Algues vertes

[ POLLUTION ] Des journalistes bretons s'unissent face à l'agro-industrie

Créé le : 26/05/2020
Prolifération d'algues vertes sur la plage du Valais à St Brieuc durant l'été 2017. En se décomposant, ces algues dégagent un gaz toxique appelé sulfure d'hydrogène. © Maxppp / Cyril Frionnet

En Bretagne, de nombreux journalistes ont décidé d’unir leur voix pour dénoncer la difficulté d’informer sur l’agroalimentaire local. En toile de fond : l'omerta qui règne autour de la question de la pollution issue du secteur, acteur économique local incontournable. France Inter a fait le point dans une émission parue ce lundi.

Présentation de l'émission parue lundi 25 mai dans l'Instant M sur France Inter :

L’affaire Inès Léraud prend de l’ampleur. Au départ, une enquête de longue haleine diffusée sur France Culture et France Inter, dénonçant à la fois le scandale des algues vertes et l’omerta sous lequel la Bretagne l’a enfoui. Puis, une BD publiée chez Delcourt. Succès, 46 000 exemplaires. Seulement voilà, un salon du livre des Côtes d’Armor annule la venue de l’auteur et une maison d’édition locale renonce à la traduction de son livre en breton. 

La coupe est pleine. Ces petits baillons, loin d’être insignifiants, s’ajoutent aux plaintes en diffamation, campagnes de dénigrement et autres actes d’intimidation. Début mai, paraît dans Libération une tribune portée par des avocats, des militants, des élus, etc… qui appellent à défendre le droit d’informer en Bretagne et le droit d’enquêter sur les pratiques des industriels de l’agroalimentaire.

La Bretagne, première région laitière, productrice de la moitié de la viande française. La Bretagne, tenue par des poids lourds comme les groupes Triskalia, Daucy, Doux ou encore Chéritel qui ont le bras long. Ils font vivre une partie de la population et leurs dépenses de communication, elles, font vivre les médias locaux.  

Une nouvelle génération de journalistes interpelle publiquement le président de la région Bretagne. Une lettre ouverte va lui être adressée aujourd’hui. Initiatives de jeunes consoeurs et confrères exerçant dans la région, directement victimes de pression ou régulièrement témoins d’entraves. Pour la première fois, ils se mettent en réseaux, les langues se délient. Un texte est rédigé demandant à ce qu’aucune subvention ne soit retirée auprès publication de cette lettre ouverte. Ils connaissent trop bien la mécanique des représailles. Ils veulent que les élus et les administrations cessent de se barricader lorsqu’un journaliste les interroge sur ces sujets. Ils veulent qu’un « Observatoire régional des libertés de la presse » soit créé, au même titre que les ministères de l'Intérieur et de l'Agriculture ont adoubé des observatoires de « l'agribashing ». Les journalistes, eux aussi, voudraient se sentir soutenus, en finir avec « le mur du silence » et l’auto-censure.  

Ce week-end, les signatures ont spontanément afflué au bas de cette lettre. L’un des jeunes instigateurs me confiait hier ne pas avoir « osé solliciter certains de ses aînés, des plumes bien connues en Bretagne, des journalistes qui ont été en première ligne, qui en ont pris plein les dents et qui n’aspiraient qu’à une chose, qu’on leur foute la paix ». Vous savez quoi ? Leurs noms sont sur la liste.

> Réécouter l'émission

ALGUES VERTES – Yves-Marie Le Lay (Sauvegarde du Trégor) : "Il faut changer radicalement de modèle agricole"

Créé le : 17/07/2017
Yves-Marie Le Lay et Corinne Gravigny, respectivement président et vice-présidente de l'association Sauvegarde du Trégor. Dans l'estuaire du Gouessant, matériel de détection de gaz H2S à la main, ils arpentent les lieux où est mort un joggeur le 8 septembre 2016. Crédits photo : Sauvegarde du Trégor.

La Bretagne subit cette année d'importantes proliférations d'algues vertes sur ses côtes. Yves-Marie Le Lay, fondateur et président de l’association Sauvegarde du Trégor nous explique les causes de cet épisode et les solutions qu'il défend pour lutter contre ce phénomène. A 67 ans, cet ancien professeur de philosophie fait des marées vertes sa lutte quotidienne aux côtés des partisans de son association Haltes aux marées vertes.

Tout d'abord, rappelez nous, comment se forment les algues vertes ?

Pour qu’il y ait des marées vertes, il faut deux facteurs conjoints : de la lumière et du nitrate. Mais ce nitrate ne tombe pas du ciel. Il vient directement des excédents d’azote de l’agriculture intensive et des élevages de notre territoire. Dans les eaux calmes, protégées par les contours rocheux du littoral, le nitrate est répandu dans les baies sans être dispersé dans les eaux profondes. Une fois que l’on a compris ce système quasi mécanique, il suffit de reporter ces deux éléments clés au contexte météorologique de l’année. On part toujours d’un stock hivernal d’algues qui s’accumulent à côté du rivage, dans une cuvette. Dès que la lumière du printemps apparaît, les algues se développent.

Pourquoi y en a-t-il autant cette année ?

Si la mer est agitée en hiver, comme ce fut le cas en 2014, il n’y a pas d’algues au printemps. Et ce, même s’il y a du nitrate et de la lumière. Les algues, dispersées par les mouvements de la mer, vont donc mettre beaucoup de temps pour reconstituer leur stock. Or, cette année, on est parti d’un stock automnal de 2016 important qui n’a pas été perturbé par les tempêtes et a connu une abondance de lumière. Cela explique l’explosion que l’on voit aujourd’hui. Et le réchauffement climatique ne fait qu’accélérer le phénomène. Si on continue comme ça, il y en aura de plus en plus. Le discours officiel accuse la météo. Dans ce cas, je conseille vivement de faire des danses de la pluie ou d’aller brûler des cierges pour que la météo soit plus clémente ! On ne peut pas intervenir sur la construction naturelle des côtes ni sur la météo. Agissons donc sur ce robinet à nitrate issu de l'agriculture productiviste.

Pourtant, des « plans algues vertes » sont engagés par l’État … Cela n’est pas suffisant selon vous ?

J’éclate de rire quand j’entends ça. C’est aberrant parce que les faits sont là. Il y a eu cinq ans de « plans algues vertes » et rien n’a changé. Il n’y en a même jamais eu autant ! Cela prouve bien que ce qui a été engagé ne fonctionne pas. Et cela veut dire qu’il y a encore trop de nitrate sur notre territoire. Ces 70 millions d’euros d’investissement pour leurs plans « algues vertes », c’est 70 millions d’euros jetés à l’eau pour rien du tout. On pourrait quand même faire autre chose avec une telle somme. Ces « plans algues vertes » ne sont pas efficaces du tout. Cela ne sert à rien de continuer sur le même modèle, ça ne marchera pas plus.

Dans ce cas, que conseillez-vous d’instaurer pour remédier au problème ?

Vous avez raison de poser cette question car l’art de la critique ne vaut rien sans propositions. Il faut savoir que, selon la commission européenne, le seuil de potabilité de l’eau ne doit pas dépasser 49 milligrammes de nitrate. En revanche, les algues se développent dès 5 milligrammes. Tant qu’on aura des terrains d’exploitation ou d’élevages bovins à échelle industrielle, on aura des marées vertes. Il faut changer radicalement de culture ! Cette surface agricole « fabriquant des marées vertes » représente 7% de la totalité de la surface agricole en Bretagne. Est-ce si difficile de modifier ces 7% ? Il faudrait leur imposer le passage à une agriculture biologique pour que les bons élèves ne voient pas leur travail gâché par les mauvais. En produisant moins mais mieux, personne ne serait lésé puisque cela apporte une haute valeur ajoutée aux productions agricoles.

Plus d'infos :
http://www.alguesvertes.fr/

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