Ventoux

INTERVIEW - UNE ASSOCIATION S'OPPOSE À UN PROJET DE COMPLEXE IMMOBILIER AU PIED DU VENTOUX

Créé le : 22/06/2017
C'est au pied du Mont Ventoux que l'entreprise Vanhaerents Development prévoit la construction d'un complexe hôtelier. Des acteurs locaux s'y opposent. Crédits : Julien David

Construire un complexe hôtelier au pied du Mont Ventoux (84) : c’est l’ambition de Vanhaerents Development. La filiale du groupe belge Artes prévoit d’installer hôtel de luxe et lotissement de villas en bordure du bourg de Malaucène (84), près de la chapelle et de la source du Groseau, ainsi qu’à l’emplacement d’une ancienne papeterie. Le site est pourtant classé, et le projet est contesté dans la région. Plusieurs associations s’y opposent et ont déposé des recours à la mairie, et entendent poursuivre l’affaire au tribunal administratif. Parmi celles-ci, l’association de protection du patrimoine de Malaucène (SPAM) organise un pique-nique d’information destiné aux citoyens, le 24 juin prochain. Jean-Alain Mazas, président de l’association et résidant de Malaucène, est très hostile au projet. Interview.

Pourquoi êtes-vous opposés au projet immobilier de Vanhaerents Development ?

Pour plusieurs raisons. La plus importante à mon sens, c’est que c’est un espace naturel à protéger, que ce soit pour son patrimoine naturel ou historique. Le Vallon du Groseau est une des trois entrées sur le Ventoux, c’est un endroit magnifique. Nous avons fait faire une analyse paysagère pour le site, qui a été caractérisé « paysage singulier et remarquable », et la zone de la chapelle et de la source du Groseau a été classée zone archéologique sensible par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles, ndlr). Ensuite, c’est un secteur sur lequel il faut être vigilant pour la biodiversité. Nous avons beaucoup d’oiseaux, de truites, de chauves-souris… Il y a également le fait que c’est un lieu traditionnel de rencontre pour les gens de Malaucène : beaucoup de pique-niques se font près de la source du Groseau. Enfin, nous ne pensons pas non plus que le projet participera au développement économique de Malaucène, comme il est avancé par l’entreprise. Il est par exemple prévu que des commerces soient construits directement dans le complexe hôtelier. Cette réalisation ne bénéficiera donc pas aux commerçants du village. Nous aimerions que le secteur soit protégé et aménagé au profit des habitants de Malaucène.

Quelles démarches avez-vous effectuées ?

Nous avons fait deux recours auprès de la mairie. Le premier porte sur la modification du Plan d’Occupation des Sols (POS, document d’urbanisme qui organise les zones urbaines ou à urbaniser et qui protège les zones naturelles, ndlr), que nous contestons. Cette modification transforme notamment les terrains classés « zones industrielles » en « zones touristiques » pour le projet. Dans ce recours, nous contestons également le caractère d’utilité publique du projet, en évoquant son absence d’utilité économique, le paysage remarquable, l’archéologie, etc.

Le second recours porte quant à lui sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU, document d’urbanisme qui définit la destination générale des sols, ndlr). Nous y évoquons sensiblement la même chose, avec d’autres questions, comme par exemple le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT, document d'urbanisme de conception et de mise en œuvre de la planification intercommunale, ndlr).

Nous allons déposer ces deux recours au tribunal administratif début juillet. Nous avons des arguments solides, et je pense que nous pouvons gagner. Nous avons également fait circuler deux pétitions, une « papier » et l'autre numérique, et avons récolté en tout près de 2500 signatures.

Quelles sont les positions des élus locaux et du préfet ?

Les élus considèrent qu’il s’agit d’un bon projet, qui apportera beaucoup de bien à Malaucène. Ce projet immobilier constitue pour eux la solution au « problème de la papeterie ». Mais je pense qu’il faut que ce soit un développement qui profite à tout le monde, pas seulement à l’entreprise qui veut s’implanter. Quant au préfet, il est favorable au projet, et nous n’avons eu aucune réaction de sa part après les pétitions.

Vous organisez un pique-nique samedi, qu’en attendez-vous ?

Le Plan d’Occupation des Sols et le Plan Local d’Urbanisme ont été faits très rapidement, et sans débat, si bien que les citoyens n’ont pas eu le temps d’être informés ou de se mobiliser. Le pique-nique, qui aura lieu samedi midi à la source du Groseau, sera l’occasion d’informer la population sur les recours que nous avons faits à la mairie, et d’expliquer quels sont les points sensibles qui font que nous refusons ce projet. Le but est que les habitants prennent conscience de la question. C’est un sujet qui suscite déjà un intérêt important parmi les Malaucéniens.

Vous parliez d’aménager le secteur au profit des habitants de Malaucène. Que proposeriez-vous à la place du projet immobilier ?

L’idée serait de ne rien construire sur les secteurs de la source et de la chapelle du Groseau, qui, pour nous, sont à protéger. Et nous pourrions restaurer les hangars de l’ancienne papeterie pour en faire des salles de spectacle, ou un centre aéré, par exemple. Nous avions proposé que la mairie rachète le terrain pour aménager les hangars et protéger le reste du secteur, mais elle a refusé.

Plus d'info : vallondugroseau.fr

Quel avenir pour le projet de parc du Ventoux ?

Créé le : 07/06/2016

Le 8 juin prochain, les élus des 39 communes concernées devront se prononcer pour ou contre le projet de Parc National Régional (PNR) du Mont Ventoux dans le Vaucluse. Une consultation qui fait polémique. Nous avons interrogé à ce sujet Nicole Bernard, présidente de France Nature Environnement 84.

Vous défendez le projet de PNR du Ventoux pour lequel vous avez créé une pétition qui a recueilli plus de 6000 signatures, qu'est-ce que ce parc apporterait selon vous ?

D'abord, la reconnaissance d'un territoire emblématique. Mais aussi une cohérence dans la gestion permettant l'accès à des fonds européens, donc à une mise en valeur des productions du Ventoux. Enfin, il faciliterait la mise en œuvre des projets collectifs ou citoyens. Il serait aussi une « contrepartie » accordé aux habitants pour le soin apporté à ce territoire précieux, mais pas toujours facile à vivre.

 

Une première consultation avait déjà été effectuée quant à l'acceptation ou non du PNR du Ventoux. Que pensez-vous de cette nouvelle consultation ?

C'est une étrangeté. Des PNR ont vu le jour, comme au Lubéron, alors pourquoi le refuser au Ventoux ? Le Syndicat Mixte du Ventoux et 900 personnes de tous bords ont travaillé à élaborer une charte où tout le monde a pu s'exprimer. Elle est actuellement examinée par le ministère de l’Écologie et devait être soumise au vote des communes concernées en décembre 2016. Cette consultation régionale impose donc un vote anticipé et limité aux élus, avec un délai extrêmement court (4 semaines à peine), qui empêchera sûrement certaines communes de se prononcer alors que, contrairement à ce qui se fait habituellement, les communes qui ne se prononceront pas ou se prononceront hors-délai seront considérées comme contre le PNR. Les modalités sont peu démocratiques, d’autant plus les modalités du vote et de son interprétation n’ont pas été préalablement définies. Enfin, la documentation transmise aux communes choisit des exemples d'une manière qui n'est pas anodine, en mettant l'accent sur les contraintes dues à un parc. A mon sens, c'est une stratégie purement politique, qui prive le territoire d’une valorisation importante et des 28 millions prévus par l’UE pour le parc.

 

Comment envisagez-vous l'après 8 juin ?

Quel que soit le résultat, il n’empêche que le mode de consultation est plus que contestable. Il faut que quelque chose change dans la gestion de ce genre de projet qui concerne tous les citoyens. Je souhaite dire aux élus qu'on en a assez de cette gestion politicienne, on doit travailler tous ensemble pour ce territoire emblématique. Après le 8 juin, on continuera à se mobiliser pour lui !

 

Et du côté des “parco-sceptiques” ?

Du côté des « contre », qui se définissent plutôt comme des « parco-sceptiques », on craint les restrictions mais aussi le coût d'un parc ou encore le risque de « millefeuille » administratif, préférant au parc l'idée d'une « grande intercommunalité ». Parmi ceux-là, on retrouve le député du Vaucluse et vice-président délégué aux finances de la région PACA, Julien Aubert, ainsi que les maires de quelques communes. Dominique Bodon, édile de Malaucène, interrogé par nos confrères de France Bleu déclare que les maires des petites communes du Ventoux « ont surtout le sentiment de se faire enlever le pouvoir décisionnel. » Les communes a priori opposées au PNR sont surtout les communes situées sur le Ventoux, qui, en terme d'habitants ne sont pas majoritaires. Ce que déplore Julien Aubert : « Vous ne pouvez pas faire le parc du Ventoux sans le mont Ventoux » (propos recueillis par France Bleu).

 

Amaëlle OLIVIER

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