aux besoins énergétiques de l’aviation. De plus, certains industriels fraudent en important des huiles vierges qui sont ensuite mises sur le marché en tant qu’huiles usagées. A ce sujet, Canopée dévoile aujourd’hui un PV dressé par les douanes belges, pour une affaire concernant l’importation de plus de 50.000 tonnes de « faux biocarburants », impliquant Total Energies.

Cette performance visuelle intervient en marge du Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tient en ce moment-même au Parc Chanot à Marseille, et qui constitue un rendez-vous décisif pour définir des objectifs ambitieux en matière de protection de la biodiversité, avant les négociations qui se tiendront lors de la COP26 pour le climat à Glasgow en novembre prochain et lors de la COP15 pour la biodiversité en Chine, début 2022. Les militants dénoncent des engagements beaucoup trop faibles des États, des mesures qui ont des conséquences délétères sur les droits humains des populations autochtones, ainsi qu’un Congrès « biaisé dès l’origine » eu égard aux nombreux partenaires et sponsors officiels de l’événement qui sont engagés dans des activités néfastes pour l’environnement et qui tentent ainsi de se racheter une image. Mardi 7 septembre, une action de désobéissance civile organisée par Extinction Rebellion et ANV-COP21 avait notamment dénoncé l’un de ces sponsors, champion du greenwashing : BNP Paribas.

Le collectif « Stop extension aéroport Marseille-Provence », soutien de la mobilisation, rappelle que l’extension de l’aéroport Marseille Provence vise à permettre l’augmentation de la capacité du T1 de 8 à 12 millions de voyageurs par an, et par conséquent, un accroissement notable du trafic aérien, qui entraînerait une demande plus importante en biocarburants. Les associations membres du collectif, actives depuis le début de l’enquête publique en septembre 2020, ont déposé le 6 juillet 2021 un recours contentieux devant le tribunal administratif de Marseille, afin d'attaquer ce projet qui est contraire aux objectifs de l’Accord de Paris et qui va à l’encontre des recommandations de la Convention Citoyenne pour le climat. « Cette extension est incompatible avec une politique responsable et engagée dans la réduction effective des émissions de GES, qui doit s’effectuer maintenant et en valeur absolue » souligne  Florence Joly, porte-parole du collectif. « Biodiversité et climat sont les deux revers d’une même médaille, et avec les biocarburants, on perd sur les deux tableaux »

Les associations Alternatiba Marseille, Les Amis de la Terre Bouches du Rhône / Provence, Attac Marseille et Greenpeace Marseille dénoncent également la responsabilité du chef de l’État dans le projet d’extension de l’aéroport : lors de son allocution du 2 septembre 2021 à Marseille, Emmanuel Macron a confirmé la volonté de l’État d’ « assurer les financements en bon ordre et dans les bons temps pour l’extension de l’aéroport et la facilitation de sa desserte ». Il confirme par là même ne tenir aucunement compte de l’injonction du Conseil d’État prononcée le 1er juillet dernier, suite au recours de la commune de Grande Synthe, de "prendre toutes mesures utiles" d'ici le 31 mars 2022, afin d'atteindre l'objectif d'une baisse de 40% des gaz à effet de serre d'ici 2030, objectif que l’Union européenne est en train de porter à 55%.