Cet article a été réalisé avec le soutien de la fondation Macif.
Pour les associations, justices sociale et environnementale vont de pair. Fortes de leurs deux millions d’emplois et 13 millions de bénévoles, elles sont en première ligne pour s’engager vers une transition écologique juste sur les territoires. Aux côtés des autres acteurs territoriaux et inclues dans une gouvernance coopérative, leurs marges de manœuvre et résultats seraient décuplés. Entretien avec celui qui prône le changement par la coopération territoriale, Timothée Duverger.
Timothée Duverger est un spécialiste de l’économie sociale et solidaire et responsable de la Chaire Territoires de l’ESS à Sciences Po Bordeaux. Il analyse les transformations des territoires et propose des solutions pour les rendre plus résilients et inclusifs, notamment via l'innovation, la mobilité et une alimentation durable.
Quels rôles jouent les associations dans la transition écologique ?
Les associations ont une place essentielle dans la vie de la cité, tant au niveau national que dans les territoires. Grâce à leurs deux millions d’emplois et 13 millions de bénévoles (source : La France associative en mouvement, oct 2025), elles agissent dans de nombreux domaines non lucratifs, notamment les solidarités et la transition écologique. Donc la transition juste. En effet, depuis les années 70, ce sont elles qui défendent l’environnement par leurs actions dans le lobbying, le plaidoyer et la conservation de la nature. Déchets évités, agriculture paysanne, mobilités douces, auto-rénovation des bâtiments, énergies renouvelables citoyennes, protection de la faune et de la flore… elles agissent dans tous les domaines. D’ailleurs, 74 % des associations considèrent désormais la transition écologique comme une priorité, prenant en compte les enjeux environnementaux dans leurs activités, selon un rapport de 2024 de la Fondation Terre Solidaire. Et si l’on prend une entrée plus plus large, l’économie sociale et solidaire apparaît comme très présente dans la transition écologique dont elle est l’une des pionnières.
De manière générale, comment se positionnent les associations sur les problématiques de transition écologique juste ?
Il existe un consensus scientifique aujourd’hui : plus on réduit les inégalités sociales, plus on réduit les inégalités environnementales. Et les associations le savent. Nous devons d’abord traiter les problèmes sociaux et de redistribution, avant de s’attaquer aux enjeux écologiques auprès des populations les plus précaires.
De plus, la difficulté de la transition écologique juste, comme le rappelle le rapport du Conseil de lutte contre l’exclusion, c’est que l’on souhaite imposer des modifications de comportement pour des raisons écologiques à des populations, qui ne sont pas nécessairement les plus impactantes. L’absence d’exemplarité chez les populations les plus impactantes, c’est-à-dire les plus riches, fait naître un sentiment fort d’injustice. Nous demandons à des gens de renoncer à des comportements qu’ils viennent d’acquérir et qui peuvent être pour partie contraints, comme l’usage de la voiture, une alimentation carnée, la climatisation… Cela peut être vécu comme une double injustice. Les gilets jaunes et leur réaction face à d’éventuelles taxes sur les carburants en sont un exemple édifiant. Outre cet aspect économique, nous observons par ailleurs une politisation identitaire autour des modes de vie sur ces sujets, comme l’illustrent les tensions entre néoruraux et populations locales dans les campagnes.
En quoi les associations peuvent-elles alors apporter une réponse à cette complexité ?
Sur le terrain, les associations font de la transition écologique juste au quotidien. Leur proximité avec le territoire et sa population facilite l’acceptabilité de certaines mesures ou l’appropriation des problématiques écologiques. En accompagnant les changements de comportements dans la réduction des déchets, les mobilités ou l’alimentation, elles remettent aussi du lien social et ont un impact positif sur l’environnement. Elles aident aussi les plus démunis à l’octroi d’investissements nécessaires à la transition écologique, comme la rénovation thermique des bâtiments ou le développement des énergies renouvelables. Sur le sujet des mobilités par exemple, les associations œuvrent au développement du covoiturage, mais aussi du vélo, y compris en milieu rural...
Enfin, elles sont aussi présentes au niveau national avec des plaidoyers qui assurent les inscriptions de sujets majeurs à l’agenda politique et l’apparition de nouvelles réglementations. En 2018, Sylvain Waserman, aujourd’hui PDG de l’Ademe. déposait d’ailleurs une proposition de loi pour protéger les lanceurs d’alerte et les associations, selon lui, « au cœur des enjeux de notre pays ».
Alors que les aides publiques aux associations chutent depuis quelques années, comment imaginez-vous leur financement aujourd’hui ?
Les chercheurs observent le développement d’une forme de territorialisation du mécénat. C’est-à-dire que de plus en plus de TPE et PME font des dons à des associations locales. Certes, cette tendance ne peut pas remplacer le financement public mais vient l’accompagner. L’enjeu est alors d’organiser ces fonds d’entreprises, afin qu’ils soient mutualisés et viennent abonder les finances des associations sur des enjeux communs à ceux des collectivités. C’est ce qu’on appelle la philanthropie territoriale, qui est en plein essor. Mais il faut aussi revoir les modèles économiques des associations, hybrider des activités marchandes et non marchandes, développer des partenariats, etc.
Au-delà de ces aspects financiers, une coopération entre tous les acteurs du territoire permettrait de mettre en place une gouvernance territoriale, dans laquelle les associations prendraient place. Il y a là l’idée d’agir ensemble. De mutualiser les ressources, les moyens et les expertises, et de coopérer afin de faire émerger des compromis et de porter des projets communs.
