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[ PÉTITION ] Stoppez la « ferme des 1 000 vaches » en Normandie

Créé le : 15/06/2020
Photo : Waltteri Paulaharju / Pixabay

Dans l'Eure, un élevage menace de s'agrandir et de devenir la plus grande exploitation laitière de Normandie. Le projet prévoit d’enfermer plus de 600 vaches dans des bâtiments sans accès à l’extérieur et séparées de leurs petits. L214 relaie une pétition lancée par les riverains et les associations pour que ce projet d'élevage intensif ne voie pas le jour.

Le projet initial prévoyait de parquer dans des bâtiments près de 1 500 animaux, des vaches laitières, mais aussi leurs veaux exploités pour la viande. En novembre 2019, la préfecture avait ordonné une enquête publique sur le projet qui a abouti à un avis défavorable du commissaire enquêteur.

Pourtant, le projet est toujours d'actualité : légèrement revu à la baisse, il a de nouveau été soumis au préfet, qui rendra sa décision fin juin, au risque d'autoriser l'augmentation du nombre d'animaux exploités.

Rappel :  dans les élevage laitiers, les vaches sont inséminées pour donner naissance à leurs veaux qui leur sont instantanément retirés à la naissance, afin de pouvoir recueillir leur lait. Seule une partie des veaux femelles sera gardée pour renouveler le cheptel. Les autres veaux seront engraissés pour leur chair dans des élevages de « veaux de boucherie ». Au-delà des souffrances infligées aux animaux, les conséquences environnementales, sanitaires et sociales d'un tel projet sont elles aussi extrêmement inquiétantes.

> Signer la pétition

[ INITIATIVE ] La coopérative Railcoop prépare la réouverture de la ligne Bordeaux-Lyon

Créé le : 11/06/2020
Photo : Pixabay

Par Railcoop 

Railcoop, première société coopérative d'intérêt collectif de France dédiée au ferroviaire, vient de déclarer à l’Autorité de Régulation des Transports son projet de faire de nouveau rouler des trains de voyageurs sur la ligne Bordeaux-Lyon. Cette notification constitue la première étape vers la mise en place du service prévue pour l’été 2022. Un reportage à lire dans Sans transition ! °24

" Alors que le monde des transports est en pleine mutation avec l’ouverture à la concurrence totale du transport ferroviaire de voyageurs à compter de décembre 2020 et avec l’interdiction programmée des vols intérieurs bénéficiant d’une alternative ferroviaire, la réouverture de la liaison ferroviaire transversale Bordeaux - Lyon qui traverse le Limousin et l’Auvergne constitue un premier pas vers le développement de nouvelles offres ferroviaires adaptées aux territoires.

Depuis la suppression du service en 2014, il n’existe plus de liaison directe ferroviaire entre Lyon (deuxième plus grande métropole de France) et Bordeaux (cinquième métropole). “Le marché Province-Province en train classique reste largement inexploité en France. Pourtant, il y a une forte demande”, rappelle Dominique Guerrée, le Président de Railcoop. 

Avec un temps de parcours prévu de 6h47, le service sera plus lent que la connexion via Paris. Mais, pour Quentin Neurohr, sociétaire de Railcoop et dirigeant de COPOMO, un cabinet de conseil en mobilités, “il y a une vraie demande pour des services ferroviaires directs, confortables, sûrs, à un prix abordable et pour lesquels l’enjeu de vitesse est secondaire”. Avant de se lancer sur cette ligne, Railcoop a d’ailleurs fait valider le potentiel de marché par Systra, le leader de l’ingénierie et du conseil dans le monde ferroviaire.

Cette ligne, qui desservira Bordeaux, Libourne, Périgueux, Limoges, Saint-Sulpice-Laurière, Guéret, Montluçon, Gannat, Saint-Germain-des-Fossés, Roanne et Lyon, constitue un premier test pour Railcoop. S’il s’avérait concluant, Railcoop ouvrira d’autres liaisons en train classique avec comme objectif de mieux connecter les territoires aux services ferroviaires."

Un reportage à lire dans Sans transition ! °24

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[ CE QUI DÉPEND DE NOUS ] Manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire

Créé le : 10/06/2020

Les militants d'Attac ont rédigé un manifeste pour encourager une relocalisation écologique et solidaire qui s'annonce urgente et nécessaire.

Présentation du manifeste par les militants d'Attac :

Le manifeste Ce qui dépend de nous - manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire, constitue un bien commun à la disposition de toutes celles et ceux qui veulent empêcher le « retour à l’anormal » et construire un « monde d’après » solidaire et désirable.

  • Ce qui dépend de nous, c’est d’agir aux côtés des personnels hospitaliers, pour augmenter les salaires et les effectifs, pour préserver et étendre les organisations coopératives et horizontales du travail de soin qui ont sauvé tant de vies pendant l’épidémie.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de désobéir à la gouvernance par les chiffres pour initier une refondation des services publics centrée sur le care, le soin des autres et de la nature, l’attention aux usager·es et aux élèves, à commencer par les plus fragiles.
  • Ce qui dépend de nous, c’est d’imposer par nos luttes un partage des richesses, un revenu garanti, un droit au logement et aux papiers pour les précaires et chômeurs victimes d’une crise sociale qui ne fait que commencer.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de poursuivre et d’amplifier les multiples réseaux de solidarité concrète que nous avons tissés pendant l’épidémie.
  • Ce qui dépend de nous, c’est d’empêcher que repartent comme avant, soutenues par l’agent public, les activités insoutenables pour la vie.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de décider, en nous réunissant sur nos lieux de travail et de vie, ce à quoi nous devons renoncer, ce que nous voulons transformer, ce que nous voulons inventer pour mieux vivre et respecter les limites de la planète.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de défendre bec et ongles nos libertés et nos droits contre d’illusoires promesses de sécurité et une surveillance électronique généralisée.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de sauvegarder les terres en installant des paysan·ne·s, de défendre la
    biodiversité en bloquant les projets de béton et d’extraction, de protéger l’eau contre les pollueurs et les traders.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de délégitimer et rejeter le pouvoir exorbitant des multinationales sur nos vies, pour que Big Oil&Gaz, Big Pharma, Big Data... laissent la place à l’économie solidaire et aux communs.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de déployer à grande échelle les expériences alternatives, inclusives et féministes, comme autant d’utopies réelles qui érodent le capitalisme.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de soumettre au principe démocratique nos mouvements et nos luttes, afin de n’y pas reproduire les dominations sociales, sexuées, racistes qui empoisonnent nos sociétés.
  • Ce qui dépend de nous, c’est de construire un projet enthousiasmant de relocalisation écologique et solidaire, pour discréditer les simulacres néolibéraux, la régression nationaliste, et proclamer notre interdépendance avec les autres peuples et le vivant.

Ce qui dépend de nous - manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire, aux éditions Les Liens qui Libèrent (96 pages - 10€), sortira en librairie le 24 juin.

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[LUTTE] A Villeneuve-les-Cerfs, les électrons libres du compteur Linky

Créé le : 02/06/2020
pigeonnier à Villeneuve les cerfs

Par Sonia Reyne

Villeneuve-les-Cerfs, en Auvergne, refuse le compteur Linky. Son conseil municipal défend son point de vue depuis 2016 grâce à des délibérations et des arrêtés municipaux. Des inquiétudes sur les principes démocratiques, la sécurité des données personnelles et la santé des citoyens motivent le choix des élus.

 

« Nous avons été alertés en 2016 par une proche de l'association Robin des Toits », se souvient Lucien Ollier, 1er adjoint de la mairie en charge du dossier Linky. Enedis se préparait alors à installer des compteurs verts sur la petite commune puydomoise de 580 habitants. « À la suite d’un contact avec Stéphane Lhomme, de Refus Linky Gaspar, le conseil municipal a délibéré à l'unanimité pour refuser le déploiement de compteurs dans la commune. » Depuis, la bataille suit son cours. « La préfecture nous a demandé d'abroger cette délibération. Nous nous sommes exécutés et dans la foulée, en 2017, nous avons enchaîné sur deux nouveaux arrêtés et une délibération. » Dans ces trois prises de position de la commune rurale, il est question de « refus du déclassement des anciens compteurs, de l'impossibilité de les remplacer par des compteurs communicants sans le consentement du conseil municipal » et de « suspendre le déploiement Linky tant que la régularité de leur installation n'est pas communiquée à la commune. » La préfecture ne commente pas dans le délai prévu par la loi. En 2018, Enedis porte donc l'affaire en justice. « Le tribunal administratif nous demande depuis décembre 2019 l'annulation de la délibération et des deux arrêtés », commente Lucien Ollier. « Nous sommes déterminés. Nous prendrons de nouvelles délibérations pour protéger les habitants. » Car les élus jugent tout simplement « dangereux » le déploiement.

« Il faut se méfier des idées simples », s'agace Pierre-François Mangeon, directeur territorial Puy-de-Dôme d’Enedis. « Il n'y a plus que Villeneuve-les-Cerfs qui refuse d'installer Linky dans le département. » Selon lui, Linky est avant tout un compteur écologique : « Nous devrions consacrer notre temps à trouver de meilleures énergies pour la planète. Si on veut réduire les gaz à effet de serre, il faut changer notre façon de produire l'électricité. » Selon lui, Linky permettra ainsi, en mesurant la consommation réelle et les besoins du réseau, de faciliter la production d’électricité des particuliers. Un argument réfuté par de nombreux écologistes (Lire ci-dessous).

Des ondes dangereuses ?

De toute façon, l’argument prétendument écologique est jugé insuffisant pour Lucien Ollier. Lui refuse le compteur communicant pour des raisons de santé ! « Les informations sont claires au sujet des risques des ondes sur les personnes électrosensibles », argumente le 1er adjoint. Il s’appuie notamment sur les travaux de la coordination Stoplinky 63. Celle-ci fédère les collectifs, les individus et les municipalités qui refusent Linky dans le Puy-de-Dôme. « Notre rôle est d'informer les citoyens avec des arguments vérifiés. Nous sommes en lien avec d'autres collectifs en France, ce qui nous permet de travailler avec des spécialistes ou des techniciens en électricité, des juristes, des responsables de santé. » Aleth Richard, de Stoplinky 63, électrosensible, précise : « Le CPL (courant porteur en ligne) circule dans tout le circuit électrique du logement, il rayonne 24h/24. Les mesures du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB)(1) reconnaissent une fréquence faible mais toxique. Le compteur bleu fonctionne aussi au CPL. Mais il filtre un peu les émissions. »

Nicolas Choné, chef d’agence EPDR Linky Auvergne, se veut rassurant. « Tout le monde peut faire mesurer l'exposition aux ondes électromagnétiques chez lui par l'ANFR (Agence nationale des fréquences). Cette démarche est  gratuite. » Mais cela résout-il le problème, une fois le compteur posé ?

Autre inquiétude, « après la pose des nouveaux compteurs, il y a quatre fois plus d'incendies qu'avant » alerte Aleth Richard. « Le risque incendie n'est pas nul, reconnaît Nicolas Choné, il est souvent lié à des problèmes de serrage des câbles. Nous vérifions au hasard 4 % des installations. Elles sont d'un niveau très satisfaisant » estime-t-il.

Quelle démocratie ?

L'accès aux données personnelles préoccupe également. « Enedis peut déduire nos habitudes de consommation et pourra interagir avec nos objets connectés. » s’inquiète encore Stoplinky63. « Le recueil des mesures sont très encadrées par la CNIL et ANSCI » répond Nicolas Choné, renvoyant une fois de plus la balle aux militants. Rappelons tout de même qu’en début d’année, Enedis s’est justement faite épingler par la CNIL qui a mis en demeure l’entreprise sur la collecte des données des consommateurs…

Enfin, Enedis a un rôle de maintenance du réseau et de relevé des compteurs. « Mais le réseau appartient aux communes. Elles transfèrent la maintenance au SIEG (Syndicat Intercommunal Electricité et Gaz) dans lequel siègent des représentants de chaque municipalité », précise le directeur territorial 63. C'est un des derniers points d'incompréhension entre Enedis et ses opposants. « En juin 2019, une loi sortie du chapeau indiquerait que les communes, en adhérant au SIEG, délèguent la propriété des compteurs des particuliers. Nous ne sommes pas d'accord ! , tempête Lucien Ollier. Le SIEG n’est pas propriétaire des compteurs. Enedis ne peut donc pas se passer de l'autorisation des communes. » Pourtant, Enedis s’en passe bien. Et poursuit massivement la pose des compteurs. En France, pourtant, nul ne peut être contraint à avoir un objet connecté.

Note de bas de page :

  1. L’étude du CSTB fait l’objet d’une remise en cause, lire interview, article lié

 

 Qu’est-ce qu’un compteur Linky ?

Déployé depuis 2015, le compteur Linky, présenté comme communicant, permet de relever la consommation d’électricité à distance afin de facturer l’usager, non plus à partir d’une estimation, mais au « réel ». L’objectif pour Enedis est d’avoir remplacé 90% des millions de compteurs électriques d’ici 2021.

 Linky : ce qu’on lui reproche

  1. Argument sanitaire : si en 2019 l'Agence nationale des fréquences (ANFR) a conclu dans une étude qu'aucun dépassement du niveau réglementaire d'exposition aux champs électromagnétiques n'avait été relevé lors des mesures effectuées en 2018, les opposants rapportent toutefois de nombreux maux frappant les électro-hypersensibles (EHS). L’avocat Arnaud Durand conteste également ces résultats (Lire interview ).
  2. Argument démocratique : En février 2020, la CNIL a mis en demeure EDF et Engie, leur donnant 3 mois pour mettre en conformité la manière dont ils gèrent la collecte des informations personnelles des consommateurs, via les compteurs Linky.
  3. Argument écologique : que deviennent les 35 millions de compteurs remplacés, pourtant en état de marche ? Si Enedis en recycle une partie, et malgré l’assurance par l’entreprise qu’au contraire, les compteurs « intelligents » permettent « d’accompagner l’essor des nouveaux modes de production et de consommation d’énergie », l’argument peine à convaincre les écologistes qui dénoncent un immense gâchis, ajoutant que les compteurs Linky seront eux-mêmes obsolètes d’ici une quinzaine d’années…
  4. Argument financier : Dans son rapport du 7 février 2018, la Cour des comptes juge que « le projet de compteurs Linky profite avant tout à la société Enedis et ne répond pas suffisamment aux besoins des consommateurs. […] » Pis, la Cour des comptes démontre que l’opération, d’un coût total de 5.7 milliards d’euros, financés par un tarif différé à la charge des usagers, apportera « un bénéfice de 500 millions d'euros à Enedis. De fait ce programme constitue un coût supplémentaire à charge sur la facture des usagers et non pas au bénéfice de ces derniers. »

[INTERVIEW] « Nous voulons dénoncer l’imposture d’Enedis et la faire sanctionner devant les juridictions »

Créé le : 30/05/2020

Propos recueillis par Élodie Crézé

Maître Arnaud Durand est avocat et défend l’action des opposants au compteur Linky. À la suite d’une pétition anti-Linky lancée sur la plateforme MySmartCab qui a rassemblé près de 15 500 signataires, il conduit une action collective en justice contre Enedis, avec d’autres avocats.

Enedis a été condamnée en appel à Grenoble, le 10 mars 2020, pour sa pose forcée de compteurs Linky, à la faveur d’une personne électro-hyper-sensible (EHS). Est-ce une victoire importante ?
Il s’agit en effet de la 1ère condamnation d’Enedis en appel. La Cour confirme que le juge des référés a eu raison de prendre des mesures préventives fortes (dépolluer le courant, ne pas poser de compteur Linky). Surtout, il a été considéré qu’Enedis violait le principe de précaution.

Combien d’opposants à Linky avez-vous défendu jusqu’à aujourd’hui ?
En référé, nous avons agi pour plusieurs milliers de clients. Mais il s’agit d’une procédure rapide qui ne va pas au fond des choses. Ainsi, devant cette juridiction, nous avons uniquement obtenu des victoires pour les EHS. À Tour, Grenoble, Foix, Toulouse et Bordeaux, les juges des référés ont considéré qu’il fallait protéger les EHS par des mesures provisoires, le temps qu’un débat ait lieu sur le fond. Les juges retiennent deux arguments en faveur des EHS : soit ils reconnaissent un dommage corporel évident et imminent les concernant. Soit, comme vient de le faire la Cour d’appel de Grenoble, en raison de la violation du principe de précaution. 

La pétition, et surtout cette action collective entamée par des particuliers (lire ci-dessous), est-ce inédit ?
La pétition a servi à dire à Enedis : « voilà le rapport de force dans lequel vous allez vous trouver. Face à ces 15 000 personnes, ne voulez-vous pas trouver une solution ? » L’entreprise a répondu qu’elle se sentait « obligée » d’installer Linky. Pourtant, en droit, il existe un principe fondamental : une obligation n’existe que lorsqu’elle est sanctionnée. Une amende était prévue à l’origine pour le refus du Linky, 1500 euros ; cette mesure a été refusée par les parlementaires qui l’ont jugée inconstitutionnelle. En France, on ne peut contraindre quelqu’un à avoir un objet connecté.

Donc lorsqu’Enedis prévient qu’un refus du Linky engendrera des sanctions, cela n’a aucune valeur légale ?
Tout cela est du flan ! D’ailleurs, dans tous les procès qui ont eu lieu, Enedis a demandé de débouter les requérants, mais jamais elle n’a fait de demande reconventionnelle(1) : si vraiment il existait une obligation légale, elle pourrait demander au juge de condamner les requérants à avoir le Linky, sous astreinte d’une somme donnée par jour de refus. Nous voulons dénoncer cette imposture et la faire sanctionner devant les juridictions.
Il y a plus grave encore : en France une étude technico-économique a été réalisée en 2011 par Capgemini, [leader français dans le domaine des services du numérique qui s’est prononcé en faveur du déploiement, NDLR] en vue de la généralisation du compteur Linky. Sauf que j’ai pu démontrer, avec un constat d’huissier et en raison d’un document qui a fuité sur le site de l’évaluateur, que Capgemini était rémunéré en même temps par Enedis, sur le déploiement du Linky qui allait venir. L’étude, censée être indépendante, est donc fausse et en plus frauduleuse !

En février, la CNIL a mis Enedis en demeure sur la collecte des données des consommateurs. Est-ce un argument supplémentaire pour vous ?
Oui. Depuis le début nous expliquons que le Linky est conçu pour violer le consentement puisqu’il échappe au contrôle du consommateur. Enedis et Engie demandent un consentement qui n’est ni éclairé, ni spécifique, puisqu’il faut cocher une case globale pour récupérer le maximum de data. Il s’agit d’un délit pénal : la violation du droit à la protection des données.

La bataille menée semble assez inégale... Qu’espérez-vous à terme ?
On espère, à force d’obtenir des dizaines et des dizaines de victoires, que les choses bougent. Mais le droit n’est pas la meilleure voie. Il est très dur de se battre contre Enedis, il faut des moyens colossaux, pouvoir tenir dans la durée, aller à toutes les audiences… L’idéal serait une solution politique, mais EDF est un État dans l’État, donc elle semble impossible. La solution intermédiaire reste la condamnation par le pouvoir judiciaire. Nous avons les faits avec nous, les rapports officiels qui reconnaissent une incertitude sanitaire, la mise en demeure de la CNIL, et on commence à mettre en place des campagnes de contre-lobbying.

Vous évoquez les rapports officiels sur l’incertitude sanitaire, mais l’Anses(2) n’a pas démontré la dangerosité de Linky, dans son dernier rapport daté de juin 2017.
D’abord, on se rend vite compte que le rapport n’est pas rigoureux, ni très scientifique. Le jour de l’évaluation sanitaire, le centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), chargé, pour l’Anses de mesurer les ondes électromagnétiques émises par le CPL(3) du Linky, a trouvé des valeurs extrêmement faibles, 6 000 fois inférieures à la valeur réglementaire. Or nous avons les preuves, rapportées par des ingénieurs de Robin des toits, que ces ondes ont exclusivement baissé le jour de l’évaluation qui a été truquée : le CSTB a mesuré les champs magnétiques sur des câbles torsadés qui les annulent ! L’Anses a été dupée. Les juges du fond vont être obligés de répondre à tout cela.

  1. La demande reconventionnelle permet à la partie défenderesse (le défendeur) d'attaquer la partie demanderesse (le demandeur).
  2. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
  3. CPL : Courant porteur en ligne. Ce système qui émet des ondes électromagnétiques permet de conduire les informations recueillies par le Linky à Enedis.

 

Les objectifs de l’action collective :

« Faire respecter le refus du Linky et indemniser les consommateurs des méthodes commerciales déloyales notoires d'Enedis.

*Quelles demandes ?

  • Interdire l’installation de tout Linky et au besoin, obtenir le retrait d’un Linky déjà installé à votre préjudice ;
  • Garantir la dépollution de l’électricité contre les nouveaux courants porteurs en ligne (CPL) ajoutés par le système Linky ;
  • Obtenir l’indemnisation du préjudice moral, à hauteur de 5 000 € par demandeur, résultant notamment des pratiques commerciales déloyales de la SA Enedis.

*Qui peut participer ?

Tout consommateur d'électricité souhaitant se protéger contre Linky. »

Plus d’infos sur www.linky.mysmartcab.fr

 

[BIODIVERSITE] 14 ONG constatent l’échec de la stratégie gouvernementale

Créé le : 29/05/2020
Crédit : Lubos-Houska /Pixabay

Par Quentin Zinzius

Après 20 ans de volonté, et une seconde stratégie nationale arrivant à son terme, le bilan reste le même en France : la biodiversité est toujours en danger. Face à ce constat peu encourageant, 14 ONG ont remis au gouvernement leur « guide pour agir ».

Un 20ème anniversaire un peu spécial, ce 22 mai 2020. Celui de la journée mondiale pour la diversité biologique, traditionnellement « fêté » par les Nations-Unies, mais quelque peu perturbé par la crise sanitaire. Un jour à marquer d’une pierre blanche. Ou plutôt, d’un livre blanc. Un document de 64 pages en l’occurrence, intitulé Pour que vive la Nature et signé par 14 associations agissant pour la biodiversité. Remis symboliquement ce jour précis à la ministre de l’écologie Élisabeth Borne, le document dresse un constat sans appel : la stratégie mise en place par le gouvernement n’a pas porté ses fruits.

 « Il est aujourd’hui clair que l’objectif global retenu en 2010, mettre fin à l’érosion de la biodiversité, ne sera pas atteint. »

« Mettre fin à l’érosion de la biodiversité ». Telle était l’ambition de la France, il y a bientôt 16 ans de cela, en adoptant sa première Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB). Après l’adoption de la Convention pour la Diversité Biologique en 1992, la France se fixe en 2004 l’objectif d’enrayer la perte de biodiversité sur son territoire à l’horizon 2010. Un objectif « ambitieux », qui ne sera finalement pas atteint. « Les actions n’ont pas été d’une ampleur suffisante pour faire face aux pressions qui s’exercent sur la biodiversité », reconnaîtra le gouvernement dans son rapport. Un échec qui devait servir de leçon, et permettre d’atteindre l’objectif pour 2020. Force est de constater qu’il n’en sera rien. Ce 22 mai 2020, un article paru sur le site du ministère de l’économie et des finances suppose que « l’objectif phare » ait été reporté à 2030 par le Plan Biodiversité de 2018. Si le document mentionnait bien l’année 2030, elle n’est en revanche pas directement associée à l’objectif de mettre fin à l’érosion de la biodiversité. « Ses 6 axes stratégiques, 24 objectifs et 90 actions ne font jamais référence aux 6 orientations stratégiques et aux 20 objectifs de la SNB2 », peut-on d’ailleurs lire dans le livre blanc. Un lapsus ou une révélation de la part du gouvernement, annonçant d’ores et déjà que le succès attendu ne sera pas au rendez-vous. Un échec qui raisonne également dans le guide signé par l’Aspas, le WWF ou encore France Nature Environnement : « Il est aujourd’hui clair que l’objectif global retenu en 2010, mettre fin à l’érosion de la biodiversité, ne sera pas atteint. »

« Face à ce constat de l’érosion du vivant, nos sociétés devraient anticiper, alors qu’elles sont sur la défensive, comme nous le montre cruellement la crise sanitaire de 2020. »

Si la situation économique et sanitaire actuelle est inquiétante, celle de la biodiversité l’est plus encore. Un effondrement du vivant, dans le monde mais aussi en France, qui « figure parmi les dix pays abritant le plus grand nombre d’espèces menacées au monde », relève le document. Mis en cause par les ONG, une destruction des habitats et une artificialisation des sols, qui repart à la hausse après 5 ans de baisse, mais aussi l’utilisation des pesticides, toujours plus importante. Les oiseaux figurent parmi les plus grands perdants face à l’activité humaine. Et leur situation continue de se dégrader : « de 79 espèces en 2011, la France comptabilise 90 espèces d’oiseaux menacées aujourd’hui ». Une hausse du nombre d’espèces menacées, associée à une importante chute des populations d’oiseaux dans les milieux agricoles (38% depuis 1989). « Face à ce constat de l’érosion du vivant, nos sociétés devraient anticiper, alors qu’elles sont sur la défensive, comme nous le montre cruellement la crise sanitaire de 2020. »

Pourtant, dès 2014, le gouvernement affirmait qu’un bon nombre des 20 objectifs d’Aichi, intégrés dans la stratégie nationale, seraient complétés. Parmi ces objectifs, celui de protéger au moins 17% des zones terrestres, a bel et bien été atteint. Avec presque 30% du territoire concerné, on pourrait même y voir une victoire, les associations ayant relevé que dans ces zones protégées « les oiseaux communs y déclinent moins qu’ailleurs ». Mais les mesures de protection y sont aussi largement inégales : « la protection « forte » ne représente encore que moins de 2 % du territoire terrestre métropolitain » soulignent les ONG.                                         

« Il ne s’agit plus d’opposer l’économique, le social et l’écologique mais bien de proposer un système-monde qui intègrerait à part égale ces trois dimensions. »

Une nouvelle stratégie doit donc être en place, sur fond de crise économique et sanitaire d’ordre mondiale. C’est dans ce cadre, que les 14 ONG ont orienté leurs propositions. « Cette crise sanitaire révèle donc une crise bien plus globale, systémique » ayant autant d’impact sur l’activité humaine, que sur la nature elle-même, dans des mesures parfaitement opposées : là où l’humain dépérit, la nature, elle, s’épanouit. Un constat simple mais douloureux, qu’il faudrait ramener à l’équilibre. « Une alliance entre les humains et le reste de l’écosphère doit être centrale dans les stratégies de sortie de crise […] Il ne s’agit plus d’opposer l’économique, le social et l’écologique mais bien de proposer un système-monde qui intègrerait à part égale ces trois dimensions. » Une biodiversité à ramener au cœur des débats et des décisions donc. Non plus comme un problème à contourner, mais comme une solution à l’élaboration d’une société nouvelle, qui s’adapte à son environnement, au lieu de le transformer à sa guise. « La préservation et la restauration [de la biodiversité] sont une partie de la solution pour innover, nous protéger et créer des emplois différents, nouveaux et locaux. »

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