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Centrales villageoises : vers une transition citoyenne ?

Créé le : 18/01/2016

En Provence, 4 centrales villageoises sont désormais lancées. À l’occasion de la journée de la Transition citoyenne, qui s’est déroulée fin septembre sur les territoires, zoom sur des projets concrets qui visent à relocaliser l’énergie !

 

Le 26 septembre dernier, à Forcalquier, le village des alternatives des acteurs de la Transition citoyenne, a accueilli les Centrales Villageoises de Lure-Albion. L’objectif : « Créer des sociétés coopératives locales, portées par des citoyens (avec l’appui éventuel des collectivités), qui oeuvrent au développement de centrales de production d’énergie renouvelable de petites dimensions », souligne le Parc Naturel Régional du Lubéron dans sa présentation du projet lancé cette année.

À l’échelle du Parc, deux centrales villageoises sont actuellement en projet : Lure-Albion mais aussi celles du Pays d’Aigues, grâce au soutien de l’Union européenne notamment. À buis-les-Baronnies, en Drôme provençale, sur le territoire du Parc, un autre projet est également bien avancé, ainsi qu’un second dans le Rosanais. « Ces centrales ont vocation à favoriser le développement des énergies renouvelables, de manière concertée à l’échelon local. Et participent à une prise de conscience collective des habitants d’un territoire aux enjeux d’économies d’énergie », souligne le Parc du Lubéron. La réappropriation, par les citoyens, de la politique énergétique nationale, face à la mainmise croissante de grands groupes industriels, est également au centre de la démarche.

Comment participer ?

Concrètement, les habitants d’un territoire constituent une société dont ils sont les actionnaires ou sociétaires - le plus souvent une société coopérative (SCIC) ou par actions simplifiées (SAS), sur le principe de gouvernance « 1 personne = 1 voix ». Le prix de l’action avoisine souvent les 100 euros. Chaque citoyen peut soit prendre des parts dans la société (et en recevoir potentiellement des dividendes), soit louer sa propre toiture pour la mettre à profit du projet collectif. Des groupes de projets sont ensuite formés pour coordonner l’action. Quant aux collectivités, elles peuvent également mettre à disposition des toits municipaux ou participer au projet (aide financière ou technique). Petit détail d’importance, comme le soulignent des porteurs de projet de Buis : en passant par les centrales villageoises plutôt que par une entreprise privée, « l’argent reste au pays » !

Plus d'infos :

www.centralesvillageoises.fr

www.parcduluberon.fr

Gilles Petitjean, Directeur de l'Ademe Bretagne : « Développons la coopération ! »

Créé le : 15/01/2016

En ce début 2015, l'Ademe Bretagne (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) fait le bilan de l'année passée. Et dresse ses perspectives pour celle qui débute. Rénovation des bâtiments, bois-énergie ou encore économie circulaire : autant de champs d'intervention de l'Agence. Interview avec son directeur régional, Gilles Petitjean.

 

Quel bilan tirez-vous de l'action de l'Ademe Bretagne pour 2015, année de la Cop21 ?

GP : Soyons francs : les ressources disponibles sur le territoire ont été moindre en 2015, du fait des élections et d'une baisse de motivation des collectivités confrontées aux baisses de dotations et au changement des contours des EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale), via la réforme territoriale. Mais le budget de l'Ademe reste constant dans ce contexte, même s'il demeure relativement faible. Ainsi, ce qui est au cœur de la transition énergétique ne sera pas financé uniquement par l'Ademe mais par l'ensemble des acteurs du territoire.

Par ailleurs, nous pouvons nous réjouir en Bretagne d'une très bonne coopération entre les services de l’État, la Région et l'Ademe. Il serait aberrant que l'Ademe travaille de façon isolée.

Ces éléments nous ont permis de nous concentrer au mieux sur nos priorités :

  • Le bâtiment et sa rénovation. Ce secteur est celui qui consomme le plus d'énergie

  • La transformation des déchets, dans une logique d'économie circulaire

  • La promotion de la chaleur renouvelable. L'Ademe n'intervient pas sur la question des tarifs. Mais elle met en place une dynamique de croissance des énergies renouvelables via son « fond chaleur »

Pouvez-vous citer une initiative phare de l'année qui vient de se terminer ?

GP : L'une des initiatives phares est la poursuite du déploiement de l'appel à projet « plate-forme de rénovation énergétique du bâtiment ». L'objectif national est fixé à 45 000 logements à rénover par an à l'horizon 2020. Pour ce faire, nous nous appuyons sur des plate-formes locales de rénovation énergétique de l'habitat. Les particuliers peuvent y recevoir des renseignements techniques, financiers et juridiques sur leurs projets et travaux de rénovation. Ces informations et conseils sont dispensés sur place ou par téléphone. La plate-forme suit le dossier du particulier du début jusqu’à la fin. Du plan de financement aux travaux, en passant par les prêts.

7 plate-formes de ce type ont été mises en place en Bretagne, en 2015. C'est une bonne chose car le parcours d'un particulier qui rénove son logement est long. Nous espérons que soit créé ainsi un véritable tissu régional pour accompagner les projets.

Quelles sont les perspectives pour 2016 pour l'Ademe Bretagne ?

GP : Concernant le secteur du bâtiment, il s'agit de promouvoir les plate-formes locales de rénovation. Mais aussi de continuer à accompagner les artisans. L'Ademe et la chambre des métiers promeuvent des regroupements d'artisans. Et nous comptons augmenter la quantité d'artisans Reconnus Garants de l'Environnement (RGE). Nous espérons une reconnaissance de ce travail avec une progression du chiffre d'affaires des artisans et des créations d'emplois en Bretagne.

Concernant l'économie circulaire, l'enjeu est de mettre en place une nouvelle façon de penser et d'agir. Il faut sortir de l'économie linéaire qui consiste à utiliser puis à jeter. Il faut inverser la tendance, aller vers une logique de service. C'est aussi une opportunité pour relocaliser des emplois en Bretagne, plutôt que de produire pas cher à l'étranger. Il vaudrait mieux produire localement des produits coûteux mais plus facilement réparables et durables. Nous allons développer des actions autour de l'économie de la fonctionnalité et de la gestion des déchets, notamment dans les zones portuaires et artisanales. Il nous faut aussi faire la promotion de la réutilisation et du recyclage. Les bretons trient bien leurs déchets. Mais ne sont pas bons sur la valorisation locale de ce tri. En effet, la Bretagne exporte la majeure partie de ces produits pour les traiter ailleurs.

Nous sommes aussi intéressés par la « chaleur fatale » : chaleur basse température produite par des industriels. Mais que ceux-ci ne réutilisent pas. Or celle-ci pourrait intéresser leurs voisins, notamment parce que cette énergie est peu chère.

Nous allons aussi poursuivre le développement de la chaleur renouvelable via le bois énergie. Le Plan État / Région sur le sujet s'étend de 2015 à 2020. Il doit mobiliser 200 000 tonnes de bois. Et générer la création de 200 chaufferies.

Concernant la « chaleur renouvelable », nous envisageons aussi d'appuyer des territoires et les projets développant une dynamique en la matière. Car les engagements de la Cop21 ne peuvent être atteints que si les territoires sont mobilisés. Toutes les collectivités, et notamment les EPCI, doivent s'engager pour promouvoir la transition. Ainsi, nous croyons beaucoup aux Plan Climat-Énergie Territorial.

Pour finir, nous comptons aussi mobiliser davantage les entreprises locales privées, quelques soient leurs tailles. C'est une cible qui paraît très importante et qui est aujourd'hui un peu délaissée par l'Ademe. Les entreprises sont logiquement intéressées par la critère de rentabilité. L'objectif est donc de les rendre plus réceptives à la transition énergétique et écologique. Elles ont besoin de réduire leurs coûts de production et de se positionner sur de nouveaux créneaux de la croissance verte. Si nous n'avons pas d'entreprises capables de développer cela, nous n'y arriverons pas.

Pourquoi la Bretagne peut elle être exemplaire en matière de développement durable ?

GP : Elle l'est déjà à plus d'un titre ! Il existe en Bretagne une sensibilité environnementale depuis longtemps. J'observe que cette dynamique est plus importante en Bretagne que dans d'autres régions.

Par ailleurs, la bonne entente entre l’État, la Région et l'Ademe en Bretagne est facilitatrice pour mettre en œuvre des projets.La Bretagne, qui n'a pas de tissu industriel lourd et qui est relativement excentrée par rapport à l'Europe, a intérêt à se saisir des opportunités des la croissance verte.

Il est vrai que certains secteurs restent un peu en retrait de ce mouvement, comme le monde agricole. Mais nous ne désespérons pas d'y créer une dynamique. La méthanisation est, par exemple, quelque - chose d'intéressant d'un point de vue énergétique. Mais c'est aussi le moyen pour une famille de mieux vivre de son exploitation.

Il faut trouver de nouvelles logiques de coopération entre les mondes agricoles et urbains, trop souvent séparés. Le traitement des déchets peut être envisager dans ce sens. Les matières organiques issues de la tonte des pelouses ou les boues des stations d'épuration peuvent être, par exemple, utilisées pour amender les sols agricoles. Ce sont ces nouvelles formes de coopérations que nous voulons développer.

Plus d'infos :

www.bretagne.ademe.fr 

 

 

René Louail (EELV) : « L'agroalimentaire et l'agriculture industrielle vont piloter la politique environnementale bretonne »

Créé le : 13/01/2016

En Bretagne, le PS et la liste d'union des écologistes n'ont pas réussi à s'entendre entre les deux tours des élections régionales. Plus aucun élu écologiste ne siège à l'assemblée régionale. René Louail, tête de liste EELV-Bretagne Ecologie aux dernières élections, a de la rancœur envers Jean-Yves Le Drian. Mais il regarde vers l'avenir.

ST : Votre liste a atteint le score de 6,7% des voix au premier tour des dernières régionales. En 2010, vous faisiez 12,21% au premier tour et 17,37 au second. Comment expliquez-vous cette perte d'une bonne partie de votre électorat ?

RL :Nous avions pour ce scrutin une liste des écologistes réunis, mais pas d'union avec les régionalistes. En 2010, nous étions dans une autre dynamique et EELV avait le vent dans le dos. En 2015, la campagne et les débats n'ont pas eu lieu. Jean-Yves Le Drian a instrumentalisé la situation nationale et internationale pour éviter de parler de la situation bretonne. Nous n'avons jamais débattu avec lui sur les compétences de la région et de son bilan. Nous étions l'une des rares listes qui avaient un programme. Nous aurions aimé le partager. Nous avons tout de même fait un meilleur score que dans la plupart des autres régions. Mais il n'est pas suffisant. La montée de l'extrême droite a pris une telle place que l'environnement est passé au second plan. Alors que nous étions en pleine Cop21...

ST : Vous n'avez pas réussi à trouver d'accord avec J-Y Le Drian dans l'entre-deux-tours. Pourquoi ?

RL : En réalité, cela fait plusieurs mois que J-Y Le Drian a décidé de ne pas s'allier aux écologistes. Cela remonte au moment où Olivier Alain, président de la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor, a rejoint sa liste. Olivier Alain a dit à Le Drian qui le rallierait uniquement s'il n'y avait pas d'alliance avec les écologistes au second tour. Le Drian nous a fait croire qu'il allait négocier alors que la décision était prise depuis longtemps ! La petite phrase lâchée par Le Drian lors du débat d'entre deux tour, « un peu ça va, beaucoup c'est trop » à propos des écologistes fait penser à la phrase de Sarkozy « l'environnement ça suffit ». Je crains que Le Drian ne soit demain l'allié de Bruno Retailleau, le président très à droite, des Pays-de-la-Loire. Notamment concernant l'évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

ST : Aucun élu écologiste ne siège donc au sein du conseil régional. Comment EELV Bretagne souhaite-t-il donner suite à son combat politique dans ce contexte ?

RL : Les 80 000 bretonnes et bretons qui ont voté pour notre liste ne sont en effet pas représentés au sein d'un Conseil régional soit-disant de gauche. L'agroalimentaire et l'agriculture industrielle vont piloter la politique environnementale bretonne. Ce qui est très grave. Le Drian a une responsabilité importante dans ce dossier. C'est l'homme des lobbies agro-industriels. Je ne lui fais pas confiance sur la question de l'environnement. Nous n'avons plus d'élus. Mais le combat écologiste continue. Notamment au travers des associations et des syndicats. Nous allons continuer à agir. Et nous serons à nouveau candidats pour la prochaine échéance électorale.

Plus d'infos :

www.bretagne.eelv.fr

Photo © DR

 

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NDDL : des expulsions qui annonceraient le pire

Créé le : 11/01/2016

Par France Nature EnvironnementBretagne VivanteLPOMayenne Nature EnvironnementSOS Loire Vivante 

Le jugement portant sur les arrêtés d’expulsion des occupants du site de Notre Dame des Landes devrait être rendu le 13 janvier. Aussi des expulsions pourraient intervenir dès le 14. La manifestation pacifique du samedi 9 janvier, que nous soutenons, tient à dénoncer tant la méthode que le projet de nouvel aéroport lui-même.

Un projet déloyal et illégal

Le 12 décembre 2015, François Hollande déclarait au Bourget que « la France mettra tout en œuvre non seulement pour appliquer l’Accord » de la COP 21, « mais pour accélérer le mouvement ». Moins d’un mois plus tard, c’est à une accélération totalement contradictoire avec cette déclaration que l’on assiste : celle de la réalisation annoncée de l’aéroport nuisible et inutile de Notre-Dame-des-Landes, qui alourdira le bilan carbone de la France ainsi que les impôts locaux des habitants du Grand Ouest pour de nombreuses années.

Le démarrage des travaux de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait, par ailleurs, contradictoire avec l’engagement du Président de la République d’attendre l’épuisement des recours que nous avons lancés devant la Justice contre le projet : le résultat des appels formulés est toujours attendu. Il serait également illégal puisque plusieurs autorisations de destruction d’espèces protégées sont toujours manquantes.

Un projet ruineux

Nous rappelons qu’en plus de présenter un bilan environnemental catastrophique (eau, biodiversité, carbone…), ce nouvel aéroport n’apporterait strictement rien à l’économie, au contraire même  : payé en grande partie par les impôts de chaque citoyen pour un coût nettement supérieur à celui d’un réaménagement de l’aéroport actuel, il comportera une aérogare plus petite que ce dernier, pour faire plus de place aux espaces commerciaux… alors même que le principal argument des soutiens au projet est la saturation de l’aéroport actuel ! De plus, il nécessiterait la construction d’infrastructures d’accès particulièrement coûteuses (pont sur la Loire, nouvelles routes et voies ferrées).

« L’accord de Paris oblige la France à abandonner les réflexes d’aménagement et de mobilité des années 70 et à adopter enfin des politiques fondées sur une analyse sincère des besoins et sur l’optimisation des infrastructures existantes » estime Denez L’Hostis, Président de FNE. « La réalisation du projet de Notre-Dame-des-Landes marquerait l’obstination de la France à ne pas s’engager dans le XXIe siècle, le passé n’est pas un avenir souhaitable ».

Pour mieux comprendre la mobilisation contre ce projet d'aéroport, lire ici le résumé des 8 choses à savoir sur Notre-Dame-des-Landes.

Plus d'infos :

www.fne.asso.fr

Pour ou contre les emplois aidés

Créé le : 11/01/2016

+0,4 % de hausse du chômage en décembre pour clôturer 2015. Le Gouvernement relance les contrats aidés en 2016. Il prévoit même un budget de 2,6 milliards d’euros uniquement pour ces emplois subventionnés par l’État ou les collectivités. Ils visent à la réinsertion sociale et professionnelle des personnes éloignées de l’emploi. Ils concernent le secteur non-marchand (collectivités, associations, services publics) et le secteur marchand. Largement utilisés par les politiques de droite comme de gauche depuis une trentaine d’années, ils sont une réponse au chômage pour certains, un non-sens pour d’autres.

CONTRE

Bertrand Martinot

Économiste, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle.

 

« Les emplois aidés sont une spécialité française !

Nous sommes le pays de l’OCDE qui consacre la plus grande part de son budget « Emploi » aux aides : 3,6 milliards sur les 11 du budget total. Ces 33 % représentent en fait beaucoup plus : il s’agit de toute la marge de manœuvre du ministère ; le reste des dépenses étant très rigides, comme les allocations de fin de droit des chômeurs par exemple. Ces contrats aidés se font donc au détriment d’autres mesures qui seraient, selon moi, bien plus efficaces. Ainsi, dans le budget 2014, on a ratiboisé 550 millions d’aides à l’apprentissage pour financer les 50 000 emplois d’avenir complémentaires. En plus, ces emplois n’améliorent pas la trajectoire des bénéficiaires. Si l’on prend deux personnes qui ont les mêmes caractéristiques (ndlr, âge, sexe, niveau d’étude), l’un passe par un contrat aidé, l’autre non. Et bien sur 3 ou 4 ans, le taux d’emploi est le même ! Illustration : 60 % des bénéficiaires d’un emploi aidé dans le secteur non-marchand se retrouveront au chômage ou seront en inactivité au bout de 6 mois. Ils seront 30 % suite à un contrat aidé dans le secteur marchand. De par mon expérience, je sais que seuls des contrats aidés ciblés sur des personnes très éloignées de l’emploi pourraient être efficaces. S’ils sont assortis de mesures d’accompagnement, de formation, de suivi... Il s’agirait d’être intransigeant, à la fois sur le choix des bénéficiaires et sur celui des employeurs. Cela concernerait seulement 150 000 à 200 000 emplois. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une politique du chiffre. Les 500 000 contrats aidés créés chaque année ne sont pas assez exigeants : plus il existe de contrats aidés non-marchands et plus les employeurs sont sélectifs. Résultats : ce ne sont souvent pas les personnes les plus éloignées de l’emploi qui entrent dans ces dispositifs. L’objectif est manqué ! Je pourrais néanmoins comprendre qu’en période de récession, l’État crée des emplois publics. Cette démarche keynésienne peut pallier une crise conjoncturelle. Mais cela fait 30 ans que l’on fait des emplois aidés : ils sont structurels ! Même ici, cet argument tombe ! Certaines associations ou collectivités ne vivent que de ces contrats, c’est un vrai problème. Mais ce n’est plus celui de l’emploi. Soit l’on croit à la décentralisation, et les collectivités se veulent autonomes financièrement. Soit on est jacobin et alors on laisse l’État gérer ses emplois. Mais en tout état de cause, qu’un employeur bénéficie d’une subvention à hauteur d’environ 80 % a quelque chose de déresponsabilisant. Alors oui, les contrats aidés permettent, dans un contexte où beaucoup de choses échappent à l’État, de donner au président la possibilité de créer des emplois. Le ministre du travail peut se dire la même chose. De même que les élus locaux. Cette vision n’est pas uniquement électoraliste : elle permet aussi de redonner un peu de confiance aux Français. Ralentir la progression du chômage d’environ 0,2 point, cela peut soutenir un peu le moral des ménages. Ce qui est bon pour la consommation... Mais il faut toujours mettre en regard le coût d’une mesure et ce que cela apporte réellement à l’économie.

 

POUR

Laurence Fortin

Conseillère régionale déléguée à l'économie sociale et solidaire et à la vie associative, présidente de la commission économie à la région

 

« Une passerelle vers l ’emploi »

« Évitons d’emblée les oppositions classiques entre une économie d’entreprises qui créeraient de l’emploi et celles qui bénéficieraient de subventions. La création d’emploi reste l’affaire de tous : les entreprises du privé, celles du public, les institutions et le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS). C’est une responsabilité collective que l’on doit se partager, notamment grâce à la formation. Le contrat aidé est un marche-pied pour des personnes éloignées de l’emploi. Il offre un travail et redonne de l’espoir à des gens qui en ont souvent besoin. Je préfère un actif pourvu d’un emploi, qu’un chômeur inactif ! Ces emplois, même partiels, ont une dimension sociale très importante. Leur impact ne peut pas se mesurer uniquement en terme financier. Ils sont aussi un moyen pour sécuriser le système économique. À la Région, nous soutenons, par exemple, le secteur associatif comme les entreprises. Car ce tremplin est valable aussi bien pour le secteur marchand que non-marchand. Toutefois, c’est quand même le domaine agricole qui bénéficie le plus d’aides publiques. Au global, ces aides – principalement européennes – sont le résultat d’une volonté politique au départ de nourrir les hommes. À chaque moment sa priorité politique et donc son secteur à financer. Cette intervention publique est là pour soutenir l’activité, accompagner des initiatives. En se sens, un soutien à l’ESS, qui est une économie qui ne se limite pas au secteur marchand, créatrice d’innovation sociale, me paraît tout à fait d’actualité. Afin de développer l’emploi, il faut accompagner les structures dans leur développement. Si elles se développent, elles créeront de l’emploi. Nous devons donc veiller aussi au modèle économique des organisations qui bénéficient des emplois aidés et autres aides financières. Il s’agit d’impulser une dynamique et de former des personnes éloignées de l’emploi. Certainement pas de mettre des organisations sous perfusion ! Si le recours à un contrat aidé est systématique au sein d’une structure, c’est qu’il s’agit d’un problème financier. Dans ce cas, il existe d’autres dispositifs qui permettent une consolidation financière. Le contrat aidé n’est qu’une passerelle, pas un élément constitutif. Ces aides directes ne sont pas les seules. Nous disposons de divers dispositifs d’aides à l’investissement par exemple. Nous essayons aussi d’innover en proposant un accompagnement des jeunes au sein des Coopératives jeunesse de service. Enfin, la formation, l’éducation populaire... ne sont pas à négliger. Le rôle de la collectivité est de créer des conditions optimales au développement de l’activité. La collectivité a finalement un rôle d’accompagnement et de mobilisation sur son territoire. »

Plus d'infos

Chômage, inverser la courbe,B. Martinot, publié par l’Institut Montaigne aux éditions Les Belles Lettres, 2013, 19 euros.

 

www.bretagne.fr

Vous feriez bien une Pause déjeuner ?

Créé le : 08/01/2016

Le projet Pause Déjeuner s'inscrit dans une démarche slow food, en réaction à la malbouffe et à la surexploitation des sols. Lancé en 2014 à Brignoles, dans le Var, il découle de la volonté de deux associées de réveiller papilles et sens, dans le respect de la terre et des producteurs locaux. Un concept novateur et exemplaire, qui propose des paniers repas goûtus et de saison aux salariés lassés de s'alimenter à la hâte.

 

Mues par l'envie d'utiliser leur force de travail en œuvrant pour le bien commun, Sabine Ibanez et Amandine Alleaume, qui s'interrogent depuis quelques années déjà sur nos modes de consommation, imaginent un projet qui leur permet de concilier engagement et amour pour la cuisine. Pause Déjeuner voit le jour en décembre 2014 et s'installe sur le territoire brignolais en proposant des paniers repas frais et de qualité, dans une démarche en adéquation totale avec les valeurs de ses créatrices.

Des paniers en tissus, des contenants consignés, des produits locaux et de qualité, voici les ingrédients qui composent les repas qu'elles servent du mardidi au vendredi, à Brignoles et dans ses alentours. Leur cible : les salariés du territoire qui « en ont marre de mal manger et souhaitent autre chose », nous explique Sabine. « Nous voulons à la fois proposer des repas sains, gustatifs et de qualité, et mettre en avant les producteurs locaux. 90 % de nos produits proviennent des circuits courts. Nous vivons à Correns et travaillons étroitement avec les deux maraîchers de la commune ».

Un travail de terrain

Leur engagement pour le développement social et solidaire ne s'arrête pas là. Dans une logique participative, les deux jeunes femmes ont décidé de monter leur entreprise en statut SCOP (Société Coopérative et Participative). « La création en SCOP était pour nous une chose évidente. Nous avons été séduites par le principe d'une voix, un homme, et le système démocratique qui en découlait. Nous souhaitions créer une famille, plus qu'un business. Et voulions une entreprise du territoire, pour le territoire ».

Pour elles, il était primordial de placer la solidarité au centre de leur démarche. Proposer des repas à des tarifs accessibles, variant de 9,8 à 12 euros, grâce à l'aide de leurs proches et à leur énergie débordante « Les 6 premiers mois, j'étais tout le temps sur le terrain. Il fallait se faire connaître, convaincre. Et ce n'était pas évident car la consigne comporte une logistique qui peut en dissuader certains ».

Depuis mai, Sabine et Amandine sont soutenues par deux mécènes qui ont fait le pari de croire en leur idée et de les aider à la développer. « C'est un réel soutien pour nous, à la fois financier et stratégique car il nous a permis de nous consacrer presque entièrement à la cuisine ». Et d'envisager la suite ! Car les deux entrepreneuses souhaitent maintenant développer leur concept en France et à l'étranger, là où se trouvent concentrés petits producteurs et bassin d'emploi.

 

Plus d'infos :

http://pausedejeuner83.fr/

Photo : Dans leur atelier abine Ibanez et Amandine Alleaume imaginent des repas aux saveurs provençales. Elles composent et créent grâce aux produits du terroir, assemblent les goûts et les couleurs pour le plus grand plaisir de leurs clients. © DR

 

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