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[ Serge Tisseron ] « L’abus d’écran nuit au développement des enfants »

Créé le : 13/12/2019
Crédit Pixabay

Serge Tisseron est psychiatre, membre de l’Académie des technologies, et chercheur associé à l’Université Paris VII Denis Diderot (CRPMS). Président de l’association 3/6/9/12, il met en garde contre un usage sans limite des écrans par les enfants et adolescents et préconise d’accompagner ceux-ci dans l’apprentissage des outils numériques.

Omniprésents à l'ère du numérique, les écrans peuvent-ils interférer avec le développement de l'enfant ? De quelle façon ?

La fréquentation d’écrans avant trois ans fait courir le risque d’une réduction des possibilités de langage, des capacités d’attention et de concentration, et de reconnaissance des mimiques. Plus tard, et de façon générale, un bon développement a besoin d’activités diversifiées, socialisantes et créatives à un degré ou un autre. Mais aucune étude ne démontre quelque relation que ce soit entre la consommation d’écrans et l’évolution du QI.


Peut-on parler d'addiction ? Préconisez-vous un système de prévention pour la santé des enfants avec un meilleur encadrement des parents ?

L’Organisation mondiale de la santé n’a jamais parlé d’« addiction aux écrans » mais depuis 2018, de « gaming desorder », traduit en français sur son site par : « trouble du jeu vidéo ». Quant au mot addiction, il est réservé à des pathologies particulièrement lourdes : on ne peut en parler que dans les cas où se produisent au moins douze mois de déscolarisation ou d’abandon professionnel complet, avec un appauvrissement général de la vie sociale. Et encore s’agit-il d’une addiction dite « comportementale », c’est-à-dire différente d’une addiction aux substances toxiques par deux caractères essentiels. Tout d’abord, le sevrage des écrans ne s’accompagne d’aucun syndrome physiologique, même si certains aspects du sevrage psychologique peuvent évoquer aux non-médecins (les parents notamment –ndlr) l’existence d’une réaction physiologique à la privation. Et par ailleurs, il n’existe aucune corrélation entre les pratiques pathologiques à l’adolescence et celles à l’âge adulte, contrairement à ce qui existe dans le cas de la consommation d’alcool, ou de tabac par exemple. Dans ce cas, une forte consommation à l’adolescence et statistiquement corrélée avec une forte consommation à l’âge adulte.

Enfin, ces pratiques pathologiques sont souvent associées à des troubles psychiatriques tels que la dépression, l’anxiété, les phobies et les troubles de la personnalité. Les parents ont le droit d’être bien informés sur les conséquences des excès d’écrans, mais ce n’est pas en leur parlant d’addiction qu’on le fera, bien au contraire ! 

Crédit : Xavier Voirol


Faut-il aussi légiférer, empêcher certains messages délivrés par les fabricants de jouets numériques notamment ?

Bien entendu. À l’association 3/6/9/12, nous demandons depuis des années que soit inscrit sur les affiches publicitaires des produits numériques : « Jouez, bougez, parlez avec votre enfant, L'abus d'écran nuit à son développement » ; sur les emballages des produits numériques : « Déconseillé aux enfants de moins de 3 ans: peut nuire au développement psychomoteur et affectif » ; et sur les emballages de smartphone : « Votre bébé a besoin de votre regard: ne laissez pas votre smartphone faire écran entre lui et vous ». S’agissant des jeux vidéo, nous proposons que les pictogrammes - qui se contentent actuellement d’informer sur le contenu des jeux - informent également sur les expériences des utilisateurs. Cela sera évidemment d’autant plus important avec le développement de la réalité virtuelle qui va mettre les joueurs en situation d’immersion. Nous avons aussi protesté contre le fait que certains fabricants de jeux vidéo introduisent aujourd’hui délibérément dans des jeux destinés aux mineurs des jeux de hasard et d’argent, réservés normalement aux adultes.

Faut-il bannir les écrans avant 3 ans et en restreindre les usages au-delà ? Ou faut-il accepter les écrans comme quelque chose d'inhérent à la génération de nos enfants ?

J’ai proposé en 2006 le slogan « pas de télé avant trois ans » en réponse à l’ambition de deux chaînes de télévision, de proposer des programmes spécifiquement dédiés aux enfants de moins de trois ans. Ce slogan a rapidement évolué en : « pas d’écran avant trois ans » car la formule s’imposait comme plus frappante. Mais à cette époque, il n’existait ni tablette, ni téléphone mobile. Les parents peuvent utiliser ces nouveaux objets avec leur enfant de moins de trois ans, mais à condition que ce soit sur des périodes courtes, toujours en usage accompagné, pour le seul plaisir de jouer ensemble, et en complémentarité avec les jouets traditionnels. Mais à la différence de ceux-ci, les outils numériques ne doivent jamais être abandonnés à l’enfant pour un usage sans présence de l’adulte. Quant à la télévision, nous continuons, à l’association 3/6/9/12, de la dénoncer comme un produit toxique non seulement avant trois ans, mais aussi au-delà, car elle fait se succéder sans discontinuer des programmes auxquels l’enfant finit rapidement par ne rien comprendre. C’est d’ailleurs la même chose avec Netflix Kids et YouTube kids. Choisissons plutôt pour nos enfants des DVD de qualité, et initions-les, à partir de 6 ans, à des activités de création comme la photographie numérique.


Pensez-vous que les écrans remplacent peu à peu les sorties dans la nature, sont un frein au jeu et donc à l'imagination des enfants, à la communication avec les autres ?

De nombreuses études ont montré que les espaces de jeux utilisables par les enfants dans les villes n’ont pas cessé de se réduire depuis 20 ans. À tel point que certains chercheurs disent : ce n’est pas parce que les enfants sont devant des outils numériques qu’ils renoncent aux sorties, c’est parce qu’ils sont obligés de renoncer aux sorties qu’ils se concentrent sur les outils numériques... Et ce mouvement a été en plus encouragé par beaucoup de parents qui ont cru que leur enfant était mieux protégé à rester dans sa chambre devant Internet qu’à aller dans la rue rencontrer ses camarades.

Certains parents sont partagés, craignent que le fait de priver leur enfant d’écran va entraîner chez eux un retard par rapport aux autres enfants, familiarisés très tôt aux outils numériques. Vous inscrivez-vous en faux ?

Priver son enfant d’outils numériques n’a aucune conséquence sur sa socialisation, car il s’arrangera toujours pour trouver des enfants dans la même situation que lui. Et de toute façon, il se familiarisera avec les écrans chez ses grands-parents et avec ses copains, à l’occasion d’anniversaire, ou sur le téléphone mobile de certains d’entre eux, car ceux qui en ont un montrent tout ce qu’ils y trouvent à leurs camarades. Pour moi, le problème de n’avoir aucun outil numérique à la maison est que l’on condamne l’enfant à ne pas pouvoir parler de l’utilisation qu’il fait de ces mêmes outils chez des camarades. Si vous interdisez des jeux vidéo chez vous, comment voulez-vous que votre enfant de huit ans vous raconte que, un samedi après-midi, à l’anniversaire d’un camarade, il a joué pendant deux heures à un jeu en principe réservé aux plus de 18 ans ? Si vous avez quelques jeux vidéo, si vous vous y intéressez, votre enfant vous parlera de ses expériences éventuellement traumatiques. Si vous lui laissez imaginer que vous ne voulez pas entendre parler de tout cela, il ne vous en parlera jamais et restera seul avec ses problèmes.


Peut-on tout de même utiliser le numérique comme outil pédagogique, pour la réussite des enfants dans leur scolarité ?

Il existe beaucoup d’espoir pour utiliser les outils numériques comme instruments pédagogiques. Aujourd’hui, cela ne fonctionne que pour les enfants ayant des déficiences sensorielles et motrices : ils sont considérablement aidés par des algorithmes et des technologies adaptées. Sinon, pour les autres, il n’existe aucun outil numérique éducatif avant six ans. Avant trois ans évitons les outils numériques, entre trois et six, donnons-leur un rôle limité comme support de distraction, et à partir de six ans, explorons les possibilités éducatives, à commencer par le cadeau d’un appareil photographique numérique, qui l’introduira à un usage socialisé des écrans. Et surtout, quel que soit son âge, parlons avec lui de ce qu’il voit et fait avec les écrans. Car aucun écran ne développera jamais chez un enfant la capacité de se raconter et de raconter, qu’on appelle parfois la « compétence narrative », alors qu’elle est si importante pour tous les aspects d’une socialisation réussie.

 

À lire 3-6-9-12 Apprivoiser les écrans et grandir, Serge Tisseron, éditions Érès, 2018, 10€

Plus d’infos : www.3-6-9-12.org

 

[MARAÎCHAGE] : Vannes, le bio et local à la table des tout-petits

Créé le : 11/12/2019
Maraichage Bio Vannes - Repas crèche Richemont. Crédit Stéphanie Biju

Crédit photo : Stéphanie Biju 

Par Stéphanie Biju

La municipalité de Vannes a fait le choix de passer toutes les crèches municipales en bio et de les approvisionner avec des produits locaux, cultivés sur un site communal à proximité du centre-ville. Un choix bénéfique pour la santé des enfants mais aussi pour l'environnement.

Melon, courge, petit pois… Depuis cet été, les fruits et légumes bios servis dans les crèches municipales de Vannes sont cultivés à moins de 6 km du centre-ville, sans intermédiaire, sur un site communal en conversion. Un maraîcher a été recruté par la ville. Les cuisinières, elles, apprécient de transformer des produits ultra-frais et de jouer avec les goûts pour éveiller les papilles des bambins.

Au menu du jour : fondue de fenouil et oignons, gratin de butternut, salade pastèque-melon. Et… soupe à la grimace ? Au contraire, Cléo, Suzanne, Ruben, Timothée, Emile et les autres bambins de la crèche municipale de Richemont, à Vannes, n'en laissent pas une miette dans leur assiette. En redemandent, même ! En cuisine, charlotte sur la tête, Isabelle Marty, non plus, ne boude pas son plaisir. « C'est un pur régal d'imaginer des recettes adaptées aux tout-petits à partir de légumes frais, de saison et ultra-locaux. En termes de goût et de qualité nutritionnelle, c'est quand même autre chose ! »,  apprécie la cuisinière de la crèche vannetaise.

Les fruits et légumes transformés chaque jour par Isabelle poussent à quelque 6 km de là, sur des...

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[ L'AGROÉCOLOGIE PEUT NOUS SAUVER ! ] Entretien avec Marc Dufumier

Créé le : 29/11/2019

Marc Dufumier est ingénieur agronome, docteur en géographie et professeur honoraire d’agriculture comparée à AgroParisTech, est aussi président de Commerce équitable France. Il a réalisé de nombreuses missions d’appui à la conception et à la mise en œuvre de projets de développement agricole dans les pays du Sud et plaide aujourd’hui pour une agriculture paysanne inspirée de l’agroécologie. Nous avons eu la chance de le rencontrer à Rennes lors de la conférence gratuite organisée par Sans transition ! magazine, Biobreizh et Kaol Kozh.

Pour Marc Dufumier, l’agriculture doit tenir compte du fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Son dernier ouvrage, L’agroécologie peut nous sauver, vient de paraître chez Actes Sud.

Entretien.

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[ BLACK FRIDAY ] " Petits prix, gros impacts "

Créé le : 29/11/2019

La course à la consommation bat son plein pendant les « black days ». L’environnement, lui, en paie le prix fort ! Épuisement des matières premières, recrudescence de plateformes logistiques, construction de centres commerciaux, transports routiers démultipliés, accroissement des déchets… Les conséquences sont effectivement bien « noires » pour l’environnement et notre région n’est évidemment pas épargnée. Dans un communiqué, FNE Paca dénonce ces pratiques d’appel à la consommation massive et encourage les citoyens à devenir consomm'acteurs.

Consommer plus au lieu de réparer

Véritable invitation au renouvellement de produits que très souvent nous possédons déjà, les journées promotionnelles Black Friday poussent les consommateurs à oublier qu’ils peuvent également faire le choix de la réparation. Moins couteuses et plus vertueuses pour l’environnement, ces pratiques se démocratisent pourtant largement. La puissance de déploiement des campagnes publicitaires laisse malheureusement peu d’espace à ce type d’initiative.

Plateformes logistiques : artificialisation des sols, pollution et perte de biodiversité

Ikea, Logiprest, Castorama, La Thominière, Boussard Sud et Nord… La liste des entrepôts logistiques est longue dans notre Région, particulièrement en Plaine de Crau. Au-delà de l’occupation des sols et de son impact direct sur la biodiversité, ces entrepôts génèrent un trafic routier massif aux conséquences lourdes sur la qualité de l’air. Notre mouvement associatif a d’ailleurs saisi la justice à de multiples reprises sur cet enjeu.

Toujours moins de ressources, toujours plus de déchets

Ce n’est pas une surprise, les ressources s’épuisent à mesure que les déchets s’accumulent. C’est autour du 5 Mai en France que chaque année nous avons consommé l’intégralité des ressources que notre pays peut fournir. Autrement dit, nous vivons donc les autres 7 mois de l’année à crédit sur les générations futures. A cela se rajoute en bout de cycle, des centres d’enfouissement totalement saturés, du retard dans la pratique du recyclage, des progrès à faire dans l’ensemble des techniques de réduction des déchets (réemploi, réparation, achat vrac, etc.)

FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur dénonce ces pratiques d’appel à la consommation massive et encourage les citoyens à devenir consomm'acteurs.

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[ BIODYNAMIE ]En Bretagne, la tentation de la vigne

Créé le : 29/11/2019
Crédit : Virginie Jourdan

Crédit photo : V.Jourdan / Mont-Dol

Virginie Jourdan

En Bretagne, une dizaine de petits vignobles a vu le jour ces cinq dernières années. Un effet collatéral de la montée des températures ? Pas vraiment. Professionnels, ces derniers traduisent plutôt des passions pour le nectar de Bacchus ou une envie de plonger les mains dans la terre. Au-milieu des ceps, une pratique paysanne de la viticulture s'affirme désormais.

 

Du vin en Bretagne ? Au pays du cidre et de l'hydromel, l'image peut faire sourire. Elle devient pourtant une réalité. Depuis 2016, un changement de la loi permet aux vignerons professionnels de s'installer dans la péninsule bretonne. Loin des excès des grandes exploitations viticoles françaises, les pionniers du vin breton y défendent une pratique paysanne. Dès 2013, à la frontière entre l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, Xavière Hardy a précédé le mouvement.

Dans le fond de la parcelle en pente douce, des brebis à viande pâturent l'herbe rase. En surplomb, de vieux chênes veillent sur la vigne qui grimpe à presque deux mètres le long de solides pieux de bois. Dans les rangs, les grains noirs et sucrés du grolleau noir attendent d'être vendangés. À la mi-octobre, ces derniers auront été pressés et mis en cuve avant de rejoindre leur barrique. Entre les ceps, plantés à partir de 2013, Xavière Hardy inspecte ses fruits élevés sans produits chimiques. Pour l'unique vigneronne du nord de la Loire-Atlantique, pas de doute, la maturité est propice à la vendange. Installée au cœur d'une zone d'élevage et de céréales où se...

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[ BIOPLASTIQUES ] La grande embrouille !

Créé le : 27/11/2019
La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, complétée par la loi EGAlim, interdit la mise à disposition d’objets plastique comme la vaisselle je-table, saladiers, pots à glace à partir de 2020 … sauf si ceux-ci sont compostables à domicile, et tout ou en partie biosourcés.(crédit : Pixabay)

Une infime partie des plastiques produits chaque année affiche l’appellation « bioplastiques ». Alors que certains finissent leur vie incinérés et que d’autres mobilisent de précieuses terres agricoles, l’ombre du greenwashing plane sur ces plastiques supposés verts. Des chercheurs de nos régions le réinventent dans une logique d’économie circulaire et de moindre impact sur l’environnement.

 

Par Anaïs Maréchal

On le retrouve dans les sacs destinés aux fruits et légumes, certaines bouteilles de soda ou pots de yaourts : le bioplastique. Appellation complexe, « bioplastique » désigne les plastiques biosourcés issus de végétaux, mais aussi les plastiques biodégradables. Et ceux pouvant se targuer d’être à la fois biodégradables et biosourcés sont minoritaires … Le grand écart écologique est bien trop important pour justifier d’une terminologie commune. De fait, la confusion règne. Et l’argument marketing tend à prendre le dessus au détriment d’une réelle avancée écologique.

« La guerre à la pollution plastique est déclarée », annonçait cet été la secrétaire d’état Brune Poirson en lançant son plan de lutte contre la pollution plastique. Depuis quelques années, les industriels se sont déjà engouffrés dans ces effets d'annonce grâce un nouveau produit : le bioplastique. Mais qu’ils soient biosourcés ou biodégradables (voir encadré), les emballages en bioplastique - comme les sacs pour les fruits et légumes - seraient-ils LA solution alternative ?

Les bioplastiques ne sont qu’une aiguille dans une botte de foin. Moins d’1 % des 335 millions de tonnes de plastique produites dans le monde en 2018 étaient des bioplastiques ([1]). Pourtant peut-être, sans le remarquer, avez-vous déjà tenu du bioplastique entre vos mains. Dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance, tous les sacs plastiques à usage unique ont été interdits en France au 1er janvier 2017. Sauf les sacs à la fois biosourcés et compostables, les fameux bioplastiques, qui sont depuis mis à disposition dans nos rayons fruits et légumes. Et la vaisselle jetable s’apprête à subir le même sort en 2020. « Les sacs à la fois biosourcés et compostables représentent 20 000 tonnes sur le marché français, détaille Marie Plancke, déléguée générale du Club bioplastiques, association regroupant l’ensemble des acteurs français de la filière. Ce sont principalement les sacs fruits et légumes, et de façon encore marginale des gobelets ou couverts en plastique. » Au rayon boissons, bouteilles de Coca, Vittel ou Volvic sont aussi en bioplastique, et les pots de yaourt Danone devraient bientôt subir le même sort.

Compostable, biodégradable, biosourcé… les mots ne sont pas simples et le marketing s'en amuse (en abuse?). Le terme « bioplastique » est en fait employé pour deux types de plastiques : biosourcé (c'est-à-dire composé au minimum à 40% de matière d'origine biologique, le reste étant issu de la pétrochimie comme les plastiques conventionnels) et biodégradable (voir encadré). Or « biosourcé » renvoie à la composition, alors que « biodégradable » renvoie à la fin de vie du produit. Deux notions qui ne sont pas liées ! Attention donc à ne pas s’y méprendre : tous les plastiques biosourcés ne sont pas biodégradables, et inversement. 57 % des bioplastiques produits en 2018 n’étaient d’ailleurs pas biodégradables (voir infographie). Les bouteilles de Coca-Cola, composées en partie de canne à sucre, font partie de ces produits non biodégradables, qui seront recyclés ou incinérés comme les plastiques traditionnels. Les sacs pour les fruits et légumes respectent eux, la réglementation : ils sont biosourcés ET biodégradables… ou plus précisément compostables, à domicile.

Pas si biodégradables...

Deuxième source de confusion : la notion de biodégradabilité. L’Ademe ([2]) précise qu’un matériau est dit biodégradable s’il peut être décomposé sous l’action de micro-organismes, comme des bactéries ou des champignons. Le matériau est entièrement détruit, converti en eau, dioxyde de carbone et méthane, pendant que la population de ces micro-organismes croit. « Le terme biodégradable ne veut rien dire si on ne précise pas les conditions dans lesquelles le matériau est capable de se dégrader !, souligne Anne-Fleur Hug, chargée de plaidoyer chez Zero Waste France. Cela rend tout très confus chez le consommateur, à juste titre. »  Des normes encadrent en effet la biodégradabilité des emballages plastiques, qui peuvent être garanties par des labels délivrés par des organismes de certification européens. Si le logo OK Compost Industrial figure sur votre emballage, alors celui-ci a été conçu pour se dégrader dans des composteurs industriels, installés dans les villes collectant les biodéchets ([3]) par exemple. C’est bien souvent le cas de la vaisselle jetable ou des barquettes alimentaires en bioplastique. Les plastiques labellisés OK Compost Home, comme les sacs fruits et légumes, peuvent quant à eux se dégrader dans des composteurs à domicile. Mais attention, comme dans ces petites installations la température est bien moins élevée que dans les composteurs industriels, un plastique OK Compost Industrial ne s’y dégrade pas ! D’où l’importance de vérifier les conditions de biodégradation du matériau grâce à ces labels.

Si les emballages alimentaires représentent presque 65 % du marché des bioplastiques, on les retrouve aussi chez les professionnels sous forme de film de paillage pour l’agriculture, de composants électroniques ou encore d’airbags dans nos voitures (crédit : pxhere).

Mais alors, que devient un sac biodégradable qui se retrouve dans la nature ? À l'instar d'un mouchoir en papier, disparaît-il au bout de quelques mois ? L’Ademe balaie toute ambiguïté en 2016 ([4]) : « Les plastiques biodégradables ne doivent en aucun cas être abandonnés dans la nature. En effet, la biodégradation se fait dans certaines conditions bien précises, qui ne sont pas nécessairement réunies en milieu naturel. » Valérie Massardier, chercheuse en éco-conception des matériaux polymères à l’INSA ([5]) Lyon, explique : « La dégradation d’un matériau dépend de la température, l’humidité et la qualité du microbiote du milieu dans lequel il se trouve. » Il est donc impossible de prédire la vitesse de dégradation d’un sac bioplastique dans la nature. « Il se dégrade probablement plus vite que les plastiques conventionnels, mais c’est très variable et dans tous les cas bien plus long qu’en composteur », détaille la chercheuse. Conçus uniquement pour être compostés, l’appellation « biodégradable » de ces plastiques entretient la confusion. « Les informations disponibles sont incohérentes ou trompeuses : les consommateurs pensent souvent que les plastiques biodégradables sont un meilleur choix pour l’environnement, relate Graham Forbes, chef de projet chez Greenpeace USA. Mais dans la nature, ils vont se fragmenter en petits morceaux, notamment des microplastiques, qui peuvent être ingérés par les animaux et pénétrer la chaîne alimentaire. »

Compostables, ils finissent pourtant à l'incinérateur

Exit donc les  barquettes, gobelets et autres bouteilles OK Compost Industrial du composteur au fond du jardin ! Ceux-ci doivent être collectés, avec les autres biodéchets, par les collectivités dans des bacs dédiés. Ils seront ensuite placés dans des composteurs industriels. Seul hic : aucune filière de valorisation auprès des particuliers n’existe pour les plastiques compostables industriellement, notamment les PLA qui représentent 10 % des bioplastiques du marché (voir infographie). Donc même si vous avez la chance de faire partie des 6% de ménages qui bénéficient d'une collecte de biodéchets dans votre commune, vos plastiques compostables industriellement n'y sont pas acceptés, faute de débouchés ! Résultat : ils finissent en décharge ou incinérés au milieu des déchets non valorisés. Un comble !

Si la collecte des biodéchets (déchets organiques – ndlr) va être généralisée d’ici 2025, la filière ne semble pas prête à s’ouvrir aux bioplastiques. « Intégrer les plastiques compostables rendrait plus complexe le geste de tri pour le consommateur, alors qu’il est déjà difficile de différencier les plastiques recyclables, explique Clothilde Pinet, chargée de mission valorisation biologique à la FNADE ([6]). Et il est pour nous essentiel de mener en amont une enquête sur l’impact de ces plastiques dans le compost final. » Les acteurs de la filière soulignent en effet le manque de connaissances sur le devenir des plastiques compostables, au milieu des autres biodéchets, à l'instar de ceux laissés en pleine nature. La start-up Les Alchimistes, qui composte les biodéchets des professionnels parisiens, intègre depuis un an les bouteilles en PLA du fabricant de jus Yumi dans leur processus de compostage. « Nous démontrons qu’ils peuvent être effectivement compostés dans un contexte habituel, témoigne Alexandre Guilluy, son co-fondateur. Le plastique a complètement disparu et l’analyse qualité de notre compost montre qu’il répond tout à fait à la réglementation ! » Un axe de travail encourageant.

Plastique ou maïs, il faut choisir

Dernier objet de polémique : comme pour les biocarburants, les végétaux cultivés pour fabriquer le plastique biosourcé – maïs, pomme de terre, canne à sucre, etc. – entrent en concurrence avec l’alimentation. Ceux-ci occupaient pourtant en 2018 moins de 0,02 % des terres arables ([7]). Déjà trop pour Graham Forbes de Greenpeace USA : « Une part croissante des terres agricoles est utilisée pour des cultures non-alimentaires, qui modifient les habitats naturels et déplacent les petits agriculteurs. Nous devons réduire la quantité de terres cultivées, et non l’augmenter. » Une partie de la filière des plastiques biosourcés semble cependant prendre conscience de ce problème et se tourne désormais vers des plastiques dits de seconde et troisième générations dans une logique d’économie circulaire. Micro-algues, bois ou encore déchets remplacent la canne à sucre ou le maïs pour produire les bioplastiques (voir article suivant). « L’industrie doit faire ses preuves sur ces formulations, rétorque Graham Forbes. Nous recommandons aux marques de privilégier la consigne. »

Greenwashing ou filière qui mériterait de se développer, le bioplastique ne doit pas se substituer aveuglément au plastique traditionnel. Un quotidien zéro déchet passe avant tout par une proscription des emballages à usage unique. « Le bioplastique est une solution pour des cas particuliers, où les emballages ne peuvent être évités, assène Anne-Fleur Hug de Zero Waste France. N’oublions pas de considérer l’emballage sur toute sa vie : un sac compostable nécessite une chaîne complète d’extraction de ressources, fabrication, transport… Beaucoup de ressources sont consommées en amont pour le produire ! » Le vrac et la consigne seront toujours des alternatives bien plus respectueuses de la planète.

PLUS D’INFOS :

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/adm00013766_adm_attache1.pdf

https://www.zerowastefrance.org/publication/6851/


[1]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

[2]Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[3] Déchets organiques comme les épluchures de légumes, restes alimentaires, déchets verts du jardin, papier …

[4]Fiche technique de l’Ademe (septembre 2016) : « Plastiques biodégradables »

[5]Institut national des sciences appliquées

[6]Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement

[7]Rapport European Bioplastics (2018) : « Bioplastics market data 2018 »

 

 

 

 

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