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Politiques et participation citoyenne : dépasser les déclarations d’intention

Créé le : 05/10/2016
Une journée sur le thème de la participation citoyenne était organisée à Sciences Po Rennes, le 1er octobre dernier. Crédits : FS

Une journée sur le thème de la participation citoyenne était organisée à Sciences Po Rennes, le 1er octobre dernier. Une occasion de soulever les difficultés dans la mise en place d'une démocratie participative.

Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier sur les nouvelles formes d'engagement démocratique et citoyens dans le n°1 de Sans Transition !

La participation des citoyens au développement du territoire ? Une idée qui fait l'unanimité chez les élus et acteurs publics présents autour de la table ronde organisée à l'IEP de Rennes en ce samedi 1er octobre par la région Bretagne. Mais de la simple concertation à la co-construction, la mise en œuvre de la participation fait face à de nombreux freins. Premier obstacle : les élus eux-mêmes. «La participation des citoyens met à mal le schéma pyramidal auquel sont habitués certains élus » observe elles-même Geneviève Letourneux, conseillère municipale de Rennes et vice-présidente en charge de la politique de la ville. « Cela nécessite un renoncement à une forme de toute puissance qui peut être difficile pour certains d'entre eux ».

Mobiliser les populations

Une deuxième difficulté est de faire venir les habitants aux réunions de concertation. Car paradoxalement la participation reste de nature descendante. «  Le pouvoir public propose des dispositifs à une population qui ne les attend pas toujours » analyse Sébastien Ségas, chercheur en science politique. Vice-présidente du Conseil régional de Bretagne chargée de l'aménagement du territoire, Laurence Fortin en est témoin : « Lorsque nous organisons une réunion de participation à Brest nous avons 50 personnes... comment arrive t-on à faire venir les gens ? » Lors du débat qui suit la table ronde cette problématique revient en boucle. Confiscation de la représentation par des représentants associatifs ou sur- représentation des personnes diplômées et des retraités paraissent éloigner une partie des citoyens. Quelques pistes émergent du débat, comme de former les élus et les citoyens à cette nouvelle forme de gouvernance ou de sensibiliser les jeunes. Le tirage au sort et l’indemnisation des participants aux réunions est aussi évoqué. Mais comme l'observe Anne Patault, vice-présidente à l’innovation sociale de la région Bretagne : «Des innovations viennent de la société civile, à nous de les accompagner ». Tout simplement.


Trois questions à Laurence Fortin, vice-présidente du Conseil régional de Bretagne chargée de l'aménagement du territoire.

Un projet breton qui est pour vous emblématique de la démocratie participative ?

Les conseils de développement, dont la région a soutenu la création dans chacun des 21 pays bretons. Ces conseils sont des assemblées constituées de membres de syndicats, d'associations, et de citoyens. Chaque pays doit définir ses orientations, et ceci doit se faire avec le conseil de développement. Au départ, pour les élus, devoir travailler en relation avec ce conseil a soulevé au début de vraies interrogations.

Que pensez-vous de la table ronde sur la participation, à laquelle vous avez participé, à Science Po Rennes, le 1er octobre ?

Ce genre de réunion permet un état des lieux. Bien sûr des tables rondes ne suffisent pas, il va aussi falloir se saisir de nouveaux outils, et les mettre en application. Mais cela ouvre un champ de réflexion. Une rencontre comme aujourd'hui permet d'avoir un regard croisé entre les différents acteurs et partenaires, pour trouver de nouveaux outils.

Que pensez-vous du fait qu'aujourd'hui, de nombreuses initiatives d'intérêt général émanent de la société civile ?

Il y a beaucoup de choses qui se font dans la société civile, il faut s'en inspirer. C'est aussi notre rôle, à nous politique, de mettre en valeur ce qui émerge. La collectivité doit entendre ses initiatives et les accompagner. Peut-être même en faire des modèles pour les dupliquer. Nous avons ce souci de travailler avec les bretons et bretonnes et de développer l’économie sociale et solidaire.

Ronan Dantec : "Pour NDDL, il y a un compromis à trouver"

Créé le : 27/06/2016
La ZAD de NDDL - Crédit Photo : Magali Chouvion

Le 26 juin, la consultation sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes s'est close sur une victoire du « oui » à 55,17 % avec 51,08 % de participation. Une consultation nationale en ligne avait elle récolté 98% de « non » sur près de 90 000 votants, et un récent sondage Opinion Way pour France Nature Environnement déclarait 60% de français défavorables au nouvel aéroport. Ronan Dantec, sénateur écologiste de la Loire-Atlantique, nous a donné son interprétation des résultats du vote du weekend dernier.

 

 

Le oui au nouvel aéroport l'emporte sans ambiguïté, mais les communes les plus concernées ont voté non au projet d'aéroport... Qu'est-ce que cela révèle, selon vous ?

 

On constate, et ce malgré le oui significatif, que les deux communes les plus concernées par le projet, c'est-à-dire celle de l'actuel aéroport Nantes Atlantique et le territoire de Notre-Dame-Des-Landes ne sont pas favorable au nouvel aéroport. Cette consultation révèle donc la photographie étonnante d'un projet qui n'est pas désiré par les plus impactés. Ce qui fait basculer le oui, c'est un vote politique des territoires de droite et notamment des territoires en souffrance du nord du département qui voient dans le projet une aubaine économique. Les résultats doivent donc être observés avec attention, on ne peut pas parler d'un oui massif et homogène, ce n'est pas le cas. Nous avons affaire à une consultation biaisée, à la fois de part le choix du périmètre mais aussi le manque d'informations : le coût réel du réaménagement de l'aéroport de Nantes Atlantiques n'étant pas connu. La consultation de ce week-end n'est pas à prendre comme autre chose qu'une simple consultation : elle ne règle pas le problème et ne démobilise pas les opposants.

 

Et maintenant, que va-t-il se passer concrètement quant au projet de Notre-Dame-Des-Landes ?

 

Il faut maintenant respecter les recours juridiques. Il n'y a toujours pas eu de réponse quant au contentieux européen ni quant à la loi sur l'eau. Il reste de même la question du projet en lui-même : il a été demandé un projet plus réduit, cette option est à explorer pour trouver un compromis environnemental. Pour cela, il faudra examiner le rapport qui a été remis à Ségolène Royal.

 

 

Vous dites que le résultat ne démobilise pas les opposants, que reste-t-il alors comme moyens d'action après la consultation ?

 

Il reste l'action politique, il s'agit de ramener ce projet sur le terrain politique. C'est la mobilisation à droite qui a permis le succès. On voit que le débat divise profondément la gauche. C'est désormais dans les urnes qu'il reste à s'exprimer, puisque c'est le terrain central de la démocratie. Je ne remets pas en cause le résultat, plus de la moitié de la population s'est déplacé. Cela montre tout de même que le projet reste très clivant. Il y a une solution à trouver pour arriver à un compromis et c'est notre responsabilité à tous.

Amaëlle OLIVIER

Plus d'infos :

Pour le Projet d'aéroport : www.desailespourlouest.fr/

Collectif d'élus Doutant de la pertinence de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

nddl-debatpublic.fr/

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