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[MUNICIPALES] À Clapiers, la politique, outil vers la transition écologique

Créé le : 16/03/2020
©CEn transition

Christophe Coillot, à gauche, et Daniel Grzebyk, en plein tractage pour présenter leur association. Tout le monde met la main à la pâte. ©Clapiers En transition

Par Céline Cammarata

Sur l’ensemble de l’Hexagone, des collectifs de citoyens s’engagent sur les pas de Rob Hopkins pour conduire leur ville ou leur territoire vers la transition. À l’approche des municipales, certains font le choix de peser de l’extérieur des arcanes de la politique, comme vigies du respect des engagements en faveur de la transition. D’autres s’engagent en présentant leur propre liste. D’une manière ou d’une autre, les défenseurs des villes en transition entendent bien peser sur les débats, comme à Clapiers, dans l’Hérault.

La région Occitanie semble posséder le terreau idéal à l’émergence des collectifs En Transition qui y poussent à toute vitesse. En cette période électorale, notre rédaction a souhaité rencontrer l’un d’entre eux. À Clapiers, près de Montpellier, le groupe inspiré par le mouvement de Rob Hopkins se prête avec plaisir à l’exercice de la politique.

D’âge, de parcours et d’origine politique diverses, ce qui les rassemble c’est leur volonté d’agir concrètement pour l’écologie. D’être force de proposition. Ce soir-là, dans une grande salle de l’espace Culturel de Clapiers, près de Montpellier, trois vice-présidents d’En transition Clapiers, Christophe Coillot, Jean-Louis Arraou, Vincent Meynier et un membre fondateur, Gilles Dutau, jonglent avec leurs emplois du temps pour répondre à notre sollicitation. Certains ont œuvré ensemble dans l’équipe sortante de la mairie, tous revendiquent un fort ancrage associatif, notamment dans le militantisme écologique, du type Vélo-cité ou 0 déchets. Un intérêt supérieur les réunit : « démontrer qu’une mutation en profondeur vers une autre façon de vivre au quotidien n’est pas synonyme de perte de confort ». Assis autour d’une table, ils évoquent leurs prochaines actions collectives, mettant de côté leurs différentes sensibilités politiques.

Composteur partagé et vélo cargo

Pour comprendre, retour sur cette aventure humaine. L’association Clapiers en transition  existe officiellement depuis avril 2019. En moins d’un an, elle compte déjà une soixantaine de membres et le collectif a réalisé un joli programme, et ce n’est qu’un début. La mise en œuvre de projets ambitieux, comme la création d’un supermarché coopératif - pour lequel ils se font aider par des partenaires comme le supermarché coopératif de Montpellier « La Cagette » - est déjà lancée. « Au départ, nous avions l’envie partagée de mener des projets environnementaux à l’échelle de la commune. Notamment d’initier un potager avec des parents d’élèves » commence Christophe - qui annonce la couleur en arborant le tee-shirt de l’association et un autocollant Zéro déchet France, sur son ordinateur. « Du coup, on a commencé à parler avec d’autres associations et bien sûr avec les élus, Vincent et Gilles, sans qui nous n’aurions pas pu faire aboutir le projet potager. »

Suite à différents contacts informels, une assemblée générale leur permet de se compter, de faire un point sur leurs objectifs. Une réunion conduite selon les méthodes de Rob Hopkins : « Les personnes présentes se sont organisées par groupes thématiques afin de cogiter ensemble avant de présenter le résultat à l’assistance. Et, bien évidemment, des choses auxquelles nous n’avions pas pensé ont émergé, comme l’installation d’un composteur partagé dans le centre du village, la mise à disposition d’un vélo cargo pour permettre aux habitants de faire leurs courses ou encore le school bus pédestre (un pédibus, NDLR) », ajoute Vincent.

Répare café et plantations d’arbres

La rencontre porte ses fruits au-delà de toute espérance. Six commissions, coordonnées par 6 vice-président(e)s voient le jour. Vincent Meynier pour l’eau, les déchets et l’énergie, Christophe Coillot l’agroécologie et l’alimentation, Daniel Grzebyk pour la mobilité et l’urbanisme, Jean-Louis Arraou à la communication et à l’organisation, Stéphanie Candaes pour l’éducation et enfin Niels Ferrand se charge de la vie sociale. Les idées de projets pleuvent. Pour les financer, ils répondent à un appel à projets du département en déposant deux dossiers pour un composteur partagé et pour la création d’une passerelle pour traverser le Lez à Navitau. En novembre 2019, se déroule leur premier « Répare café », ouvert à toutes et tous. Dès janvier 2020, ils poursuivent les plantations d’arbres, initiées avec l’association Creatout.

Très vite, l’actualité les rattrape et se pose la question de l’action politique pour les municipales. « Tout était possible pour ces élections. Notamment que le collectif monte sa liste afin de porter lui-même ses idées. Nous nous sommes donc réunis mais seulement 5 ou 6 personnes y étaient favorables. Cette liste faisait peur aux adhérent(e)s, et nous nous sommes donc rangé(e)s à l’avis de la majorité », explique Christophe. L’assemblée générale a donc acté que ses membres pouvaient librement s’engager sur la liste de leur choix tout en poursuivant leurs activités au sein du collectif. Vincent et Christophe décident de se joindre à Europe écologie les Verts afin de réfléchir à une liste écologiste. Le groupe EELV de Clapiers soutient et se joint à la liste de Michel Chastaing, dans l’opposition actuellement (5 conseillers, 30% des voix en 2014). Elle regroupe aussi des forces de gauche (ex-FDG, sympathisants FI, etc...). Quant à Gilles, il maintient son engagement avec l’équipe sortante d’Eric Penso, socialiste. « Je fais partie du groupe majoritaire et je peux parler de l’intérieur pour convaincre et aider à porter les projets d’En transition. Notre collectif reste un laboratoire d’idées. Pour les mettre en œuvre, le travail associatif et celui de la municipalité se complètent. Nous sommes d’accord sur les objectifs mais pas forcément sur les moyens pour y parvenir. Nous travaillons donc à les faire converger. » Tous prônent le pragmatisme pour avancer.

Vincent et Christophe considèrent par exemple que l’urgence les presse lorsque Jean-Louis Arraou, membre de Place publique et adepte du vélo –plusieurs fois l’équivalent du tour du monde en nombre de kilomètres - assure : « La transition doit se faire progressivement pour permettre au bout du compte la révolution. L’important est que l’on continue à avancer tous ensemble. Raison pour laquelle je ne souhaitais pas qu’En transition propose une liste indépendante. L’équipe municipale actuelle s’était engagée à lancer une démarche de gouvernance partagée et elle n’est pas allée au bout. Je soutiens la liste du maire sortant afin de la voir aboutir. » Quelle que soit la liste victorieuse, Clapiers en transition compte bien rester un interlocuteur privilégié pour la prochaine équipe municipale. Leurs propositions seront mises à disposition de l’intérêt public.

Plus d'infos : www.facebook.com/ClapiersEnTransition

[SMART CITY] : le cauchemar derrière les promesses ?

Créé le : 16/03/2020
melbourne

Par Virginie Jourdan

Débarquées après la crise financière de 2008, la « smart city » et ses promesses d'économie d'énergie progressent en France. À Angers, Dijon, Nice, des mairies optent pour des solutions clé en main pour assurer une partie grandissante de la gestion de leurs éclairages, déchets ou vidéo-surveillance. Entre la captation lancinante des données et des services publics par des groupes privés et la multiplication des outils de surveillance, les craintes émergent. Les alternatives aussi.

Objet marketing promu par de grands groupes américains après la crise financière de 2008 et dopé par les espoirs suscités par des outils numériques florissants, la ville intelligente ou smart city continue de poser ses jalons en France. Sur le terrain, son versant sécuritaire inquiète.

Une décade après son apparition dans le vocable de la révolution numérique, la « smart city », communément traduite par ville intelligente, progresse encore. De Singapour à Toronto, les applications et les plateformes numériques qui promettent d'apporter des réponses automatisées à des problèmes imprévus ou récurrents se multiplient. Leur carburant pour fonctionner ? La collecte de données, leur centralisation puis leur traitement. Avec elles, tout est passé au peigne-fin : consommations énergétiques, déplacements d'automobiles ou de piétons, consommations d'eau, etc. En France, ce concept fait aussi son bonhomme de chemin. Fin 2019, la ville d'Angers, dans le Maine-et-Loire, a dévoilé son modèle de « smart city ». Au programme : 50 000 capteurs devraient être installés dans les rues de la ville en 2020. Objectif ? Mesurer pour...

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[ ÉCOLOGIE ] Un revenu universel pour sortir du productivisme ?

Créé le : 13/03/2020

Par Guillaume Bernard.

Produire moins permettrait de réduire la production de CO2. Mais comment faire pour que la baisse de la production n’appauvrisse pas davantage les plus pauvres ? À cette question certains répondent : « revenu universel ».

Il est bien difficile de savoir précisément de quoi on parle quand on évoque le « revenu universel ». Si le principe de base est toujours le même - on verse régulièrement une somme d’argent à toute une population -, les différentes modalités qui le conditionnent en changent fortement l’objectif. Il a d’ailleurs déjà été utilisé pour permettre à une population, non pas de réduire son activité économique, mais de la relancer. C’est le projet qu’a financé l’église protestante allemande en Namibie, son ancienne colonie. Pendant deux ans (2008-2009), 930 citoyens ont reçu l’équivalent de 12 dollars par mois. Un revenu conséquent quand 30 % de la population namibienne vit avec moins d’1 dollar par jour. Le rapport qui effectue le bilan de cette expérience conclut que les habitants ont réussi à augmenter leur revenu de 29 %, hors versement du revenu de base, et que le taux de chômage est passé de 60 % à 45 %.

En France, le gouvernement d’Emmanuel Macron envisage lui aussi d’instaurer un « revenu universel d’activité ». Si les modalités n’en sont pas encore fixées, puisque la concertation à son sujet doit s’achever en juin 2020, on sait d’ores et déjà qu’il consisterait en une fusion des différentes aides sociales : revenu de solidarité active, prime d’activité, aide personnalisée au logement etc. Cette nouvelle allocation n’aura fi nalement rien d’universel puisqu’elle dépendra des situations particulières de chacun et ne sera pas remise à tous. Dans ces différents cas, le revenu universel n’a aucunement pour but de se substituer à l‘emploi et n’a donc pas pour effet de réduire ou de réorienter l’activité économique.

Des revenus inconditionnels substituables au salaire

Il en va tout autrement du « revenu inconditionnel » proposé par Baptiste Mylondo et qu’il qualifie lui-même de « décroissant et de gauche ». Estimé à 1 000e mensuels, soit 60% du revenu médian, il serait versé à tous, pendant toute sa vie, sans condition et sans contrepartie. Il conserverait également la branche maladie de la sécurité sociale. C’est la proposition la plus proche de celle qui a fait le succès de Benoît Hamon lors des primaires de la gauche en 2017. Le candidat du Parti socialiste à la présidentielle proposait toutefois un revenu bien moins élevé puisqu’il le fixait à 600e. Pour Baptiste Mylondo, le « revenu inconditionnel » est une réponse écologique aux conséquences néfastes de la croissance sur les émissions de CO2 puisqu’il encourage à la sobriété volontaire. Il serait couplé avec l’instauration d’un salaire maximum, quatre fois supérieur au revenu inconditionnel et financé par une plus forte progressivité de l’impôt, par la fin des politiques de l’emploi et par la fusion de toutes les allocations sociales existantes inférieures aux 1 000e.

« La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », Baptiste Pagnier, militant du Réseau Salariat

Dans ce système, les personnes qui voudraient gagner plus de 1 000e par mois gardent la possibilité d’aller s’employer sur le marché. C’est ce qui différencie profondément la proposition de Baptiste Mylondo de celle du Réseau Salariat, qui en prévoit la suppression.

À elle seule, l’activité numérique représente 5% des émissions de gaz à effet de serre. Photo : Pixabay

Estimé entre 1 500e et 6 000e mensuels selon la qualification, le « salaire à vie », et non plus « revenu universel », serait la seule source de revenu possible dans le modèle promu par l’économiste Bernard Friot, dont s’inspire le Réseau Salariat. Il consiste à étendre à tous, le statut qui est actuellement celui des fonctionnaires. « La totalité des fruits de notre travail, aussi appelée plus-value, serait prélevée sous forme de cotisation et mise en commun dans différentes caisses », explique Baptiste Pagnier, sociologue. « Une caisse serait  chargée de redistribuer ces cotisations sous forme de salaire à vie, une autre d’investir dans les secteurs de la production que, collectivement, nous aurons jugé bon de développer », continue le militant du Réseau Salariat. C’est par la gestion collective de ces caisses, à la tête desquelles le Réseau Salariat entend mettre des salariés, qu’elle apporte une réponse aux problèmes écologiques posés par la surproduction. Cette fois, il ne s’agit plus forcément de réduire la production mais d’en reprendre le contrôle. « Nous pensons qu’en donnant aux producteurs la possibilité de répondre à la question : “qu’est-il est bon de produire et en quelle quantité ?”, les excès propres à la recherche infinie de la croissance et du profit disparaîtront », conclut Baptiste Pagnier. Et donc que la planète s’en portera d’autant mieux !

[ ÉCOLOGIE ] Travailler moins pour sauver la planète ?

Créé le : 13/03/2020
lecture. Crédit pixabay

Par Guillaume Bernard.

Réduire son temps de travail, seul salut pour la planète ? La question est sérieusement posée par des chercheurs qui soulignent la corrélation entre croissance économique et destruction de la planète. Et pour y parvenir, peut-on envisager un revenu universel pour sortir de la logique productiviste de nos sociétés, et ainsi, faire baisser nos émissions de CO2 ? Analyse.

Alors que les courbes de la croissance économique et des émissions de CO2 augmentent parallèlement, plusieurs chemins s’offrent à nous : renouveler l’outil de production pour le rendre moins polluant ou produire et travailler moins ?

Savez-vous quelle est la dernière fois que nos émissions mondiales de CO2 sur une année ont été plus basses que celles de l’année précédente ? Pas besoin d’aller chercher une réponse au paléolithique ou au Moyen-âge, cette date est récente : 2009. À l’époque, le monde vient de vivre deux années de crise économique majeure et les pays les plus riches affichent une croissance négative : aux États-Unis et en France le produit intérieur chute de 2,5%. Si économiquement tout va mal, il y a néanmoins une grande gagnante à la crise des subprimes : la planète. Dans les pays riches, l’émission de CO2, principale cause identifiée du changement climatique, a drastiquement baissé en 2009 : - 5,2 % en France, - 6,9 % aux États-Unis, - 8,6 % au Royaume-Uni, - % en Allemagne et jusqu’à - 11,8 % au Japon. Même si, à l’échelle mondiale, cette réduction est presque entièrement compensée par la croissance...

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[ETUDE] Durabilité de l’alimentation et moindre surpoids et obésité

Créé le : 12/03/2020
Crédit pixabay. légumes

Par Denis Lairon, nutritionniste, directeur de recherche émérite à l’INSERM. Il nous livre ici de nouveaux résultats du projet BioNutriNet

Cette nouvelle étude du projet de recherche BioNutriNet a recherché la relation possible entre la durabilité de l’alimentation (selon un score calculé) et la survenue du surpoids et de l’obésité chez des adultes français. Elle montre qu’après 2,8 années de suivi,  plus le régime alimentaire est durable, moins on prend du poids et moins on devient en surpoids ou obèse. Ces résultats ont été publiés en novembre 2019 dans la célèbre revue scientifique American Journal of Clinical Nutrition1. L’étude a porté sur 15600  participants adultes de la cohorte Nutrinet-Santé, ayant rempli tous les questionnaires nécessaires à ce travail. Les participant(e)s (76% de femmes) ont été réparti(e)s en 5 groupes allant de la plus faible (Q1) à la plus forte durabilité (Q5) selon un score de durabilité de l’alimentation calculé en combinant 4 sous-scores qui regroupent au total 9 indicateurs individuels : (nutrition : énergie et qualité ; environnement : impacts de la production (surface, énergie et gaz à effet de serre) et  % aliments bio ; pratiques alimentaires (lieux d’achat hors supermarchés et plats tout-prêts) ; économie : % coût alimentation/revenus.

Résultats

Durabilité de l’alimentation : Le score de durabilité de l’alimentation (de 4 à 20) augmentait de 7,7 (Q1) à 15,0 (Q5) chez les hommes et de 8,8  (Q1)  à 16,2 (Q5) chez les femmes.

Mode de vie et alimentation : Les personnes avec l’alimentation la plus durable (Q5)  ont fait plus d’études et ont plus d’activité physique, fument moins et boivent moins de fortes quantités d’alcool. Leur alimentation apporte moins d’énergie (-27%), nettement moins de viandes rouges (-66%) et blanches (-56%), de produits laitiers (-18%) et fromages (-37%), de céréales raffinées (-24%), d’aliments riches en gras et sucre (-17%) et de sodas (-60%) mais plus de fruits et légumes (+54%), légumes secs dont soja et fruits à coque (+251%), céréales non raffinées (+293%). C’est une alimentation nettement plus végétale.

Surpoids et obésité. Au début de l’étude, les adultes qui avaient l’alimentation la plus durable étaient nettement moins en surpoids (Q5 : soit 12,7% d’entre eux), que ceux avec l’alimentation la moins durable (Q1 : soit 29,8%) : une réduction de 2,3 fois.

Après 2,8 années de suivi de ces personnes, celles qui avaient eu l’alimentation la plus durable (Q5) avaient :

  • conservé un poids stable tandis que celles du Q1 avaient grossi en moyenne de 160 g/an,
  • un risque de devenir en surpoids (Indice de masse corporelle IMC = poids/taille x taille : de 25 à 30) qui était 1,5 fois plus faible,  comparé à ceux du Q1,
  • un risque de devenir obèse (IMC supérieur à 30) qui était 4 fois plus faible, comparé à ceux du Q1.
  • Le risque de devenir en surpoids ou obèse augmente progressivement en fonction de l’augmentation de la durabilité de l’alimentation (de Q1 à Q5). 

Ces résultats ont été obtenus avec des modèles statistiques qui prennent en compte les facteurs  connus qui peuvent influencer la prise de poids (ex : âge, activité physique, tabagisme, énergie alimentaire, etc.). Parmi les 4 sous-scores, plus les sous-scores nutrition et environnement sont élevés, moins le risque de surpoids et d’obésité est important, c’est le cas aussi pour le sous-score pratiques alimentaires et l’obésité. En conclusion, cette étude française établit que des adultes ayant une alimentation plus durable (plus végétale et bio) ont une forte diminution du risque d’être en surpoids et obèse. En accord avec d’autres études, on peut donc dire : bon pour la planète et bon pour la santé, c’est possible ! Rappelons que les nouvelles recommandations alimentaires françaises de 2019 pour le PNNS-4 par Santé Publique France recommandent une alimentation plus végétale et en privilégiant les aliments bio.

1 Seconda L. et al., 2019. Association between sustainable dietary patterns and body weight, overweight and obesity risk in the Nutrinet-Santé prospective cohort. American Journal of Clinical Nutrition, 2019.

Plus d’infos : www.etude-nutrinet-sante.fr

[ROB HOPKINS ] « Soyons audacieux, courageux, imaginatifs ! »

Créé le : 10/03/2020
rob hopkins

Photos : Crédit Isabelle Simon

Propos recueillis par Julien Dezécot

Rob Hopkins, le fondateur du mouvement mondial des villes en Transition, nous a accordé une interview exclusive, à l'occasion de sa tournée française organisée par notre revue. En pleines municipales, ses propos inspirants donnent l'énergie collective pour une véritable transition écologique et sociale.

 

De nombreuses listes « citoyennes » se sont constituées lors des dernières élections municipales, avec comme objectif commun, la transition écologique et sociale dans les communes. Quel regard portez-vous sur cette dynamique ?

Je pense en effet que nous devons retirer le pouvoir aux seuls grands partis politiques, pour le donner aux citoyens qui souhaitent mettre en œuvre la transition. Je trouve formidable ces dynamiques collectives qui rassemblent des gens susceptibles d’accélérer le processus de transition. Tout ce que l'on peut faire pour démanteler le vieux paradigme politique de ces partis qui manquent ô combien d'imagination, eh bien j’en suis partisan !

Car nous vivons un moment historique. Le moment est venu d'être audacieux, courageux, imaginatifs. L'essayiste Naomi Klein a même déclaré : « Il ne reste plus de solutions qui ne soient pas radicales ».

Face à l'urgence climatique, il nous faut des gens qui affirment : « Nous allons changer tout le système alimentaire. On va se débarrasser des voitures qui polluent... » Le moment est venu. Le temps des petits pas, c'est fini ! J'espère que ces listes citoyennes vont permettre à des gens particulièrement imaginatifs de tout reconstruire.

Pouvez-vous nous donner des exemples éclairants de projets de transition urbains que vous soutenez ?

À Totnes en Angleterre (la ville où vit Rob Hopkins, ndlr), nous avons un projet qui s'appelle Atmos Totnes. Il s’agit d’une communauté citoyenne qui est devenue promoteur immobilier. Objectifs : créer des logements et de nouveaux espaces publics qui appartiennent à la communauté. C'est un très beau projet, particulièrement inspirant et qui mériterait d'essaimer. L'année dernière, à Mouans-Sartoux près de Nice, j'ai pu également constater à quel point les élus ré-imaginent les choses, tant sur le plan foncier que dans le secteur alimentaire. Dans des métropoles comme Paris ou Lyon, on voit comment des mesures publiques donnent de plus en plus de place aux vélos et réduisent la place des voitures. Ces initiatives de plus en plus nombreuses donnent des clés pour changer dans tous les domaines : énergie, transport, alimentation… Demain, il nous faudra tout faire, en même temps et au même endroit.

Comment intégrer les campagnes à ce projet de transition que vous proposez ?

Il faut relier les villes aux zones rurales. À l'heure actuelle, elles sont souvent disjointes. À liège, en Belgique, les terres agricoles ceinturent la ville. Elles font le lien entre les territoires, pour les connecter aux campagnes et nourrir les villes. Il faut repeupler les zones rurales, lancer des entreprises dans ces territoires parfois délaissés du fait du manque de liaison économique avec la ville. Nous pouvons rebâtir ces connexions entre tous. L'alimentation saine et locale est une bonne clé d'entrée pour une transition territoriale.

La question démocratique revient souvent dans vos conférences. Comment repenser la gouvernance pour une véritable transition citoyenne ?

Il est essentiel de ré-imaginer la manière dont les décisions sont prises. À Barcelone, par exemple, chaque conseil de quartier peut prendre de réelles décisions. Tous ces conseils alimentent par leurs idées la municipalité. Barcelone est ainsi l'une des villes les plus étonnantes grâce à son pouvoir imaginatif. La démocratie ce n'est pas juste déposer un bulletin dans l'urne, c'est un processus auquel le plus grand nombre doit participer. À Totnes, toujours pour le projet Atmos, qui vise à réhabiliter de vieux bâtiments industriels en espace pour entreprises locales (de boulangerie, brasserie, vente d’alimentation locale, espace de co-working, etc.), plus de 5000 personnes sur les 8500 que compte la cité, ont soutenu ce projet par référendum local ; soir plus de 85 % ! Cette méthode pourrait se déployer davantage en Europe, avec une prise de décision démocratique par les citoyens.

À l'heure du Green New deal européen et face à l'urgence climatique, quel message souhaitez-vous adresser à M. Emmanuel Macron ?

Le Green new deal peut être une excellente chose s'il s'agit vraiment de repenser les activités, les industries, avec les énergies renouvelables à grande échelle, incluant un nouveau système alimentaire sain et local, tout en déclarant la guerre au dérèglement climatique. Car c'est ainsi que nous allons créer des emplois partout en faveur de la transition.
Quant au Président Macron, je lui pose la question : Et si, dans toutes les activités, ses décisions, ainsi que celles du gouvernement, il prenait véritablement en compte - comme un fil rouge- l'urgence climatique ? Je vois en France de nombreuses énergies qui s'éveillent pour repenser les structures du pays, une énergie en pleine ébullition. En même temps, les Français semblent très insatisfaits de cette hiérarchie rigide, qui fait encore obstacle aux mesures de justice qu'il faut prendre. Il faut s'ouvrir aux pensées des gens, ne pas se fermer et décider seul. C'est un moment historique. Et vous avez un rôle majeur à jouer M. le président, notamment en écoutant les autres !

Plus vidéo : Retrouvez sur notre site web sans-transition-magazine.info, l'interview vidéo avec Rob Hopkins, réalisée en février à l'occasion de sa venue en France qui a rassemblé plus de 3000 personnes à l'invitation de Sans transition !

Pour nos abonnés, le PODCAST de la conférence disponible également en ligne.

À lire : Et si..., Rob Hopkins, Actes Sud, avril 2020

Plus d’infos : www.robhopkins.net

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