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[RENNES] UNE MICROFABRIQUE FANTASTIQUE !

Créé le : 18/12/2018

Par Virginie Jourdan

À Rennes, un collectif d’artistes s’est lancé dans le projet de microfabrique Precious plastic. L’idée est de concevoir quatre machines, dont les plans sont librement disponibles sur internet. Imaginé par un designer néerlandais, le but de Precious plastic est de transformer ses déchets plastiques en objets utiles ou précieux.

Penché sur l’extrémité de son extrudeuse, Charly Gutierrez, 28 ans, effectue les derniers réglages. D’ici quelques minutes, un long fil de plastique recyclé sortira de cette machine et servira à fabriquer un pot de fleurs. Après avoir vérifié que la température est montée à 270 degrés, il lance le moteur, placé à l’autre bout de l’outil. Logée dans un tube métallique, la vis d’extrusion se met tout de suite en mouvement. Longue d’une cinquantaine de centimètres, c’est elle qui va pousser la pâte chaude et visqueuse obtenue, grâce à des paillettes de plastique préalablement broyées puis fondues. Cette matière première a été obtenue grâce à de vieux bacs de lave-vaisselle tirés d’une poubelle. De couleur jaune pour cette fois, le fil sort et s’enroule autour d’un cylindre que Charlie fait tourner grâce une manivelle. Le pot de fleurs prend forme.

À côté de l’extrudeuse, Quentin charge la broyeuse. Avec ses dents acérées et son moteur, c’est elle qui a transformé les bacs plastiques durs en copeaux. Ces deux machines, Quentin et Charly ne les ont pas achetées toutes faites. Partisans de la culture maker*, les deux artistes, membres du...

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Thierry Burlot : « Le droit à l'eau, c'est aussi le droit au développement ! »

Créé le : 18/12/2018
T. Burlot / Crédit photo : E. Pain

Thierry Burlot, vice-président de la Bretagne en charge de l'environnement, l'eau, la biodiversité et le climat. Il est également président du comité de bassin Loire-Bretagne pour l'Agence de l'eau. A l'occasion des 20 ans du Carrefour de l'eau, qui se déroule les 30 et 31 janvier à Rennes, il revient sur les grands enjeux de la politique de l'eau en région.

 

« Toute l'eau qui coule en Bretagne, s'infiltre et se jette ici. C'est une spécificité du massif Armoricain. 80 % de l'eau en région provient des rivières et 20 % des eaux souterraines, alors qu'ailleurs en France, c'est l'inverse. De fait, si l'eau se dégrade, c'est bien l'aménagement du territoire et le développement économique de nos bassins versants qui sont en cause. Désormais, la Bretagne en a pris la mesure et met en œuvre une politique de l'eau ambitieuse. Avec la Breizh Cop, nous embarquons l'ensemble des acteurs de l'eau : associations, entreprises, agriculteurs, collectivités et citoyens !

Il y a 30 ans, nous faisions le choix d'une production agricole quantitative. Puis on s'est rendu compte que les sols n'en pouvaient plus. Les Côtes d'Armor et le Finistère étaient particulièrement touchés. Nous étions la région avec la plus mauvaise qualité de l'eau. Sous l'impulsion des associations, nous avons décidé d'engager des plans de reconquête, avec Bretagne Eau pure notamment.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Désormais, 40 % des masses d'eau sont conformes, contre seules 10 % il y a 30 ans !
Dans le Finistère, 80 % y sont conformes, 60 % en Côtes d'Armor. Quant aux autres départements, nous y observons une moindre pression historique : on est par exemple à 11 % des masses d'eau conformes en Ille-et-Vilaine. Les Plans algues vertes ont montré des résultats positifs. Depuis 5 ans, on a réduit en moyenne de 15 à 20 mg par litre les nitrates. Une ONG vient même de classer le Léguer « rivière sauvage ». Le Scorff doit l'être en 2019. Mais nous devons poursuivre nos efforts, comme à St Michel-en-grève, où nous avons divisé par 10 les quantités d'algues vertes ramassés l'an passé.

 

Autre problème majeur : le changement climatique. Désormais, l'eau arrive en moindre quantité sur le Massif armoricain (2 fois moins), alors que les besoins s'accroissent...

Rennes doit chercher de l'eau de plus en plus loin, parfois hors de son bassin versant. Or ans eau, pas de nouvelle population, ni d'entreprises. Et c'est aussi s'assurer de la bonne santé de tous avec une eau de qualité. Le droit à l'eau, c'est aussi le droit au développement.

 

D'où la volonté de porter une politique de l'eau intégrée et solidaire ?

Le château d'eau de la Bretagne se situe au centre, il faut le protéger, alors que le développement économique s'accroît sur le littoral. Nous devons organiser une solidarité nécessaire entre l'amont et l'aval, entre le centre Bretagne et le littoral, entre l'est à l'ouest. Et intégrée, car la politique de l'eau c'est aussi la politique agricole, la politique économique, au carrefour des politiques publiques, dans une logique de concertation.

[BRETAGNE] FIN DE L’ILLÉGALITÉ POUR L’HERBORISTERIE ?

Créé le : 13/12/2018

Par Benoît Vandestick

Dans sa parcelle de terre à Locmariaquer (Morbihan), Maëlle Guéhénec cultive et transforme des plantes aromatiques et médicinales. Pour elle, comme pour ses collègues, l’absence de reconnaissance du métier d’herboriste rend son activité difficile, entraînant lourdeurs administratives et interdiction des allégations thérapeutiques. Une législation qui pourrait changer prochainement.

Il y a deux ans, c’était une parcelle en friche. Un petit bout de terre abandonné dans la campagne de Locmariaquer (Morbihan). Le genre d’endroit que l’on ne trouve qu’en se perdant. C’est ici, cachée du monde, des lotissements et des voitures, que Maëlle Guéhennec a fait sortir de terre un jardin de plantes aromatiques et médicinales. « J’ai créé mon entreprise en février 2017 et j’ai commencé à vendre mes produits l’été qui a suivi », explique-t-elle.

Naguère styliste pour une marque de prêt-à-porter parisienne, cette maman de 38 ans affirme avoir trouvé son bonheur dans le contact avec la terre. Et ce, malgré un contexte législatif hostile : « Aujourd’hui, je me définis comme paysanne-artisane, comme je n’ai pas le droit de me dire herboriste, indique-t-elle. Mais, si demain la loi reconnaît le métier, je serai paysanne-herboriste. »

Car la loi pourrait prochainement évoluer : en septembre dernier, une mission d’information sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales a été votée à l’unanimité par le Sénat. Un groupe de travail va pouvoir poursuivre la réflexion et...

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« Dix ans après Lehman Brothers, comment redonner du sens à l'économie ? », retour sur les conférences de Benoît Prévost

Créé le : 06/12/2018
L'économiste Benoît Prévost et le directeur de publication de Sans Transition !, Julien Dézecot, à la Toulouse Business School - Crédit : VE / ST

Paul Jorion a donné une conférence en compagnie de Sans Transition !, à Marseille, lundi soir dernier. Il a ensuite décidé de ne pas assurer les dates prévues à Montpellier et Marseille, mardi et mercredi soir. Benoît Prévost, maître de conférence en économie à l'Université Montpellier III a accepté de le remplacer au pied levé. Ce spécialiste des questions de développement est intervenu avec pertinence sur le sujet initialement prévu, à savoir : « Dix ans après Lehman Brothers, comment redonner du sens à l'économie ? ».

Aussi bien à Montpellier qu'à Toulouse, Benoît Prévost a rappelé que peu de choses avaient été réalisées, après 2008, pour éviter une nouvelle crise financière. Il a notamment attiré l'attention sur le risque de contagion lié à l'endettement d'une partie de la population et singulièrement des étudiants en Amérique du Nord.

Plusieurs solutions ont été évoquées pour contribuer à « ré-orienter » l'économie capitaliste : création d'établissements bancaires publics finançant la transition dans les territoires, soutien aux initiatives locales...

Un autre regard sur l'économie

Ce second volet a été développé dans le cadre des tables-ronde qui, à Montpellier comme à Toulouse, ont réunies des acteurs régionaux de l’Économie sociale et solidaire (ESS). Cette dernière a été envisagée comme une voie de transition vers une économie davantage fondée sur la coopération que sur la compétition. La question du changement d'échelle de l'ESS, aujourd'hui surtout focalisée sur le local, a aussi été évoqué. Enfin, la nécessité de « dépolluer » les esprits et de proposer un autre regard aux jeunes générations sur l'économie a été exprimée avec force par différents participants.

Retrouvez très bientôt les vidéos de l'événement sur le site internet de Sans transition !

[LYON] DONNER DU SENS A L'IMMOBILIER

Créé le : 29/11/2018
Léopoldine Angot et David Marion sont micro-entrepreneur et intermittent du spectacle. Le couple a trouvé un logement adapté a ses besoins grâce à l’agence immobilière solidaire Appart & Sens © François Delotte

Par François Delotte
Appart & Sens incite des propriétaires et investisseurs à louer leurs biens à des personnes aux revenus intermédiaires, mais ayant des difficultés à accéder au logement. Reportage à Lyon. 

C’est un appartement flambant neuf, situé dans le quartier de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. 72 m² lumineux avec véranda. Il y a quelques mois, Léopoldine Angot, 33 ans, et son compagnon David Marion, 32 ans, n’auraient jamais imaginé accéder à un tel logement. Si leurs revenus oscillent « entre 2500 et 3000 euros mensuels », selon Léopoldine, tous deux ont des situations professionnelles qui ont tendance à faire fuir les propriétaires. « Je suis pianiste, intermittent du spectacle. Léopoldine est aussi musicienne. Elle donne des cours et dirige des chorales, avec le statut de micro-entrepreneur », précise David. En témoignent claviers, partitions et autre guitare miniature que l’on retrouve ici et là dans l’habitation.

Aider les catégories « intermédiaires »

Le couple a aménagé en mai 2018. Cette location a été possible grâce à une agence immobilière atypique : Appart & Sens, qui a été fondée à Lyon il y a deux ans par Caroline Liby. Cette professionnelle aguerrie bénéficie d’une expérience dans le logement « classique », dans l’habitat social et dans la réinsertion par le logement.

Elle précise : « C’est en étant nourri par ce parcours que j’ai décidé de monter ce projet d’agence solidaire. » Pour cela, elle a été accompagnée par Alter'incub, un incubateur de projets axés sur l’innovation sociale. « Je suis partie du constat de la crise du logement en cours à Lyon, où peu de locations sont disponibles, poursuit-elle. Ce contexte peut rendre difficile l’accès au logement pour des personnes solvables, mais victimes de discriminations, sans garants, ou dans des situations professionnelles qui ne leur permettent pas de trouver facilement un appartement. »

Si les personnes au RSA sont dirigées vers le parc social, voire très social, « il y a peu de solutions qui s’offrent aux catégories dites “intermédiaires” ». Léopoldine et David se sont retrouvés dans ce cas de figure. « J’étais ingénieur avant d’être intermittent, raconte ce dernier. L’entreprise pour laquelle je travaillais m’a trouvé un appartement de 60 m², alors que je n’avais pas encore reçu ma première paye. Puis, j’ai décidé de me lancer dans la musique. »

Gaëlle Duranton, développeuse commerciale pour Appart & Sens devant Les Girondines, Ephad dans lequel l’agence solidaire loue un appartement © François Delotte

Une fois ce changement de cap opéré, le jeune homme passe plusieurs mois à « galérer » pour trouver un logement, malgré d’importantes allocations. « J’ai fini par trouver un 35 m², parce qu’un propriétaire m’a fait confiance », poursuit-il. « Tu n’as pas changé, tu es le même David. Mais pour les propriétaires, il y a eu le David ingénieur qui payera son loyer, le chômeur qui ne le payera plus et l’intermittent aux revenus instables », relève Léopoldine, avec un sourire malicieux.

« Cela démontre l’absurdité du système, dénonce Gaëlle Duranton, développeuse commerciale d’Appart & Sens. Nous, nous prônons la discrimination positive pour tous les dossiers de personnes solvables aux revenus “intermédiaires”. C’est-à-dire, devant s’inscrire dans une fourchette de ressources allant de 1650 euros à 2200 euros mensuels pour une personne seule. Au regard de la pénurie de logements, ces profils ne sont pas prioritaires dans l’accès aux logements sociaux », explique-t-elle.

Gagner la confiance des propriétaires

Le défi de l’agence : convaincre propriétaires et investisseurs de s’engager avec elle. Elle avance pour cela de solides arguments. « Nous avons monté une garantie “loyer impayé”, avec un assureur spécialisé. Celle-ci est adaptée à des personnes qui ne sont pas couvertes habituellement par ce type de produits : intermittents, indépendants, personne qui subissent une forme de précarité du travail, détaille Caroline Liby. Nous nous appuyons aussi sur un dispositif appelé Visal, proposé par Action Logement ».

Appart & Sens a aussi des arguments fiscaux. « Pour les logements anciens, les propriétaires investisseurs bénéficient de l’abattement “Anah”, qui correspond à un abattement fiscal de 30 % du revenu locatif pour des logements de catégorie intermédiaire, comme ceux que nous proposons. Ils peuvent recevoir une subvention pour travaux et une exonération de taxe foncière », explique Gaëlle Duranton. « Dans le neuf, notre particularité est d’avoir couplé les avantages Anah et un abattement de TVA de 10 % relatif à la construction dans le logement social », poursuit la conseillère immobilière.

Mais un autre argument est mis en avant par Caroline Liby : « Comme notre nom l’indique, il s’agit de donner du sens à investissement immobilier. Nous amenons les propriétaires à réfléchir au type de public qu’ils veulent aider en priorité : famille monoparentale, personne en situation de handicap... » C’est ce qui a séduit Florence Béduneau-Chassaing. Avec son mari, cette cheffe d’entreprise a acheté un appartement pour le mettre en location. « Je n’étais pas complètement à l’aise avec cette logique. Cela renvoie au fait que nous sommes favorisés, que l’on peut se le permettre », confie-t-elle. « Appart & Sens nous permet d’investir avec cette logique de contribution. La démarche m’a tout de suite parlé », affirme cette femme qui travaille dans la responsabilité sociale des entreprises.

L’été dernier, l’agence leur a présenté une dizaine de candidatures. « Nous avons été particulièrement touchés par l’histoire d’un couple. Lui travaille et bénéficie d’un titre de séjour. Elle est étudiante et se prépare à devenir professeur. Elle était enceinte. Or, il venait de perdre leur logement », raconte Florence Béduneau-Chassaing.

Guillaume Moulet, consultant pour Alter incub, a suivi le projet de Caroline Liby durant 18 mois. « À terme, l’un des objectifs d’Appart & Sens est de disposer d’un local où seraient organisés des temps d’échanges et de rencontres entre propriétaires, locataires et futurs locataires », explique-t-il. Le statut de la société pourrait aussi évoluer, passant d’une société par actions simplifiée (SAS) vers une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), afin d’avoir « une entreprise partagée entre ses différentes parties prenantes », souligne-t-il. L'entreprise dit se laisser le temps de la réflexion sur ce point.

Pour l’un des grands acteurs locaux de la lutte contre le mal-logement, la fondation Abbé-Pierre, Appart & Sens répond à un « besoin », « mais ça ne va pas tout régler, estime Véronique Gilet, directrice régionale de la fondation en Auvergne-Rhône-Alpes. Il faut voir les effets dans le temps. Et Appart & Sens ne pourra pas régler seule le problème des prix dans le parc privé. »

Aujourd’hui, Appart & Sens loue entre 25 et 30 logements pour une dizaine de propriétaires. Son défi : trouver davantage de personnes décidées à lui confier leurs biens. Et continuer ainsi d’apporter une réponse à un marché du logement particulièrement tendu. 

[REPORTAGE] LIBRAIRES DE VILLE EN VILLE

Créé le : 28/11/2018

Par Jérémy Pain

Ils sillonnent l’Auvergne-Rhône-Alpe pour apporter la culture au plus près du public. Sur les marchés ou les événements locaux, les libraires itinérants viennent combler le manque d’offre culturelle, avec une volonté de lutter contre le commerce hors-sol. En ligne de mire, le géant du web Amazon.

En cette matinée de juillet, les températures grimpent déjà aux Ollières, commune ardéchoise de la vallée de l’Eyrieux, qui voit défiler durant l’été de nombreux touristes. Il est 10 heures et quelques passants déambulent dans les allées du marché. Un peu à l’écart, un véhicule baptisé le Mokiroule attire les regards. Le camion de 9 mètres de long, tout décoré de dessins aux couleurs vives, émerveille les enfants. Ces derniers ralentissent le pas des parents. « Ils ne se posent pas de questions, ils veulent monter dans le camion, les parents n’ont plus qu’à suivre », s’amuse Pascale Girard, la maître des lieux.

C’est le cas d’Albin, déterminé à emprunter des livres pour les vacances. Il a déjà dévoré la pile emportée la fois précédente. Pour la famille venue de Rennes, la librairie itinérante est une aubaine. « On voulait se renseigner au sujet d’une bibliothèque locale », explique le père de l’enfant. « C’est une librairie, pas une bibliothèque », corrige Pascale Girard, qui aime rappeler l’identité des lieux.

Combler un vide culturel

Cette ancienne intermittente du spectacle a embrassé son rêve il y a trois ans. Et, puisque la sédentarité ne l’a jamais intéressée, elle déplace son commerce de ville en ville, dans 13 communes et jusqu’à 50 kilomètres autour de son domicile. La libraire enchaîne les kilomètres sur les routes sinueuses de l’Ardèche. Elle ne compte pas ses heures. Pour suivre ses allées et venues, il suffit de se connecter sur sa page Facebook (« LeMokiroule »), afin de connaître son agenda de la semaine.

Le matin, elle est sur un marché ; l’après-midi, elle s’installe à la sortie d’une école. De temps en temps, elle passe par des événements autour du livre. Les 20 m² de surface de vente lui permettent d’embarquer jusqu’à 3 000 références : des livres de jeunesse — sa spécialité —, mais aussi des romans, des bandes dessinées, des documentaires... Dans un territoire rural qui compte peu de librairies — les premières sont à Privas (Ardèche) et Valence (Drôme) —, son activité vient combler la soif de lecture des habitants et des touristes de passage.

David Blouët se déplace à 50 kilomètres à la ronde autour de Bourbon-l’Archambault. © Stéphanie Vinot

La présence de la libraire profite aussi au réseau de bibliothèques de la région, qui bénéficie de ses connaissances relatives aux livres jeunesse. « Je n’arrivais pas à trouver de livres qui attirent les enfants, explique Chantal, bibliothécaire locale. Pascale m’a conseillée et, désormais, quand je raconte une histoire aux enfants, ils veulent immédiatement lire le livre. »

Des territoires sensibles aux alternatives

Comme Pascale Girard, nombreux sont ceux qui tentent l’expérience d’une librairie qui va à la rencontre des habitants. David Blouët est de ceux-là. Ni camion ni voiture pour ce quadragénaire. Il a choisi pour moyen de déplacement le tricycle et a créé la Libricyclette. Après avoir hésité à reprendre un café-librairie qui s’apprêtait à fermer à Bourbon-l’Archambault (Allier), il a aussi opté pour l’itinérance. Depuis plus d’un an, cet ancien éducateur spécialisé arpente la région entre Moulins et Montluçon, muni de son vélo cargo à assistance électrique, bien utile dans cette région vallonnée. Lui aussi possède une page Facebook, du même nom que sa librairie, sur laquelle on peut suivre ses déplacements. « Je suis un libraire de territoire, je participe à la vie locale, explique-t-il. La Libricyclette, ce n’est pas uniquement la vente de livres, c’est aussi du lien social ! »

Principalement situé sur le marché de Bourbon, David est capable de se déplacer dans un périmètre de 50 kilomètres à la ronde. Son tricycle pèse 120 kilos à vide et jusqu’à 250 kilos, lorsqu’il est chargé. « Je peux transporter 250 livres. Mais j’ai un stock de plus de 700 livres, dans lequel je puise », précise-t-il.

Le territoire bourbonnais est rural mais, à l’image de l’Ardèche, on y trouve une appétence pour les modes de vie alternatifs et l’innovation sociale, à l’image de ce que propose la Libricylette. « L’accueil y est chaleureux, appuie David Blouët. Lorsque je viens sur le marché, ça crée de l’animation. Ça attire les gens et les commerçants apprécient l’initiative. »

Retisser du lien social, voilà la motivation première de ces routiers de la culture. Dans le massif de la Chartreuse, en Isère, Sandrine Dubuc installe toutes les semaines son commerce, Les Pages libres, sur le marché de Saint-Pierre-d’Entremont. À 50 ans, cette professeur d’histoire-géographie veut désormais retrouver davantage de liberté grâce à ce projet : « La médiation culturelle m’intéresse beaucoup, explique-t-elle. Je rencontre des gens que je ne croise pas ailleurs : des auteurs, des éditeurs, des organisateurs de manifestations... J’essaye également de développer des animations autour de la vente de livres. » L’apprentie libraire embarque chaque semaine des centaines de références dans une grande voiture aux côtés de tréteaux, parasols et étagères.

Contre le « Goliath » Amazon

Circuits courts, éducation populaire, modes de vie alternatifs... Toutes ces valeurs sont partagées par ces libraires itinérants. Un combat commun les anime : faire face à Amazon, le géant du secteur. L’ombre du mastodonte du commerce en ligne, au catalogue pléthorique, plane en permanence sur les activités de ces petits commerçants. Mais en misant sur la proximité, l’expertise et la création de liens humains, les libraires itinérants tentent à leur échelle de s’extraire de cette concurrence féroce. « Beaucoup de lecteurs sont réfractaires à la commande sur internet. Du coup, ils ne lisent plus ou se tournent vers les brocantes, mais ils n’ont pas accès aux nouveautés », déplore Pascale Girard.

Jusqu’à 3000 références peuvent être embarquées dans le Mokiroule. © Jérémy Pain

Avec son Mokiroule, la commerçante ardéchoise promet les mêmes services que la multinationale. « Je suis dans le même réseau que les autres librairies, je peux passer commande et être livrée dans les mêmes temps. Avec des prix similaires, grâce à la loi du prix unique du livre, je gagne contre Amazon ! », assure-t-elle. Sur son site internet (voir « Plus d’infos »), elle annonce qu’on peut retrouver dans sa librairie « tous les éditeurs nationaux, mais aussi (et surtout !) beaucoup de maisons d’édition à taille humaine ».

Cet engagement des libraires se retrouve aussi chez les lecteurs, et se propage dans le choix même des références de livres. Les ouvrages de personnalités engagées sur le terrain de l’écologie, tels Marie-Monique Robin ou Pierre Rabhi, trouvent une bonne place dans le rayon « Lutter » du Mokiroule. « Je travaille également avec les éditions Terres Vivantes, basées en région, et j’ai tout un fonds sur l’agroforesterie », ajoute David Blouët. Une façon de concilier l’état d’esprit de sa librairie itinérante avec les produits qu’il vend.


Plus d’infos :

www.lemokiroule.fr
www.facebook.com/lalibricyclette/  

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