« Des éleveurs refusent d'envoyer leurs bêtes à l'abattoir »

Créé le : 04/04/2016

En 6 mois, l'association L214 a révélé trois vidéos témoignant de traitements cruels infligés à des animaux dans deux abattoirs du Gard (Alès et le Vigan) et un du Pays-Basque (Mauléon-Licharre). Ces documents choquants relancent vivement le débat autour de l’abattage. Interview de Pierre Pauchet, vice-Président de L’association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad).

Les images révélées par L214 à Alès puis au Vigan sont choquantes. Pourquoi en arrive-t-on à de tels traitements envers les animaux alors qu’une réglementation existe en matière d’abattage ?

D’abord parce que les cadences d’abattage sont industrielles, même dans certaines petites structures. Nous abattons 1 milliard d’animaux terrestres par an en France. On le fait vite et pas forcément bien. On veut offrir aux consommateurs de la viande à bas prix. Ce qui a une incidence sur les conditions de travail des personnes et sur l’abattage des animaux.Des inspecteurs vétérinaires doivent intervenir dans chaque abattoir pour contrôler les aspects sanitaires en bout de chaîne, à la fois lorsque les animaux arrivent à l’abattoir mais également l’abattage lui-même. Or ces inspecteurs sont de moins en moins nombreux. Ils se concentrent sur la dimension la plus critique pour le consommateur, à savoir les aspects sanitaires. Parfois, un inspecteur fait remonter des problèmes en préfecture. Mais l’état ferme souvent les yeux et aucune suite n’est donnée aux infractions constatées, car des emplois et des intérêts économiques entrent en jeu.

L’abattoir du Vigan est destiné au « bio ». Les dérives de l’abattage ne concernent donc pas uniquement l’élevage conventionnel ?

En effet, L214 a voulu faire ce film au Vigan car l’association voulait montrer que la bio n’offre pas forcément plus de garantie que le conventionnel en matière d’abattage. Aussi, nous travaillons avec des éleveurs qui tentent de bien faire leur travail et certains refusent même d’envoyer leurs bêtes à l’abattoir, préférant les abattre dans l’illégalité.

Contrairement à l’association L214, vous ne vous exprimez pas contre l’abattage des animaux mais vous militez pour une plus grande prise en compte de la souffrance animale lors de l’abattage. Que préconisez-vous en ce domaine ?

Il faut mettre en place un étiquetage systématique des produits, pour renseigner les consommateurs sur le mode d’abattage utilisé. Par ailleurs, nous travaillons sur des alternatives au modèle industriel avec une chercheuse de L’Inra, Jocelyne Porcher. Nous réfléchissons à la création d’infrastructures d’abattage à la ferme. Il s’agit d’éviter le stress du transport pour l’animal et les souffrances dues aux cadences. Mais il nous faut obtenir les autorisations nécessaires en toute conformité avec les réglementations sanitaires.

Plus d'infos :

www.afaad.net

Photo : En février dernier, l’association L214 a dévoilé une vidéo montrant des animaux victimes d’actes de cruauté à l’abattoir « bio » du Vigan (30). © L214

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