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[ ENVIRONNEMENT & LOBBIES ] Le replay de la table ronde

Créé le : 28/11/2019
Photos : Sans transition !

L'environnement a aussi son lobby. Le 05 novembre dernier, plus d'une centaine de personnes étaient présentes à la table ronde dédiée à ce vaste sujet et organisée dans le cadre du salon de l'écologie à la faculté des sciences de Montpellier. Sans transition ! était présent et animait le débat disponible en replay.

Des spécialistes avaient répondu à l'appel du Salon :

> Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom,

> Édouard Bouin, administrateur du Pacte finance-climat,

> Benoît Prévost, chercheur en économie à l’Université de Montpellier.

Ecouter le replay proposé par RCF :

[ BIOPLASTIQUES ] La grande embrouille !

Créé le : 27/11/2019
La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, complétée par la loi EGAlim, interdit la mise à disposition d’objets plastique comme la vaisselle je-table, saladiers, pots à glace à partir de 2020 … sauf si ceux-ci sont compostables à domicile, et tout ou en partie biosourcés.(crédit : Pixabay)

Une infime partie des plastiques produits chaque année affiche l’appellation « bioplastiques ». Alors que certains finissent leur vie incinérés et que d’autres mobilisent de précieuses terres agricoles, l’ombre du greenwashing plane sur ces plastiques supposés verts. Des chercheurs de nos régions le réinventent dans une logique d’économie circulaire et de moindre impact sur l’environnement.

 

Par Anaïs Maréchal

On le retrouve dans les sacs destinés aux fruits et légumes, certaines bouteilles de soda ou pots de yaourts : le bioplastique. Appellation complexe, « bioplastique » désigne les plastiques biosourcés issus de végétaux, mais aussi les plastiques biodégradables. Et ceux pouvant se targuer d’être à la fois biodégradables et biosourcés sont minoritaires … Le grand écart écologique est bien trop important pour justifier d’une terminologie commune. De fait, la confusion règne. Et l’argument marketing tend à prendre le dessus au détriment d’une réelle avancée écologique.

« La guerre à la pollution plastique est déclarée », annonçait cet été la secrétaire d’état Brune Poirson en lançant son plan de lutte contre la pollution plastique. Depuis quelques années, les industriels se sont déjà engouffrés dans ces effets d'annonce grâce un nouveau produit : le bioplastique. Mais qu’ils soient biosourcés ou biodégradables (voir encadré), les emballages en bioplastique - comme les sacs pour les fruits et légumes - seraient-ils LA solution alternative ?

Les bioplastiques ne sont qu’une aiguille dans une botte de foin. Moins d’1 % des 335 millions de tonnes de plastique produites dans le monde en 2018 étaient des bioplastiques ([1]). Pourtant peut-être, sans le remarquer, avez-vous déjà tenu du bioplastique entre vos mains. Dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance, tous les sacs plastiques à usage unique ont été interdits en France au 1er janvier 2017. Sauf les sacs à la fois biosourcés et compostables, les fameux bioplastiques, qui sont depuis mis à disposition dans nos rayons fruits et légumes. Et la vaisselle jetable s’apprête à subir le même sort en 2020. « Les sacs à la fois biosourcés et compostables représentent 20 000 tonnes sur le marché français, détaille Marie Plancke, déléguée générale du Club bioplastiques, association regroupant l’ensemble des acteurs français de la filière. Ce sont principalement les sacs fruits et légumes, et de façon encore marginale des gobelets ou couverts en plastique. » Au rayon boissons, bouteilles de Coca, Vittel ou Volvic sont aussi en bioplastique, et les pots de yaourt Danone devraient bientôt subir le même sort.

Compostable, biodégradable, biosourcé… les mots ne sont pas simples et le marketing s'en amuse (en abuse?). Le terme « bioplastique » est en fait employé pour deux types de plastiques : biosourcé (c'est-à-dire composé au minimum à 40% de matière d'origine biologique, le reste étant issu de la pétrochimie comme les plastiques conventionnels) et biodégradable (voir encadré). Or « biosourcé » renvoie à la composition, alors que « biodégradable » renvoie à la fin de vie du produit. Deux notions qui ne sont pas liées ! Attention donc à ne pas s’y méprendre : tous les plastiques biosourcés ne sont pas biodégradables, et inversement. 57 % des bioplastiques produits en 2018 n’étaient d’ailleurs pas biodégradables (voir infographie). Les bouteilles de Coca-Cola, composées en partie de canne à sucre, font partie de ces produits non biodégradables, qui seront recyclés ou incinérés comme les plastiques traditionnels. Les sacs pour les fruits et légumes respectent eux, la réglementation : ils sont biosourcés ET biodégradables… ou plus précisément compostables, à domicile.

Pas si biodégradables...

Deuxième source de confusion : la notion de biodégradabilité. L’Ademe ([2]) précise qu’un matériau est dit biodégradable s’il peut être décomposé sous l’action de micro-organismes, comme des bactéries ou des champignons. Le matériau est entièrement détruit, converti en eau, dioxyde de carbone et méthane, pendant que la population de ces micro-organismes croit. « Le terme biodégradable ne veut rien dire si on ne précise pas les conditions dans lesquelles le matériau est capable de se dégrader !, souligne Anne-Fleur Hug, chargée de plaidoyer chez Zero Waste France. Cela rend tout très confus chez le consommateur, à juste titre. »  Des normes encadrent en effet la biodégradabilité des emballages plastiques, qui peuvent être garanties par des labels délivrés par des organismes de certification européens. Si le logo OK Compost Industrial figure sur votre emballage, alors celui-ci a été conçu pour se dégrader dans des composteurs industriels, installés dans les villes collectant les biodéchets ([3]) par exemple. C’est bien souvent le cas de la vaisselle jetable ou des barquettes alimentaires en bioplastique. Les plastiques labellisés OK Compost Home, comme les sacs fruits et légumes, peuvent quant à eux se dégrader dans des composteurs à domicile. Mais attention, comme dans ces petites installations la température est bien moins élevée que dans les composteurs industriels, un plastique OK Compost Industrial ne s’y dégrade pas ! D’où l’importance de vérifier les conditions de biodégradation du matériau grâce à ces labels.

Si les emballages alimentaires représentent presque 65 % du marché des bioplastiques, on les retrouve aussi chez les professionnels sous forme de film de paillage pour l’agriculture, de composants électroniques ou encore d’airbags dans nos voitures (crédit : pxhere).

Mais alors, que devient un sac biodégradable qui se retrouve dans la nature ? À l'instar d'un mouchoir en papier, disparaît-il au bout de quelques mois ? L’Ademe balaie toute ambiguïté en 2016 ([4]) : « Les plastiques biodégradables ne doivent en aucun cas être abandonnés dans la nature. En effet, la biodégradation se fait dans certaines conditions bien précises, qui ne sont pas nécessairement réunies en milieu naturel. » Valérie Massardier, chercheuse en éco-conception des matériaux polymères à l’INSA ([5]) Lyon, explique : « La dégradation d’un matériau dépend de la température, l’humidité et la qualité du microbiote du milieu dans lequel il se trouve. » Il est donc impossible de prédire la vitesse de dégradation d’un sac bioplastique dans la nature. « Il se dégrade probablement plus vite que les plastiques conventionnels, mais c’est très variable et dans tous les cas bien plus long qu’en composteur », détaille la chercheuse. Conçus uniquement pour être compostés, l’appellation « biodégradable » de ces plastiques entretient la confusion. « Les informations disponibles sont incohérentes ou trompeuses : les consommateurs pensent souvent que les plastiques biodégradables sont un meilleur choix pour l’environnement, relate Graham Forbes, chef de projet chez Greenpeace USA. Mais dans la nature, ils vont se fragmenter en petits morceaux, notamment des microplastiques, qui peuvent être ingérés par les animaux et pénétrer la chaîne alimentaire. »

Compostables, ils finissent pourtant à l'incinérateur

Exit donc les  barquettes, gobelets et autres bouteilles OK Compost Industrial du composteur au fond du jardin ! Ceux-ci doivent être collectés, avec les autres biodéchets, par les collectivités dans des bacs dédiés. Ils seront ensuite placés dans des composteurs industriels. Seul hic : aucune filière de valorisation auprès des particuliers n’existe pour les plastiques compostables industriellement, notamment les PLA qui représentent 10 % des bioplastiques du marché (voir infographie). Donc même si vous avez la chance de faire partie des 6% de ménages qui bénéficient d'une collecte de biodéchets dans votre commune, vos plastiques compostables industriellement n'y sont pas acceptés, faute de débouchés ! Résultat : ils finissent en décharge ou incinérés au milieu des déchets non valorisés. Un comble !

Si la collecte des biodéchets (déchets organiques – ndlr) va être généralisée d’ici 2025, la filière ne semble pas prête à s’ouvrir aux bioplastiques. « Intégrer les plastiques compostables rendrait plus complexe le geste de tri pour le consommateur, alors qu’il est déjà difficile de différencier les plastiques recyclables, explique Clothilde Pinet, chargée de mission valorisation biologique à la FNADE ([6]). Et il est pour nous essentiel de mener en amont une enquête sur l’impact de ces plastiques dans le compost final. » Les acteurs de la filière soulignent en effet le manque de connaissances sur le devenir des plastiques compostables, au milieu des autres biodéchets, à l'instar de ceux laissés en pleine nature. La start-up Les Alchimistes, qui composte les biodéchets des professionnels parisiens, intègre depuis un an les bouteilles en PLA du fabricant de jus Yumi dans leur processus de compostage. « Nous démontrons qu’ils peuvent être effectivement compostés dans un contexte habituel, témoigne Alexandre Guilluy, son co-fondateur. Le plastique a complètement disparu et l’analyse qualité de notre compost montre qu’il répond tout à fait à la réglementation ! » Un axe de travail encourageant.

Plastique ou maïs, il faut choisir

Dernier objet de polémique : comme pour les biocarburants, les végétaux cultivés pour fabriquer le plastique biosourcé – maïs, pomme de terre, canne à sucre, etc. – entrent en concurrence avec l’alimentation. Ceux-ci occupaient pourtant en 2018 moins de 0,02 % des terres arables ([7]). Déjà trop pour Graham Forbes de Greenpeace USA : « Une part croissante des terres agricoles est utilisée pour des cultures non-alimentaires, qui modifient les habitats naturels et déplacent les petits agriculteurs. Nous devons réduire la quantité de terres cultivées, et non l’augmenter. » Une partie de la filière des plastiques biosourcés semble cependant prendre conscience de ce problème et se tourne désormais vers des plastiques dits de seconde et troisième générations dans une logique d’économie circulaire. Micro-algues, bois ou encore déchets remplacent la canne à sucre ou le maïs pour produire les bioplastiques (voir article suivant). « L’industrie doit faire ses preuves sur ces formulations, rétorque Graham Forbes. Nous recommandons aux marques de privilégier la consigne. »

Greenwashing ou filière qui mériterait de se développer, le bioplastique ne doit pas se substituer aveuglément au plastique traditionnel. Un quotidien zéro déchet passe avant tout par une proscription des emballages à usage unique. « Le bioplastique est une solution pour des cas particuliers, où les emballages ne peuvent être évités, assène Anne-Fleur Hug de Zero Waste France. N’oublions pas de considérer l’emballage sur toute sa vie : un sac compostable nécessite une chaîne complète d’extraction de ressources, fabrication, transport… Beaucoup de ressources sont consommées en amont pour le produire ! » Le vrac et la consigne seront toujours des alternatives bien plus respectueuses de la planète.

PLUS D’INFOS :

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/adm00013766_adm_attache1.pdf

https://www.zerowastefrance.org/publication/6851/


[1]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

[2]Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[3] Déchets organiques comme les épluchures de légumes, restes alimentaires, déchets verts du jardin, papier …

[4]Fiche technique de l’Ademe (septembre 2016) : « Plastiques biodégradables »

[5]Institut national des sciences appliquées

[6]Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement

[7]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

 

 

 

 

[ AGRICULTURE ] Un accaparement des terres « sans consultation de la population locale »

Créé le : 26/11/2019
Accaparemment des terres agricoles (crédit : Pixabay)

Par Terre de liens

Longtemps la notion d’accaparement des terres n’a été pensée que pour les pays du Sud, et c’est vrai que les enjeux y sont colossaux. […] Le sujet a été mis à l’agenda médiatique suite à l’acquisition de 1700 ha dans le Berry par une entreprise chinoise utilisant une ingénierie juridique permettant de contourner la Safer. C’est le même montage qui avait permis de regrouper les terres nécessaires à la constitution de la ferme des milles vaches en 2013 en Picardie, qui répond tout autant à la définition de l’accaparement des terres. Le montage juridique utilisé vise souvent à contourner les administrations et le phénomène est donc difficile à quantifier. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de la loi foncière annoncée en début d’année par le ministre de l’Agriculture, mais reportée sine die depuis.

En PACA, aucune opération d’achat n’a encore défrayé la chronique. La faible taille des fermes en PACA, la plus petite moyenne de surface agricole utile par ferme de France métropolitaine, pourrait expliquer cela. En effet, il est plus facile de concentrer de grandes unités à partir de fermes de grande taille. Mais les fermes en PACA grossissent de plus en plus, comme ailleurs. Et le secteur viticole, avec des crus très prisés pourrait-être un lieu potentiel d’accaparement. Enfin, le climat de la région va la rendre très attractive pour l’implantation de panneaux photovoltaïques au sol. Ces projets ne peuvent aujourd’hui pas s’implanter sans qu’il y ait une activité agricole conjointe sur les terres, souvent avec des moutons ou de la volaille sous les panneaux. Mais vu la différence de revenu entre la production d’énergie et l’agriculture nourricière, la première risque de prendre rapidement le pas sur l’autre. C’est pourquoi à Terre de Liens nous défendons l’implantation du photovoltaïque sur les toits et pas dans les champs.

Plus d’infos :

www.terredeliens.org

[ INONDATIONS DANS LE SUD-EST ] FNE interpelle le gouvernement

Créé le : 25/11/2019
Image : Pixabay

Après les inondations mortelles survenues ce week-end dans les Alpes-Maritimes et le Var, et face à la répétition de ces phénomènes extrêmes qui vont s’intensifier dans un contexte de changement climatique, FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur et son réseau dénoncent l’étalement urbain. Cet étalement urbain effréné conduit à l’imperméabilisation des terres ce qui entraîne de tels évènements. FNE s'insurge qu'aucune leçon ne soit tirée de ces drames qui se répètent pourtant chaque année.

La combinaison catastrophique de l’imperméabilisation des sols et du changement climatique

Le changement climatique sur nos territoires se traduit notamment par des épisodes de crues à la fois plus intenses et plus fréquents.Si les sols et les rivières ont la capacité d’absorber une partie des crues, l’imperméabilisation liée à la bétonisation massive empêche ce phénomène naturel. A cela s’ajoute l’enjeu du ruissellement qui, par gravité, va venir intensifier ces crues. En effet, si les terres en amont ou en bordure des fleuves et rivières, sont bétonnées/artificialisée, l’eau qui aurait dû être absorbée initialement va venir gonfler la crue.

L’irresponsabilité des élus dans la gestion des risques naturels et leur impunité

Nous pointons très clairement la responsabilité des élus qui encouragent cette bétonisation débridée. Les permis accordés et les ouvertures à l’urbanisation en zones d’expansions de crue, et plus globalement sur les terres naturelles et agricoles, contribuent fortement à la mise en danger de la vie des citoyens et à la dégradation de l’environnement.

FNE dénonce des projets d’urbanisation néfastes en cours

Dans ces deux départements à fort risques, notre mouvement a saisi la justice pour faire annuler des projets accentuant les risques.

Dans le Var :

  • Cogolin : projet de Yotel 5 hectares avec 1200 logements en bord de mer en zone inondable ;
  • Rayol Canadel : Zac Baron Empains, construction sur un espace remarquable que le PLU du Rayol propose d’urbaniser ;
  • Cavalaire : PLU qui prévoit le doublement de la possibilité d'urbaniser en zone collinaire ;

Dans les Alpes-Maritimes :

  • OIN Plaine du Var qui prévoit « une occupation humaine permanente, voire des habitations, dans des secteurs d’aléa fort et même très fort sur Nice Arena, Saint-Laurent du Var, les Vespins, Colomars et La Manda » *
  • Projet Open Sky, en partie localisé dans le bassin versant de la Brague, rivière tristement célèbre suite aux inondations de 2015 qui avaient causé la mort de quatre personnes ;
  • Extension du terminal 2 de l’Aéroport Nice Côte d’Azur en partie en zone inondable

FNE demande à l’Etat : un inventaire des zones à risques où les règles d’urbanisme n’ont pas été respectées

FNE demande aux élus : d’arrêter immédiatement toute construction dans les zones à risques. 

Dans le cadre des municipales, FNE est aux côtés des citoyens pour demander aux futurs élus de stopper l’étalement urbain.

*Avis délibéré de l’Autorité Environnementale sur le PLUM Nice Côte d’Azur du 03 Avril 2019.

> Plus d'infos

[ URGENCE CLIMATIQUE ] : LE VRAI SCANDALE DU FRET

Créé le : 23/11/2019
Gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. © patrick janicek/wikimedia commons

 Par Magali Chouvion

Si les plans de relance du fret ferroviaire se suivent au gré des gouvernements, le transport des marchandises par train décline inexorablement depuis près de trente ans au profit du transport par camions. Un paradoxe national dans un contexte d’urgence climatique où la France affirme vouloir prendre des engagements.

Le transport de marchandises par train en France ne cesse de baisser depuis les années 1990 au profit de la route, en complète opposition aux engagements climatiques du pays. Les plans de relance se multiplient, à l'instar de l'ouverture à la concurrence en 2006 ou du Pacte ferroviaire de 2018, pour « sauver le fret ». Ultime tentative : la filialisation de Fret SNCF en janvier 2020. De quoi remettre le train sur les rails ?

Un train de fret émet dix fois moins de CO2 par kilomètre que le nombre de poids lourds nécessaires pour transporter la même quantité de marchandises ! Autant dire qu'avec l'urgence climatique, « le fret ferroviaire représente un levier essentiel pour le dynamisme économique de notre pays. Pour une mobilité propre, un seul train de fret représente 50 camions en moins sur les routes. », argue le gouvernement, alors que l'Etat est propriétaire à 100% du groupe SNCF.

Pourtant, force est de constater que le fret est en constant déclin en France. De 30% des marchandises transportées par train en 1984, on est passé à 9% en 2018. Et le nombre de gares de marchandises en...

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[ SOCIÉTÉ ] Résorption du chômage et transition écologique : la solution passe d’abord par les petits !

Créé le : 22/11/2019
Xavier Combe (crédit : DR).

Par Xavier Combe, interprète de conférence et traducteur, enseignant à l’Université de Paris X-Nanterre et membre fondateur de l’AFICI (Association Française des Interprètes de Conférence Indépendants).

« La France est le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse »,faisait fort justement remarquer le candidat Macron en 2017. En raison des dizaines de milliards d’euros qu’il pèse dans le budget année après année, du manque à gagner immense qu’il représente dans le PIB, des catastrophes sociales qu’il provoque dans certains territoires et, surtout, des malheurs individuels et familiaux dont il est responsable, le chômage est le principal fléau de notre économie et de notre société. Pour trouver les raisons de cette exception française et pour commencer d’y remédier, peut-être serait-il judicieux d’identifier en quoi notre l’économie se distingue des autres.

L’une de ses grandes caractéristiques, trop rarement évoquée, est qu’elle ne comporte pas un tissu de PME suffisamment fort. Pire, les indépendants et les TPE dans tous les secteurs d’activité ne font pas l’objet de l’attention qu’ils méritent. Comparaison n’est pas raison, mais en Allemagne, par exemple, le Mittelstand joue un rôle d'équilibre, d’émulation et de dynamisme économique.

Chômage versus transition écologique

Indiscutablement, la résorption du chômage ne viendra pas de la croissance : celle-ci fait la sourde oreille aux incantations et reste faible, voire inexistante. Elle ne viendra pas des grandes entreprises : s’il en était besoin, le CICE et le Pacte de responsabilité en ont apporté la preuve aussi coûteuse que cinglante. Elle ne viendra pas non plus de la fonction publique, désormais considérée comme la macro-variable d’ajustement par excellence, alors même que la réduction du nombre de fonctionnaires et la suppression des emplois aidés ont démontré leur caractère délétère dans de nombreux pans de la société. Tous les samedis, cela est dénoncé par les gilets jaunes.

Reste la transition écologique. Celle-ci constitue non seulement l’unique vraie source potentielle de relance économique, mais surtout une véritable nécessité - voire une question de survie - face à l’urgence climatique. L’enjeu est de taille. Il est civilisationnel et doit impérieusement marquer un virage historique. Transformer l’économie en créant des milliers d’emplois, voilà le défi. Dans le cadre de la transition écologique mais aussi dans l’économie d’une façon générale, d’où peuvent venir les solutions contre le chômage ?

La phrase de François Mitterrand en 1993 « Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé » est fausse, surtout face à l’urgence climatique qui nécessite un changement de paradigme, le problème du dérèglement climatique ne pouvant pas être résolu par le système économique qui l’a créé : c’est notre façon de faire fonctionner l’économie qu’il faut revoir. Dans Tout peut changer (Actes Sud, 2015), l’essayiste Naomi Klein en fait la démonstration éclatante.

Il faudra des années, voire des décennies, pour que les grandes entreprises passent d’un modèle qui repose sur les carburants fossiles, les délocalisations synonymes de transports polluants à l’échelle mondiale ou l’agriculture intensive, à une approche qui place la protection de l’environnement au cœur de leurs décisions.

En attendant, dans un premier temps,  la résorption du chômage doit donc venir de ceux auxquels on ne pense pas : les petits. Ils sont les plus nombreux et pas les moins dynamiques. Personne n’a essayé d’alléger drastiquement les contributions sociales pour toute création d’emploi en CDI payé de 1 à 2 SMIC dans :

-       les entreprises indépendantes de 0 à 10 salariés quel que soit leur secteur,

-       les associations actives dans le domaine de la transition écologique.

De plus, les associations de la transition écologique devraient toutes bénéficier de mesures telles qu’un statut d’intérêt général et la possibilité de récupérer la TVA.

À un coût bien inférieur à celui du CICE et du pacte de responsabilité, ces mesures s’adresseraient aux associations de la transition écologique en les aidant à créer des emplois et à réduire le recours aux bénévoles, mais aussi aux petits commerçants, aux professions libérales juridiques, médicales et para-médicales et une multitude d’autres petites structures et travailleurs indépendants. Elles s’adresseraient aux commerçants, aux vétérinaires, comptables, formateurs, maîtres d’œuvre, paysagistes, sténotypistes, infographistes, experts, agents d’assurance, interprètes, traducteurs, informaticiens, ingénieurs conseil, consultants, acteurs de l’économie sociale et solidaire, exploitants agricoles et aux artisans. Elles viseraient les petites entreprises du bâtiment, de l’hébergement, de la restauration et des services aux particuliers ainsi que les jeunes pousses innovantes.

Le recrutement de salariés de 1 à 2 SMIC ciblerait les personnes peu qualifiées de tous âges, mais aussi les jeunes de formation intermédiaire et supérieure.

Outre un grand pas en avant dans le domaine de la protection de l’environnement, ces mesures déclencheraient la création de dizaines, voire de centaines de milliers d’emplois indélocalisables, et présenteraient des avantages corollaires qui ne seraient pas minces non plus : redynamisation du commerce de proximité et des centres-villes, renforcement du lien social local et des rapports inter-générationnels, facilitation de la transmission des entreprises, encouragement et maintien en France des jeunes pousses, lutte contre la dépendance des auto-entrepreneurs, réduction des trajets des salariés, etc. De plus, bien évidemment, la croissance de toutes ces activités diminuerait le coût du chômage et générerait des rentrées fiscales supplémentaires - notamment par la TVA reversée par les entreprises - elles aussi indélocalisables.

Si le Medef se targue de 123.387 entreprises adhérentes et la CPME en dénombre 144.939, c’est l'Union des entreprises de proximité (U2P) qui compte le plus grand nombre d’employeurs potentiels avec 150.605 adhérents. La France compte 2,8 millions de TPE-PME dans les secteurs de l’artisanat, du commerce de proximité et des professions libérales, soit les 2/3 des entreprises françaises. Excusez du peu. Malheureusement, force est de déplorer que l’U2P n’est guère influente et que la communication n’est pas son fort, au contraire du MEDEF, par exemple, qui a toujours su communiquer son idéologie avec habileté, au point d’avoir réussi  à faire entrer dans le vocabulaire commun la notion de « charges » sociales alors qu’il s’agit de cotisations qui contribuent aux systèmes de protection sociale et de retraite que de nombreux pays nous envient et qu’il faut préserver.

Si l’on ajoute aux 2/3 des entreprises françaises les associations de la transition écologique, on comprend que les efforts doivent être redirigés vers ces acteurs qui sont petits, certes, mais de premier plan.

Tant que la transition écologique n’est pas véritablement lancée au point de transformer l’économie et tant que les petits acteurs de l’économie et les associations de la transition écologique restent relégués, au mieux, à la stagnation, la France continuera à se distinguer par son illogisme et restera « le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à endiguer le chômage de masse ».

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