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[INTERVIEW] Gilles Clément : « Nous appartenons à la nature et nous en dépendons »

Créé le : 27/01/2020
Photo : Vincent Brizard

Photo : Vincent Brizard. Gilles Clément se présente comme un jardiner car il donne une « préséance au vivant plutôt qu'à la construction dans l'espace »

Par Élodie Crézé et Julien Dezécot

Jardiner, paysagiste, entomologiste, biologiste : Gilles Clément plonge les mains dans la terre et nous livre son rapport sensible à la nature. Pour ce philosophe et artisan des jardins, il faut cesser de concevoir la nature comme une altérité, et accepter d’en faire intimement partie. Notre avenir en dépend !

Gilles Clément est jardinier, écrivain et paysagiste. Pour lui, l’homme entretient l’illusion de la maîtrise de la nature. Ce rapport de force et cette marchandisation de la nature nous précipitent vers le dérèglement climatique, alors que nous devrions nous atteler à en décrypter les innombrables mystères. Pour la survie de l’humanité.

Vous avez coutume de vous présenter comme un jardinier. Qu’est-ce que ce terme signifie pour vous ?
En effet, bien que paysagiste, je me présente plutôt comme jardinier car je mets les mains dans la terre. Je donne une préséance au vivant plutôt qu'à la construction dans l'espace, même si les deux sont importants. Je suis jardinier au sens où j’établis un dialogue avec le vivant, ce qui n'est pas du tout une obligation pour le paysagiste, qui peut faire un paysage avec du béton, des pierres et du fer. Pour ma part, je suis dans l'obligation de connaître le nom de la plante, comment elle vit, comment on fait pour s'en occuper, est-elle mangeable, dangereuse, à quoi elle sert dans l'écosystème, etc.

 

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[ENVIRONNEMENT] : Laisser libres les herbes folles avec Gilles Clément

Créé le : 14/11/2019
Conférence à Mazan avec Gilles Clément

Le jardinier, écrivain et paysagiste Gilles Clément était présent mardi 12 novembre à la boiserie Mazan, face à une salle bien remplie, afin d’évoquer le sujet « Jardiner la terre, comment repenser notre rapport à la nature ? ». Pour lui, le jardin est un enclos où l’homme doit être le moins interventionniste possible. Une leçon à appliquer à l’échelle planétaire, face au dérèglement climatique.

Prendre garde à « l’illusion de la maîtrise de la nature par la technologie ». Rester humble face à la nature, accepter « l’idée de ne rien faire » plutôt que de vouloir sans cesse la contrôler, voilà le rappel du jardinier à la renommée internationale Gilles Clément, connu notamment pour ses concepts de « jardin en mouvement » ou encore de « jardin planétaire ». En substance, l’écrivain a martelé son message, celui d’une reconnexion impérative à la nature, et invité à « se rapprocher du vivant et réapprendre à vivre avec la diversité ». En guise d’exemples, Gilles Clément s’est attardé sur la couleuvre ou encore la taupe, symboles de ces animaux relégués au rang de « nuisibles », qui traduisent notre rapport belliqueux à l’environnement. Le préalable à cette reconnexion ? Impérativement « abandonner notre modèle économique où tout est marchandisé », ce qui fausse notre rapport à la nature et alimente notre besoin de l’assujettir.

« Le paysage, un regard porté par l’homme »

La thématique plus locale du « changement climatique, comment adapter nos jardins en Provence ? », a nourri un débat sous forme de table ronde avec, aux côtés de Gilles Clément, Sébastien Giorgis, architecte, paysagiste et urbaniste et Quentin Lefaucheux, paysagiste et créateur d’espaces verts (Les jardins de Solev). En préambule, Sébastien Giorgis a rappelé que le « paysage est avant tout un regard porté par l’homme », et à ce titre, il relève « du patrimoine culturel ». Ce à quoi Gilles Clément a enchéri : « le paysage est ce qui se trouve sous l’étendue du regard, c’est quelque chose de sensible, de personnel. Mettez 30 étudiants devant un seul paysage, vous obtiendrez 30 lectures différentes ! ». Quentin Lefaucheux a souhaité rendre hommage aux paysans dont il est lui-même un fils, soulignant « leur responsabilité dans l’aménagement du paysage ». Après ce juste rappel, Sébastien Giorgis a expliqué qu’en Provence, c’est avant tout l’eau qui structure le paysage. « Les jardins méditerranéens dépendent de cet élément géologique, avec des épisodes où elle se fait rare, et d’autres où elle est présente en extrême abondance. Ainsi, on retrouve souvent une géométrie dans ces jardins, liée aux fils d’eau qu’il faut étirer ».

« Savoir dire non »

Le débat a tourné autour de la responsabilité du paysagiste qui doit s’adapter à son environnement, avec notamment, la raréfaction de l’eau en cette période de changement climatique. Pour Quentin Lefaucheux, « il faut sensibiliser les clients à cette problématique, et savoir dire non… ». Notamment à une demande absurde de gazon dans cette région aride ! « Il y a tant à proposer à la place, comme une prairie sèche par exemple ».

 La question du nécessaire retour de la nature en ville a également été abordée. Mais pour cela, « il est impératif d’abandonner la notion de mauvaise herbe, et faire comprendre que la présence d’herbe en ville n’est pas signe d’abandon ou de négligence ! », a souligné Quentin Lefaucheux. Attention, a alerté Sébastien Giorgis, « à la tentation de globaliser les paysages, et à celle de céder, par exemple, à la facilité qui consiste à vouloir planter des arbres partout. Il existe plein de modèles de paysages ! » Et puisqu’« on habite un paysage auquel on s’identifie », a-t-il ajouté, « il est vital de travailler les paysages avec les citoyens ». Les trois interlocuteurs ont reconnu le nécessaire « challenge » d’aller chercher ceux qui restent souvent en dehors des débats publics, afin d’éviter « l’entre soi ». Car en matière de jardin comme de changement climatique, nous sommes tous concernés.

Gilles Clément a écrit de nombreux ouvrages, dont Les jardins planétaires, Une brève histoire du jardin et des romans dystopiques, comme Le grand B.AL.

Sans transition ! remercie ses partenaires Biocop de Carpentras, l’Atelier bio de Provence, Atmosud, Les jardins de Solev,  Les Toqués, Eovimed, Actes Sud, RCF,  France Bleu Vaucluse et la boiserie Mazan.

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