[ SOCIÉTÉ ] Résorption du chômage et transition écologique : la solution passe d’abord par les petits !

Créé le : 22/11/2019
Xavier Combe (crédit : DR).

Par Xavier Combe, interprète de conférence et traducteur, enseignant à l’Université de Paris X-Nanterre et membre fondateur de l’AFICI (Association Française des Interprètes de Conférence Indépendants).

« La France est le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse »,faisait fort justement remarquer le candidat Macron en 2017. En raison des dizaines de milliards d’euros qu’il pèse dans le budget année après année, du manque à gagner immense qu’il représente dans le PIB, des catastrophes sociales qu’il provoque dans certains territoires et, surtout, des malheurs individuels et familiaux dont il est responsable, le chômage est le principal fléau de notre économie et de notre société. Pour trouver les raisons de cette exception française et pour commencer d’y remédier, peut-être serait-il judicieux d’identifier en quoi notre l’économie se distingue des autres.

L’une de ses grandes caractéristiques, trop rarement évoquée, est qu’elle ne comporte pas un tissu de PME suffisamment fort. Pire, les indépendants et les TPE dans tous les secteurs d’activité ne font pas l’objet de l’attention qu’ils méritent. Comparaison n’est pas raison, mais en Allemagne, par exemple, le Mittelstand joue un rôle d'équilibre, d’émulation et de dynamisme économique.

Chômage versus transition écologique

Indiscutablement, la résorption du chômage ne viendra pas de la croissance : celle-ci fait la sourde oreille aux incantations et reste faible, voire inexistante. Elle ne viendra pas des grandes entreprises : s’il en était besoin, le CICE et le Pacte de responsabilité en ont apporté la preuve aussi coûteuse que cinglante. Elle ne viendra pas non plus de la fonction publique, désormais considérée comme la macro-variable d’ajustement par excellence, alors même que la réduction du nombre de fonctionnaires et la suppression des emplois aidés ont démontré leur caractère délétère dans de nombreux pans de la société. Tous les samedis, cela est dénoncé par les gilets jaunes.

Reste la transition écologique. Celle-ci constitue non seulement l’unique vraie source potentielle de relance économique, mais surtout une véritable nécessité - voire une question de survie - face à l’urgence climatique. L’enjeu est de taille. Il est civilisationnel et doit impérieusement marquer un virage historique. Transformer l’économie en créant des milliers d’emplois, voilà le défi. Dans le cadre de la transition écologique mais aussi dans l’économie d’une façon générale, d’où peuvent venir les solutions contre le chômage ?

La phrase de François Mitterrand en 1993 « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé » est fausse, surtout face à l’urgence climatique qui nécessite un changement de paradigme, le problème du dérèglement climatique ne pouvant pas être résolu par le système économique qui l’a créé : c’est notre façon de faire fonctionner l’économie qu’il faut revoir. Dans Tout peut changer (Actes Sud, 2015), l’essayiste Naomi Klein en fait la démonstration éclatante.

Il faudra des années, voire des décennies, pour que les grandes entreprises passent d’un modèle qui repose sur les carburants fossiles, les délocalisations synonymes de transports polluants à l’échelle mondiale ou l’agriculture intensive, à une approche qui place la protection de l’environnement au cœur de leurs décisions.

En attendant, dans un premier temps,  la résorption du chômage doit donc venir de ceux auxquels on ne pense pas : les petits. Ils sont les plus nombreux et pas les moins dynamiques. Personne n’a essayé d’alléger drastiquement les contributions sociales pour toute création d’emploi en CDI payé de 1 à 2 SMIC dans :

-       les entreprises indépendantes de 0 à 10 salariés quel que soit leur secteur,

-       les associations actives dans le domaine de la transition écologique.

De plus, les associations de la transition écologique devraient toutes bénéficier de mesures telles qu’un statut d’intérêt général et la possibilité de récupérer la TVA.

À un coût bien inférieur à celui du CICE et du pacte de responsabilité, ces mesures s’adresseraient aux associations de la transition écologique en les aidant à créer des emplois et à réduire le recours aux bénévoles, mais aussi aux petits commerçants, aux professions libérales juridiques, médicales et para-médicales et une multitude d’autres petites structures et travailleurs indépendants. Elles s’adresseraient aux commerçants, aux vétérinaires, comptables, formateurs, maîtres d’œuvre, paysagistes, sténotypistes, infographistes, experts, agents d’assurance, interprètes, traducteurs, informaticiens, ingénieurs conseil, consultants, acteurs de l’économie sociale et solidaire, exploitants agricoles et aux artisans. Elles viseraient les petites entreprises du bâtiment, de l’hébergement, de la restauration et des services aux particuliers ainsi que les jeunes pousses innovantes.

Le recrutement de salariés de 1 à 2 SMIC ciblerait les personnes peu qualifiées de tous âges, mais aussi les jeunes de formation intermédiaire et supérieure.

Outre un grand pas en avant dans le domaine de la protection de l’environnement, ces mesures déclencheraient la création de dizaines, voire de centaines de milliers d’emplois indélocalisables, et présenteraient des avantages corollaires qui ne seraient pas minces non plus : redynamisation du commerce de proximité et des centres-villes, renforcement du lien social local et des rapports inter-générationnels, facilitation de la transmission des entreprises, encouragement et maintien en France des jeunes pousses, lutte contre la dépendance des auto-entrepreneurs, réduction des trajets des salariés, etc. De plus, bien évidemment, la croissance de toutes ces activités diminuerait le coût du chômage et générerait des rentrées fiscales supplémentaires - notamment par la TVA reversée par les entreprises - elles aussi indélocalisables.

Si le Medef se targue de 123.387 entreprises adhérentes et la CPME en dénombre 144.939, c’est l'Union des entreprises de proximité (U2P) qui compte le plus grand nombre d’employeurs potentiels avec 150.605 adhérents. La France compte 2,8 millions de TPE-PME dans les secteurs de l’artisanat, du commerce de proximité et des professions libérales, soit les 2/3 des entreprises françaises. Excusez du peu. Malheureusement, force est de déplorer que l’U2P n’est guère influente et que la communication n’est pas son fort, au contraire du MEDEF, par exemple, qui a toujours su communiquer son idéologie avec habileté, au point d’avoir réussi  à faire entrer dans le vocabulaire commun la notion de « charges » sociales alors qu’il s’agit de cotisations qui contribuent aux systèmes de protection sociale et de retraite que de nombreux pays nous envient et qu’il faut préserver.

Si l’on ajoute aux 2/3 des entreprises françaises les associations de la transition écologique, on comprend que les efforts doivent être redirigés vers ces acteurs qui sont petits, certes, mais de premier plan.

Tant que la transition écologique n’est pas véritablement lancée au point de transformer l’économie et tant que les petits acteurs de l’économie et les associations de la transition écologique restent relégués, au mieux, à la stagnation, la France continuera à se distinguer par son illogisme et restera « le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse ».

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