L’humoeur de Marguerite : Tourisme spatial, le retour

Publié le lun 09/05/2022 - 09:05
@pixabay

Une fois par mois, Sans transition! publie une chronique : "L'humoeur de Marguerite". Ce mois-ci, Marguerite se livre à une réflexion sur l'art qui sera humaniste et spatial ou spatial et définitivement pas humaniste.

Tout le monde n’a pas pris conscience du fait que nous sommes en pleine urgence climatique. Par exemple, on croyait avoir touché le fond avec le tourisme spatial. Que nenni. Ils ont de la suite dans les idées, les nantis qui ne savent pas comment dépenser leur argent et souhaitent faire prendre de la hauteur à leur cerveau en mal de frisson. Voilà que Jeff Koons veut propulser ses sculptures dans l’espace pour qu’elles aillent orner la surface de la lune. La différence entre ce geste et celui du chien qui pisse contre un réverbère pour marquer son territoire est ténue. Et maintenant que nous avons abîmé la terre avec le capitalisme, allons voir ce qu’on peut infliger à la lune.

Pace Verso, l’offre NFT de la galerie Pace, a annoncé il y a quelques semaines « Moon Phases », la première collection NFT de l’artiste.

S’inspirant des réalisations humaines du passé et de l’avenir, Jeff Koons a choisi la Lune comme symbole de curiosité et de détermination. L’artiste explique : « J’ai voulu créer un projet NFT dont l’histoire est ancrée dans la pensée humaniste et philosophique. Nos réalisations dans l’espace représentent le potentiel illimité de l’humanité. L’exploration spatiale nous a donné la perspective de pouvoir dépasser les limites du monde. Ces idées sont au cœur de mon projet NFT, qui peut être considéré comme une continuation et une célébration des réalisations de l’humanité sur et hors de notre planète. »

Chaque pièce des « Moon Phases » de Jeff Koons se compose d’une œuvre d’art numérique unique – le NFT – et d’une sculpture associée. Celle-ci effectuera un alunissage avec un Nova-C Lunar Lander d’Intuitive Machines, lancé depuis la plateforme 39A du Centre spatial Kennedy, dans le cadre d’une mission autonome.

Il paraît que la mission est prévue d’ici la fin de l’année. Les 780 millions d’êtres humains qui essayent de survivre avec moins de 1,90 Dollar par jour brûlent d’impatience.

Les recettes de l’une des premières ventes aux enchères de NFT seront reversées à Médecins Sans Frontières. Les gens de MSF ont déjà dû recevoir des dons très indirects et tordus, mais celui-là, il faut avouer qu’il n’est pas mal dans le genre. C’est peut-être l’absence de frontières qui a donné à Jeff Koons l’idée de ce projet mégalo.

De l’art ou du cochon ?

Il y a fort longtemps, à la Foire Internationale d’Art Contemporain, j’ai assisté à une conférence passionnante intitulée « What is good art? ». Même si on a fait allemand première langue, on comprend aisément la question et on se rend compte qu’elle n’est pas facile. Cela m’a rappelé un de mes professeurs de philosophie qui nous recommandait, face à une question ardue, de commencer par la poser à l’envers. En l’occurrence, « What is bad art? ». AMHA (à mon humble avis, comme disent les jeunes en langage sms), le mauvais art, c’est celui qui plaît surtout à l’artiste. Le mauvais art, c’est l’art qui a quelque chose à prouver. Le mauvais art, c’est celui qui a besoin de se sentir important. On pourrait également arguer que le mauvais art, c’est celui qui est prétentieux au point de se croire ancré dans la pensée humaniste et philosophique en représentant le potentiel illimité de l’humanité et en dépassant les limites du monde. Enfin, on pourrait ajouter que le mauvais art, c’est l’art qui nuit. C’est précisément tout cela que propose Jeff Koons en balançant des tonnes de CO2 dans l’atmosphère pour y propulser ses œuvres et faire parler de lui.

Pour autant, quel est le véritable rôle de l’art ? Vous avez 4 heures, soit largement plus de temps qu’il ne faut à certains pour avoir des idées à la con.