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[DOSSIER] Les chasseurs, un monde en déclin ?

Créé le : 18/12/2020
crédit pixabay

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Par Elodie Crézé

Dans un contexte d’opinion publique de plus en plus hostile à la chasse, et face à un vieillissement de la population des chasseurs peu renouvelée, cette activité semble désormais appartenir à l’ancien monde. Pourtant, les chasseurs sont passés maîtres de la communication pour redorer leur image bien écornée et parviennent encore à séduire. 

Imaginez. Le président Macron, tenue impeccable de cavalier, faisant claquer sa cravache sur le flanc d’un hongre fier et docile, et s’élançant dans la forêt de Rambouillet au son de la corne de chasse, à l’assaut d’une biche affolée. Scénario improbable ? Pas tant que cela. En 2017, alors candidat aux élections présidentielles, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir rouvrir les chasses présidentielles « pour les intérêts de la France ». « C’est quelque chose qui fascine à l’étranger, ça représente la culture française, c’est un point d’ancrage. » La chose ne s’est pas faite, mais la tradition a voulu que les chasses présidentielles se poursuivent jusqu’en 2010. Dans l’imaginaire collectif, le prestige de la chasse a plutôt laissé la place à une image bien moins d’Épinal : à l’instar du sketch des Inconnus sur « le bon et le mauvais chasseur », le chasseur serait alcoolique, viandard, et misogyne. Loin de l’élégance.

« Vivons cachés, c’est fini »

Souffrant de cette image que les intéressés jugent caricaturale, associée à l’intérêt croissant de la population en faveur de la cause animale, et d’un...

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[DOSSIER] Chasseurs et pouvoir, les liaisons dangereuses

Créé le : 18/12/2020
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Par Elodie Crézé

Alors que les animaux, leur statut et leurs conditions de vie sont devenus un enjeu électoral depuis quelques années et que l’opinion publique s’affiche majoritairement contre la pratique de la chasse, cette activité reçoit pourtant égards et dérogations des gouvernements français depuis des décennies. Décryptage.

Dans une chronique parue dans Le monde il y a près d’un an, le journaliste Stéphane Foucart écrivait : « Le contrôle de la chasse échappe à tous les principes qui fondent la vie collective, de la liberté de circuler à la préservation des biens communs, en passant par la protection de la santé publique et le respect de la propriété privée. La chasse fonctionne, en France, selon un régime de dérogations permanentes, multiples et inconditionnelles. » Il est vrai, à y regarder les chiffres des espèces aviaires autorisées à la chasse en France, que les chasseurs semblent avoir l’embarras du choix pour mettre du plomb dans des ailes : selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), 64 espèces sont chassées contre une moyenne de 24 chez nos voisins européens. Et sur ces espèces, 20 sont inscrites sur la liste des espèces menacées1.

Entrave à la biodiversité, mais aussi entrave à la santé publique. Là encore, les chiffres interpellent. En moyenne, d’après l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), la chasse ferait une vingtaine de morts et une centaine de blessés par an sur l’Hexagone2. Ajoutons à cela que 80 % de la population française rejette cette activité d’après une enquête Ipsos de 2018, notamment à cause de l’insécurité ressentie par les promeneurs…

Aujourd’hui, les chasseurs représentent 1,03 million de pratiquants selon la fédération nationale de la chasse, un chiffre en perpétuel déclin. Alors dans un tel contexte, si les chasseurs représentent un faible poids électoral, pourquoi les ménager ? Stéphane Foucart estime « qu’ils constituent une force d’appoint mobilisable facilement ». Car résister à la chasse reviendrait à perdre les chasseurs sans forcément gagner les voix de ses détracteurs. La réciproque, elle, serait vraie. Assez en tout cas pour que les gouvernements successifs décident de s’y fier. En particulier sous la présidence d’Emmanuel Macron où les dérogations sont légion, malgré des discours en faveur de la biodiversité. À l’instar de la ministre Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique, qui a plusieurs fois clamé l’importance de sa sauvegarde.

Chasse à la glu VS Chasse à la tourterelle des bois

Les faits, eux, disent autre chose. L’été dernier, le gouvernement a d’abord fait le – bref – bonheur des défenseurs de la nature en suspendant, pour seulement un an, la pratique controversée de la chasse à la glu, technique qui consiste à enduire de colle les branches des arbres pour piéger grives et merles noirs et en faire des « appelants » : ainsi placés dans des cages, leurs chants attirent d’autres oiseaux, cibles des tirs des chasseurs. Quelques jours plus tard, le gouvernement décide d’autoriser de nouveaux « prélèvements » sur la tourterelle des bois, espèce en fort déclin. Une décision d’ailleurs retoquée par le Conseil d’Etat pour la saison 2020-2021. C’est encore sous la présidence Macron qu’est mise en place « la gestion de l’activité cynégétique adaptive ». Cette mesure vise, en s’appuyant sur des avis et données scientifiques, à ajuster les « prélèvements » en fonction de l’état de conservation des espèces concernées. Or, le bât blesse lors de la nomination du Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Alors que le critère retenu dans l’appel à candidatures de 2018 devait être « l’excellence scientifique », 6 de ses membres se voient proposés par la fédération de chasse, contre 6 chercheurs académiques et 2 membres de la LPO. C’est d’ailleurs à cause de cette perméabilité entre le lobbying des milieux cynégétiques et le gouvernement que le médiatique ministre de la transition écologique Nicolas Hulot décide de jeter l’éponge avec pertes et fracas – pour le gouvernement ! – en août 2018.

Autre brèche notable dans la prétendue volonté de protéger la biodiversité, la création d’un Office français de la biodiversité en janvier 2020…cogéré par la fédération des chasseurs. Il s’agit en fait d’une fusion entre l’agence française de la biodiversité et l’office national de la chasse. Cette fusion est fustigée par les écologistes qui y voient une menace sur la biodiversité, avec concrètement, l’entrée des chasseurs au conseil d’administration.

Reconquérir l’opinion publique

Pourtant, si la chasse est bien un enjeu politique, le statut des animaux le devient aussi largement. Une partie de la population, des écologistes et autres défenseurs de la cause animale, se politise ou milite de plus en plus bruyamment pour alerter sur les conditions de vie indignes des animaux d’élevage, mais aussi de la captivité et du traitement des animaux sauvages. (Lire notre dossier « Animaux, restons humains », dans Sans transition ! n°21). Cette mobilisation se traduit sur le terrain politique avec, à titre d’exemple, le score du parti animaliste aux élections européennes : 2,16 % des suffrages, contre 1,73 % pour Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT) en 2004, avant sa fusion avec l’UMP en 2010. C’est plus que le parti des gilets jaunes qui avait pourtant mis la France à l’arrêt. Une chose est sûre, la cause animale est bel et bien devenue un enjeu de débats publics que le gouvernement ne peut plus ignorer.

Les chasseurs, eux, ont bien compris qu’ils devaient reconquérir une partie de l’opinion publique et ne plus seulement compter sur les faveurs du gouvernement. Avec leur slogan, « les chasseurs, premiers écologistes de France ? », ils tentent, à coup de campagnes de communication3, de redorer leur image, arguant de leur utilité pour la régulation des écosystèmes. (Lire encadré sur la régulation des espèces.) Mais le message ne passe pas auprès des défenseurs de la nature, et ces deux mondes semblent plus que jamais irréconciliables. En témoigne Richard Holding, chargé de communication à l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) : « Ils sont convaincus que la chasse est utile pour gérer et équilibrer la faune sauvage. Mais s’ils laissaient revenir les prédateurs naturels, les écosystèmes se réguleraient d’eux-mêmes ! Par leurs actions (réintroduction massive des sangliers dans les années 60 et 70, introduction des mouflons qui ont proliféré, etc),  ils les ont dérégulés. Nos deux visions de la protection de la nature sont diamétralement opposées. »  Difficile donc de trouver un terrain d’entente. Pourtant, des compromis en faveur des défenseurs de la nature, tout en évitant une rupture avec les chasseurs, c’est ce que devra faire le gouvernement s’il veut continuer à ménager la chèvre et le chou. « Au bout d’un moment, la protection offerte par les politiques aux chasseurs ne sera plus tenable », est persuadée Muriel Arnal, fondatrice de OneVoice. Et ce jeu d’équilibriste de plus en plus difficilement soutenable aux yeux de la majeure partie de l’opinion publique risque de conduire le pouvoir à laisser quelques plumes au niveau électoral… 

1 Liste établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)

2. Selon l’OFB, la saison 2019-2020 s’est révélée plus accidentogène que la précédente, avec 141 victimes contre 131. En 2019-2020, 11 accidents mortels ont eu lieu contre 7 durant la saison précédente. Le nombre d’accidents mortels a toutefois chuté de 71% comparé à 1999.

3. Lire article lié, « Les chasseurs, un monde en déclin ? »

 

 Les chasseurs, utiles pour la régulation des espèces ?

Si les populations de sangliers sont en constante augmentation - environ 700 000 sont abattus chaque année, ce n'est pas le cas des 90 espèces chassables en France, et notamment de la plupart des oiseaux chassés, tels les canards. Tout comme les sangliers, les ongulés sauvages n'ont pas de prédateurs naturels (décimés par la chasse, donc !) et prolifèrent. D’autant que les chasseurs pratiquent « l’agrainage » avec les sangliers : ils les nourrissent dans le but de les éloigner des cultures. Sauf qu’ils prolifèrent plus vite ainsi... Autre point, des chasseurs en mal de gros gibiers ont créé des élevages illégaux de cochongliers, dans le Calvados notamment. Cette espèce hybride issue du croisement entre cochon et sanglier prolifère à une vitesse exponentielle et créée de véritables dégâts, augmentant le nombre de bêtes à tirer par an, pour le bonheur des uns... Quant aux « nuisibles » qu’il faudrait chasser, (fouines, renards, putois, etc) cette appellation tombe en désuétude, et se voit régulièrement fustigée par les écologistes face à la nécessité de laisser les écosystèmes s’autoréguler. Les renards (600 000 tués par an en France parce qu’ils concurrencent les chasseurs sur les petits gibiers) par exemple, permettent de limiter la prolifération des campagnols dans les cultures agricoles, et limitent aussi la propagation de la maladie de Lyme. Des espèces longtemps jugées nuisibles sont aujourd’hui menacées, telle le putois ou encore le grand hamster. Ce qui n’empêche pas, chaque année, des arrêtés ministériels d’épingler des animaux au rang d’ « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » selon les territoires. Une subtilité sémantique pour dire la même chose, en plus politiquement correct…

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