[ POLLUTION DE L'AIR ] Comment protéger nos enfants ?

Créé le : 15/07/2019

Par Virginie Jourdan

Aujourd'hui en France, plus de trois enfants sur quatre respirent un air pollué. Automobiles, chauffage, activités industrielles et agricoles, les sources de pollution atmosphérique sont connues et reconnues. Leurs effets sur la santé aussi. Sur le terrain, l'action des pouvoirs publics reste timide. En face, les associations se mobilisent. Dernière action en date : un die-in organisé par une centaine d'activistes devant le palais Bourbon le 4 juin, pour alerter sur le lien mobilité-pollution de l'air et exiger des engagements de l'Assemblée.

« L'heure n'est plus au constat mais à l'action. »En mars dernier, Unicef France a lancé un appel au gouvernement et aux collectivités. En ligne de mire, la pollution atmosphérique et ses effets sur la santé des enfants. Dans un rapport publié en 2019, elle reprend les inquiétantes données de l'Organisation mondiale de la santé. Aujourd'hui en France, « trois enfants sur quatre respirent un air toxique ».Et les conséquences sont claires : « La pollution de l'air a des effets sur les fonctions respiratoires des enfants et sur leur développement pulmonaire »,explique la professeure Jocelyne Just, cheffe de service d’allergologie pédiatrique à l'hôpital Trousseau de Paris. Asthme, eczéma et bronchites sont principalement montrés du doigt. D'après l'Institut de veille sanitaire, vivre à proximité d’axes routiers au trafic automobile dense serait responsable de 15 à 30 % de nouveaux cas d’asthme chez les enfants.

« Un scandale sanitaire », dénonce l'association Respire qui sensibilise les citoyens et alerte les pouvoirs publics sur les risques de la pollution atmosphérique depuis 2011. En face, les actions gouvernementales restent limitées. Une inaction dont s'est émue l'Union européenne. A l'issue de trois années d'alerte, cette dernière a jugé que les actions entreprises par le gouvernement français pour limiter la pollution étaient insuffisantes. Depuis mai 2018, un contentieux est en cours pour des dépassements récurrents de dioxyde d'azote sur 14 territoires (1).  En mai dernier, une mère et sa fille ont également porté plainte pour inaction de l'Etat en la matière. Une première.

Les associations sonnent l'alerte

Etudiées depuis cinquante ans, les sources de polluants atmosphériques sont identifiées. Outre, le chauffage et les activités agricoles et industrielles, les moteurs à combustion produisent près de 60% des oxydes d'azote et 11% des particules fines type PM10. Pour alerter le public et peser sur la loi d'orientation des mobilités dont la lecture à l'Assemblée a débuté en juin, le réseau Action climat, Greenpeace et Respire est monté au créneau dès le mois de mars. A cette date, l'association parisienne Respire a mis en ligne une carte interactive qui dévoile les taux de pollution autour des établissements scolaires et crèches dans le Grand Paris (2). Résultat : des chiffres chocs ! « En 2017, sur les 12 520 établissements d'Île-de-France, 682 ont été exposés à des niveaux de pollution de l’air moyen dépassant les normes légales de dioxyde d’azote (NO2) », livre Olivier Blond, président de l’association Respire. Quant aux particules fines, le constat n'est pas meilleur. « Si l'on appliquait les seuils de l'Organisation mondiale de la santé sur les particules fines (10 microgrammes par m3 pour une moyenne annuelle, contre 25 microgrammes par m3 au niveau européen pour les PM2,5 (de diamètre inférieur à 2,5 µm), 100% de ces écoles dépasseraient les valeurs limites », argue Olivier Blond. Pour montrer que Paris n'est pas une exception, l'association veut étendre cette carte à toute la France métropolitaine en septembre.

Les enfants se retrouvent confinés dans leur école, lors des épisodes de forte pollution. Photos : A Luylier/Pixabay

De son côté, Greenpeace a cartographié trois des plus grosses métropoles françaises : Marseille, Strasbourg et Lyon. Là aussi, les résultats sont édifiants. A Lyon 53% des crèches et des écoles sont situées à moins de 200 mètres de zones qui dépassaient les seuils limites de dioxyde d'azote sur l'année 2017. Dans la capitale phocéenne, ce chiffre monte à 58%. Pire, 22% des crèches et écoles y sont situées à moins de 50 mètres de ces zones de dépassement. Volatile, cette pollution se retrouve aussi à l'intérieur des écoles. Une campagne de mesure réalisée par Atmosud en 2016-2017 dans 64 classes marseillaises a ainsi révélé qu’un quart d'entre elles présentait des taux de polluants liés aux transports supérieurs aux préconisations de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (3).

 « Il y a aujourd’hui une vigilance qui n’existait pas il y a 10 ans »,Frédéric Auffray, chargé de mission Santé et urbanisme à la métropole rennaise

Face au constat, les associations plaident pour des actions rapides. “Nous n’en poumons plus”, “Le fond de l’air effraie”, scandaient les activistes d'Alternatiba, Respiraction, Action Climat et Greenpeace le 4 juin devant l'Assemblée nationale. Alors que l'actuel projet de loi sur les mobilités table sur une interdiction des ventes de véhicules neufs diesel ou essence à partir de 2040, elles en exigent la sortie complète en 2030. De leur côté plusieurs municipalités françaises misent sur l'urbanisme pour lutter contre la pollution automobile à proximité des lieux accueillant des enfants. A Rennes, le futur plan local d'urbanisme local prévoit d'interdire la construction de nouvelles écoles, crèches, collèges ou lycées, à moins de 50 ou 100 mètres d'axes routiers d'importance. « Strasbourg et Toulouse expérimentent aussi des cours d'école protégées et des aménagements végétaux en hauteur pour retenir les particules. Il y a aujourd'hui une vigilance qui n'existait pas il y a 10 ans », juge Frédéric Auffray, chargé de mission Santé et urbanisme à la métropole rennaise. Faveur aux transports en commun, aux véhicules électriques, aux piétons et aux vélos, multiplication des zones limitées à 20 ou 30 kilomètres à l'heure : à ce jour, 13 villes françaises planchent sur des zones à faibles émissions de polluants dans leurs ceintures urbaines. Mais l'action est lente. En France, seules Paris et Grenoble ont annoncé en 2015 vouloir encourager les habitants à ne plus avoir de véhicules essence ou diesel d'ici 2020. Un petit répit pour reprendre son souffle.

  1. Ile-de-France, Marseille, Nice, Toulon, Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Valence, vallée de l’Arve, Strasbourg, Reims, Montpellier, Toulouse et la Martinique.

  2. Avec les données officielles enregistrées par l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air locale, AirParif, entre 2012 et 2017

  3. Depuis le 1er janvier 2018, la surveillance de la qualité de l'air intérieur est obligatoire dans les établissements accueillants des enfants de moins de 6 ans, les écoles maternelles et élémentaires. Elle le devient au 1er janvier 2020 pour les accueils de loisirs et les établissements d’enseignement ou de formation professionnelle du second degré et en 2023 pour les autres établissements recevant du public.

Découvrez le supplément dédié au lien existant entre réchauffement climatique et qualité de l'air en Paca, réalisé avec Atmosud :

Plus d'info

Respirez ! : Solutions pour lutter contre la pollution de l'air, Olivier Blond, Eyrolles, mars 2019, 16€.

Anses et pollutions extérieures : www.bitly.fr/cqj

Le rapport de l'Unicef France : www.bitly.fr/cqk

Les cartes de Greenpeace : www.greenpeace.fr

 

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