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[ SEMENCES PAYSANNES ] Préserver la biodiversité

Créé le : 04/10/2019
Photo : Léonore Virion

Jeudi 03 octobre, la maison des semences paysannes était inaugurée au Laber à Roscoff (29). Un travail de longue haleine, porté par l'association Kaol Kozh et qui a pour objectif de préserver la biodiversité.

Le site de la maison du Laber est loué à l'association Kaol Kozh par la communauté de communes du Haut-Léon. Les locaux sont composés d'un lieu d'accueil grand public, ainsi que d'un espace réservé aux maraîchers. L'association s'y installera à l'hoziron 2021. Son objectif est de collecter et sauver les variétés de semences paysannes.

" C'est du patrimoine vivant " précise Marc Sire, animateur et secrétaire de l'association. " Ces variétés sont reproductibles, donc libres de droits et nous les transmettons ". Une démarche essentielle, car " 75% de la biodiversité cultuvée a disparu en 50 ans ".

Entretien. 

Le thème des semences paysannes sera à nouveau à l'honneur, le 18 octobre prochain à Rennes, lors d'une conférence donnée par l'agronome Marc Dufumier ! Un événement organisé par Sans transition !, Koal Zoh et Biobreizh.

 

[ CLAUDE & LYDIA BOURGUIGNON ] « Pour faire de l’agriculture durable, il faut rendre aux agriculteurs leurs connaissances des sols »

Créé le : 03/10/2019
Photo : Anaïs Maréchal

Ce mardi 1er octobre, l’amphithéâtre de la Toulouse Business School affichait salle comble. Près de 300 citoyens sont venus assister au débat citoyen organisé par Sans Transition ! et Actes Sud sur une agriculture durable et respectueuse des sols. Les stars du jour ? Claude et Lydia Bourguignon, spécialistes mondiaux des sols. « Certains sont fans de Johnny, moi je suis fan de vous ! », clame quelqu’un dans le public. À cette occasion, nous vous proposons de revenir sur les pistes évoquées par les microbiologistes pour améliorer la santé des sols.

Prenons d’abord un peu de recul : qu’est-ce qu’un sol en bonne santé ? La faune joue un rôle fondamental. Les animaux – les vers de terre par exemple – brassent le sol, permettant à l’eau d’y pénétrer plus facilement. « C’est bien plus efficace que le travail manuel des sols ! », rappelle Claude Bourguignon. Autres travailleurs importants : les micro-organismes. Bactéries, champignons et microbes régulent les cycles naturels et permettent d’apporter les éléments minéraux indispensables pour nourrir les plantes. « Le rôle des agriculteurs est de faire travailler ces organismes, pas de les remplacer », assène Claude. Pour les microbiologistes, un sol en bonne santé est un sol vivant.

Ces spécialistes ne sont pas en manque d’idées pour enclencher la transition. Lydia Bourguignon le martèle : « Il faut commencer par remettre de la connaissance chez nos agriculteurs ! On a vendu de la technique aux paysans, et on leur a volé leur savoir. » Intégrer la biologie des sols dans les cursus est un premier pas auquel participent les époux Bourguignon. Lydia, applaudie par le public, rappelle également qu’il faut soutenir les paysans plutôt que de taxer : « Il faut maintenir les aides, comme l’aide à l’agriculture biologique qui a pourtant été suspendue pendant trois ans … » Et quand un membre de l’association Toulouse en transition s’interroge sur les actions individuelles, Claude Bourguignon poursuit : « En tant que citoyen, nous devons accepter de mettre le prix pour des produits de qualité et une agriculture durable. Il faut boycotter les produits importés en hiver, et respecter les saisons. »

Pour rendre sa santé au sol, les époux Bourguignon préconisent de nombreuses pratiques agronomiques. « Lever l’interdiction de la commercialisation des semences paysannes permettrait de réutiliser des espèces adaptées au terroir, qui pousseraient mieux et nécessiteraient moins d’intervention sur le sol », détaille Lydia. Réparer les sols passera enfin par un apport de matière organique en surface, et moins de labourage ! Ils sont les fervents défenseurs du semis direct. Cette technique, que vous pourrez retrouver plus en détail dans le dernier numéro de Sans Transition, consiste à semer les cultures sur un couvert végétal précédemment écrasé. « C’est une technique complétement innovante qui permet de gagner du temps et d’utiliser moins de fioul », détaille Lydia.

Si l’agriculture intensive a presque tué les sols français, ceux que l’on appelle les « médecins du sol » parcourent la France et le monde pour identifier les solutions. Et la démonstration réalisée ce mardi démontre que nous avons tous les éléments pour mettre en place un nouveau modèle agricole.

[ URGENCE CLIMATIQUE ] "Rallumer l'espoir", Jean-Louis Etienne

Créé le : 01/10/2019
Photo : Noel Bauza / Pixabay

Jean-Louis Étienne est médecin, spécialiste en nutrition et biologie du sport. Il a mené de nombreuses expéditions en Himalaya, au Groenland, en Patagonie. En 1986, il est le premier homme à atteindre le pôle Nord en solitaire en chiens de traineaux. En 2010, il réussit la première traversée de l’Océan Arctique en ballon. Sans transition ! a l'immense privilège de le recevoir le 02 octobre prochain à Toulouse, pour une conférence dédiée à l'urgence climatique.

Quels rôles jouent les océans dans la régulation du climat ?

En lien avec l’atmosphère, l’Océan gouverne le climat. Il joue le rôle de tampon thermique, de régulateur. Il distribue également la chaleur et en absorbe de grandes quantités. Ainsi, 93 % de l’excès de chaleur est absorbé par l’Océan. Conséquences : la montée du niveau de la mer (3,2 mm par an), l’érosion des côtes ou la submersion des villes basses. C’est encore un formidable puits de carbone car le CO2 se dissout dans la mer et le phytoplancton (des algues microscopiques), par photosynthèse, absorbe ce CO2 . C’est le départ de la vie. Or un excès de CO2 dans l’eau conduit à l’acidification des océans. Ce phénomène menace la vie calcaire. Pour préserver le climat, il faut donc protéger l’Océan ! Dont la faune et la flore marines. En effet, l’homme a besoin de l’ensemble du vivant pour réussir cette tâche colossale. Autrement dit, l’homme doit organiser une co-évolution avec la nature, pour protéger la biodiversité marine.

" Pour préserver le climat, il faut donc protéger l’Océan ! "

À l’heure du dérèglement climatique, comment se porte l’Océan Arctique ?

À l’échelle planétaire, le constat est sans appel : + 0,8°C de hausse moyenne en 100 ans. Si cette hausse ne nous apparaît pas perceptible pour l’instant, elle est pourtant bien réelle, comme si la terre avait une légère fièvre. Les régions polaires – dont l’Arctique – en sont les premières affectées. Illustration : cette région est en train de changer de couleur. Avant, son Océan était recouvert par la glace durant la grande majorité du temps et se teintait de blanc. Désormais, la neige arrive plus tard, repart plus tôt. Par conséquent, la banquise se réduit. Il y a de plus en plus de zones sombres ; provoquant un moindre réfléchissement solaire. Quant au permafrost, ce terrain gelé, il est affecté lui aussi. Il fond de plus en plus, en libérant une grande quantité de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane, les fameux gaz à effet de serre. Là-bas, on assiste à une accélération du réchauffement climatique, avec une hausse moyenne qui a atteint jusqu’à 4°C en 60 ans ! C’est le phénomène d’emballement climatique.

Lors de vos conférences, vous dites : « Nous avons laissé la porte du frigo ouverte », est-ce bien decela dont il s’agit à présent ?

Oui ! Et cette quantité de froid va manquer à équilibrer la chaleur tropicale. En médecine, on commence maintenant à parler de complications dues à une fièvre chronique, en lien avec le dérèglement climatique. Et des conséquences bien visibles : plus de cyclones, davantage de pluies diluviennes, de phénomènes extrêmes… Plus ça chauffe sur l’Océan et plus il y a d’évaporation et de précipitations. D’une certaine manière, nous observons aussi une accélération du cycle de l’eau. Ainsi, une hausse de la température en mer, proportionnelle au réchauffement, conduit à plus de cyclones et de tempêtes tropicales, comme aux Antilles où ces derniers surviennent par la libération brutale et massive de cette chaleur accumulée à la surface de l’Océan.

Êtes-vous inquiet pour la planète, pour l’homme ?

Je suis réaliste plus qu’inquiet. Le climat a une inertie colossale. Il faut donc agir tout de suite pour réduire l’impact du changement et ses conséquences. Si l’on suit les préconisations du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui consistent à limiter au maximum à + 2°C en moyenne le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle, alors il convient de laisser 75% des ressources fossiles dans le sol. J’ai malheureusement bien peur que cela soit très compliqué à court terme. En Europe par exemple, la Pologne produit 93% de son électricité par le charbon… Leur dire d’arrêter net serait par ricochet couler le pays. D’où l’importance de la transition à mettre en oeuvre. Car chacun doit prendre sa part et se tourner vers les énergies renouvelables. Celles-ci ne représentent que 20% du mix énergétique dans le monde. Dès à présent, les économies d’énergie sont le gros levier d’action. Peu de gens ont conscience de l’importante quantité d’énergie qu’ils consomment au quotidien. J’ai fait de nombreuses expéditions durant lesquelles on rationalisait l’énergie… C’est lorsque nous n’avons plus d’énergie abondante que nous prenons conscience de l’importance de ne pas la gaspiller !

En somme, il faut « Persévérer » vers l’objectif, comme vous l’écrivez dans votre ouvrage paru en 2015 ?

Je suis issu d’une formation technique (tourneurfraiseur). J’avais une assurance-vie dans mes 10 doigts. Pourtant, j’ai choisi une autre voie, en persévérant. Il faut sans cesse remettre le rêve à la surface. Si on se laisse noyer par les difficultés, on n’y arrive pas. Il convient en permanence de se remobiliser, de rallumer l’espoir. Il faut persévérer pour nourrir ce feu car on ne construit pas sa vie sur des frustrations, ni sur des projets inachevés. Lors de mes expéditions, j’ai su résister aux tentations de l’abandon, j’ai persévéré, il ne faut pas attendre qu’on vienne nous chercher. Je suis comme tout le monde, je suis sans arrêt en train de faire avancer des projets. Parfois je suis découragé. Mais même si ça demande beaucoup d’énergie, il ne faut pas se démobiliser.

C’est ce que vous faites précisément avec Polar Pod, votre prochain projet d’exploration marine ?

Polar Pod est une plate-forme océanique abritée, spécialement conçue pour dériver autour de l’Antarctique, dans les cinquantièmes hurlants. Nous sommes en train de boucler le projet. Le plus difficile consiste à trouver des financements. Je lance des courriels tels des bouteilles à la mer, à la pêche aux financements. Je suis sans arrêt en train d’avancer. J’ai voulu construire un bateau de l’extrême… une expérience unique. Tout ça est en route, je suis toujours très excité à l’idée d’un nouveau départ. Trouver le chemin de ce que l’on sait faire et réussir à l’inscrire dans la marche du monde, voilà mon leitmotiv.

Le Polar Pod en position verticale. © Océan Polaire / JL Etienne.

Propos receuillis par Sans transition ! en 2015.

> Réservez vos places pour la prochaine conférence de Jean-Louis Etienne, le 02 octobre prochain à Toulouse !

Et retrouvez Jean-Louis Etienne dans le prochain numéro de Sans transition ! (n°19) !

[ CLIMAT ] Le rendez-vous incontournable de la jeunesse

Créé le : 20/09/2019
Photos : Sans transition !

La jeunesse du monde entier se donnait à nouveau rendez-vous ce vendredi 20 septembre pour manifester en faveur du climat. Une mobilisation croissante et "indispensable" pour alerter et inciter les pouvoirs publics à prendre des mesures drastiques. Reportage à Brest, où plusieurs centaines de personnes étaient réunies place de la Liberté.

Marin, étudiant en prépa littéraire à Brest manifeste depuis le mois de mars en faveur du climat. Pour lui, la convergence des luttes sociales et écologiques est en enjeu majeur.

> Retrouvez l'intégralité du programme d'actions proposé par les mouvements brestois en faveur du climat

   

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[ SEMAINE INTERNATIONALE POUR LE CLIMAT ] Grèves, manifestations et sommet pour le climat de l’ONU : quels enjeux ? Quelles perspectives ?

Créé le : 20/09/2019

Aujourd’hui, vendredi 20 septembre 2019, s’ouvre la semaine internationale pour le climat. Au total plus de 5225 actions sont prévues dans 156 pays avec plus de 820 organisations qui y participent, dont 73 syndicats autour du monde.

A Paris, un défilé s’élancera à 13h de la Place de la Nation pour rejoindre le parc de Bercy. Une parade avec des marionnettes géantes sera organisée par Attac au sein du cortège pour dénoncer l’impunité des multinationales et leur responsabilité dans l’aggravation des dérèglements climatiques.

Attac propose une note d’analyse à propos des enjeux que soulèvent ces mobilisations internationales et le sommet pour le climat de l’ONU qui s’ouvre ce 23 septembre.

Grèves, manifestations et sommet pour le climat de l’ONU : quels enjeux ? Quelles perspectives ?

« Le changement climatique avance plus vite que les politiques climatiques ». Urgent besoin d’un ouragan citoyen pour changer la donne
« Nous sommes en train de perdre la course » vient d’affirmer le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres. Tous les observateurs en conviennent : les politiques climatiques ne sont pas à la hauteur et rien n’indique qu’elles le deviennent à court terme. Si l’ensemble des engagements pris par les États en marge de la COP 21 étaient respectés – et ils ne le sont pas - ils conduiraient à un réchauffement climatique supérieur à 3 degrés. Soit une catastrophe.
Raison pour laquelle les grèves et manifestations pour le climat de ces 20 et 21 septembre sont décisives : loin du cynisme affiché par certains, se mobiliser ensemble pour le climat est le meilleur moyen de faire refluer les sentiments d’impuissance et de sidération qui peuvent gagner chacun.e d’entre nous face à l’immensité de la tâche. Ce ne sont pas les objectifs de 1,5°C ou 2°C qu’il faut enterrer mais les décisions politiques et économiques qui nous en éloignent de manière irréversible.
Les 5225 évènements organisés dans 156 pays – dont plus de 150 en France – (voir la carte interactive) vont faire de ces journées la plus grande mobilisation pour le climat jamais organisée. Le message envoyé aux chefs d’État et de gouvernement de la planète entière – et plus largement à l’ensemble des décideurs politiques et économiques – sera limpide : pour paraphraser Winston Churchill, « il ne s’agit pas de faire de votre mieux mais de faire ce qui est requis ».
En France, autour du mot d’ordre collectif « climat, justice sociale : mobilisation générale », nous voulons offrir la possibilité à tous les citoyen-ne-s, tous les jeunes inquiets pour le présent et l’avenir de la planète, d’apporter leur pierre à l’édifice. Parce que les inégalités sociales, les discriminations, la précarité s’aggravent sous l’effet de la crise écologique, il s’agira également d’appuyer les rapprochements et convergences entre mouvements écologistes, féministes, syndicaux, des quartiers populaires, de gilets jaunes, de gilets noirs et bien d’autres, qui souhaitent agir avec le mouvement pour le climat.

Le 23 septembre à New-York, un énième sommet inutile pour le climat ?

Agacé par l’inertie des États, inquiet par l’aggravation de la crise climatique, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a voulu organiser un sommet de l’action pour le climat afin de « rompre avec la paralysie » : il a demandé aux États d’arriver à New-York avec « des plans concrets » et des objectifs plus élevés que ceux qu’ils avaient annoncés à Paris en 2015. Et non des « beaux discours ». A ce jour, seules les îles Fidji et Marshall ont pris de tels engagements.
Sans pouvoir de coercition permettant de sanctionner les États récalcitrants, Guterres en est réduit à appeler au renforcement de la mobilisation citoyenne pour faire pression sur les États. Découpé en 10 thématiques (Neutralité carbone, Charbon, petites îles, etc), ce "sommet de l’action" verra des Chefs d’État et de gouvernement, mais aussi des dirigeants d’entreprises (Bloomberg, Allianz, Engie, etc) se succéder à la tribune. Si quelques pays emblématiques de l’inaction climatique sont invités à ne pas s’exprimer (Japon, États-Unis, Australie, Brésil etc), grand est néanmoins le risque que ce sommet se transforme en une nouvelle longue litanie de discours et en un catalogue de bonnes intentions où les engagements précis, chiffrés et vérifiables feront exception.

Emmanuel Macron, « champion de la Terre » ou « champion du blabla et de la procrastination » ?

Il y a tout juste un an, Emmanuel Macron recevait du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) le titre de « champion de la Terre ». Le bilan français est pourtant mauvais : les émissions de GES en 2018 ont dépassé de 4,5% le budget carbone qui a été fixé, et ce pour la deuxième année consécutive. Là où la baisse des émissions domestiques n’est en moyenne que de 1% par an depuis quatre ans, il faudrait qu’elle soit a minima trois fois plus forte selon le Haut Conseil pour le climat.
« Je m’engage au nom de la France à réviser au plus tard en 2020 nos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre » avait affirmé François Hollande en conclusion de la COP 21. Cet engagement est depuis resté lettre morte. Pire, la loi Energie-climat écarte jusqu’ici toute possibilité de donner plus d’ambition à l’objectif de 40% de réduction d’émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à 1990. Comme si Emmanuel Macron, préférant repousser à plus tard ce qui devrait être fait aujourd’hui, instituait la procrastination comme boussole de la politique climatique de son gouvernement.

Les financements climat : loin des 100 milliards promis

En 2009, à Copenhague, les pays riches s’étaient engager à dégager 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour financer les politiques climatiques (atténuation et adaptation) des pays dits « en développement ». Dix ans plus tard et à la veille de 2020, on en est encore loin. Ces financements devaient être nouveaux, additionnels, prévisibles et majoritairement publics. Résultat : les États se défaussent derrière des financements privés, recyclent des lignes de financement "développement" en financement climat et n’ont, pour la plupart, pas de feuille de route prévisible. Par ailleurs, les estimations de l’OCDE, discutables du point de vue de la méthodologie suivie, indiquent un montant total de 72 milliards pour 2017.
L’OCDE elle-même préconise « de redoubler d’efforts de toute urgence pour assurer le financement public de la lutte contre le changement climatique ». La part de ces fonds (19%) qui va à des politiques d’adaptation – généralement jugées non rentables – est toujours très insuffisante, tandis que les prêts représentent une part trop conséquente du total comparée aux dons. Ainsi, la France, qui doit annoncer augmenter sa contribution, est invitée à l’orienter vers des dons plutôt que des prêts. Il est temps d’arrêter de se cacher : si nous voulons que les pays les moins riches aient les moyens de faire face aux dérèglements climatiques tout en développant des activités qui ne soient pas nocives, sans doute faudrait-il enfin débloquer les moyens qui leur sont nécessaires.

Les États et le secteur privé vont-ils continuer à financer les énergies fossiles plutôt que la transition ?

Depuis 2015 et la COP 21, l’ordre de grandeur est resté le même : à l’échelle internationale, quand un dollar est investi dans les énergies renouvelables, deux à trois dollars sont investis dans les énergies fossiles (exploration, exploitation, distribution). Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, les investissements dans les énergies renouvelables étaient en effet en baisse de 7 % en 2017, tombant à 318 milliards de dollars, tandis que les investissements dans les énergies fossiles étaient orientés à la hausse, pour la première fois depuis de nombreuses années, à 790 milliards de dollars. Le ratio espoir-déluge est donc très mal-orienté. Selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), rester en deçà de 2°C de réchauffement climatique implique que 700 milliards de dollars annuels soient débloqués pour que la part des énergies renouvelables dans l’offre mondiale d’énergie primaire atteigne 65 % en 2050 (contre 15% aujourd’hui).
Ces deux données illustrent l’urgence avec laquelle les investissements dans les énergies fossiles doivent tendre rapidement vers zéro : il ne s’agit pas simplement de financer les énergies renouvelables, mais d’arrêter de financer les activités qui contribuent massivement et directement au réchauffement climatique. Malgré les succès, dont certains retentissants, du mouvement pour le désinvestissement des énergies fossiles, les multinationales de l’énergie et les acteurs financiers qui les financent n’en prennent pas le chemin. Pas plus que les États : les pays du G20 ont accordé 147 milliards de dollars de soutien au secteur des énergies fossiles en 2016 contre 75 milliards de dollars en 2007. Soit 96% d’augmentation alors que les pays du G20 avaient pris l’engagement en 2009 de supprimer ces subventions. En France, on compte toujours 11 milliards de soutien annuel aux énergies fossiles.
Attac est signataire de la déclaration endossée par des centaines d’organisations et personnalités exigeant une interdiction mondiale de l’exploitation des hydrocarbures de schiste.

La finance verte est-elle écologique ? Peut-elle sauver le climat ?

Depuis l’organisation du premier “One planet Summit” en décembre 2017, Emmanuel Macron se présente comme le promoteur du financement de la lutte contre les dérèglements climatiques et du verdissement du capitalisme : il veut faire de la place financière de Paris la capitale de la finance verte. Les financements nécessaires pour mettre en œuvre la transition énergétique mondiale, rendre l’économie mondiale soutenable et faire face aux conséquences des dérèglements climatiques sont colossaux. Ils sont généralement estimés dans une fourchette allant de 2 à 5% du PIB mondial, soit plusieurs milliers de milliards de dollars annuels. Les promoteurs de la “finance verte” prétendent que les nouveaux outils financiers verts, comme les obligations vertes, vont permettre de « shifting the trillions » – littéralement déplacer les milliers de milliards de dollars – et de relever le défi du financement de la transition écologique.
La réalité est moins nette. Si le marché des obligations vertes continue de s’étendre - à grands renforts de communication - il grossit beaucoup moins vite qu’annoncé. Il ne représente toujours qu’à peine 1% du marché obligataire mondial, soit une goutte d’eau au milieu d’un océan de finance non verte. Les obligations vertes, souvent présentées comme l’exemple à suivre, ne sont en mesure ni de verdir la finance ni de fournir suffisamment de financements à la transition écologique et à la lutte contre les dérèglements climatiques. A ce rythme-là, il faudrait plus de 100 ans pour verdir la finance. Par ailleurs, ces nouveaux outils ont permis de financer des projets (grands barrages, aéroports, rénovation de raffineries, opération de greenwashing) qui ne sont absolument pas compatibles avec la lutte contre les dérèglements climatiques. Sans une régulation drastique et précise des pouvoirs publics, le verdissement de la finance restera une chimère et la finance un secteur structurellement non climato-compatible.

Rapport d'Attac : La « finance verte » est-elle vraiment verte ?

Feux de forêt et déforestations : quelles réponses de la communauté internationale ?

Face à l’émotion internationale suscitée par les feux de forêts en Amazonie et à l’indifférence de Jair Bolsonaro, Emmanuel Macron a annoncé, à la veille du G7 de Biarritz, que la France ne soutenait plus l’accord de commerce controversé entre l’Union Européenne et le Mercosur. Cette annonce représente le strict minimum attendu mais elle ne permet de pas s’attaquer aux vecteurs de déforestation qui sont de la responsabilité de la France et de l’UE. L’initiative conjointe de la France et du Chili pour l’Amazonie, que la France souhaite voir étendue à l’ensemble des forêts humides de la planète lors du sommet pour le climat de New York, est loin d’être satisfaisante : elle non plus ne s’attaque pas aux vecteurs de déforestation qui sont de notre responsabilité, et aux violations des droits humains qui en découlent. N’est-il pas temps et urgent d’engager une “re-régulation” du commerce international, dans l’optique d’interdire à terme toute importation en France de produits agricoles et forestiers (soja, éthanol, huile de palme, etc) dont la production est directement liée à la déforestation en Amazonie ou ailleurs ?

Rapport d'Attac : Amazonie, quelle politique commerciale et quelles régulations des multinationales pour s’attaquer aux racines du problème ?

Depuis vingt ans, l’emprise des multinationales sur les sommets du climat s’étend

En 1999, Koffi Annan, alors secrétaire général des Nations-Unies, créait le Global Compact (Pacte Mondial) qui regroupe, essentiellement, des entreprises multinationales. Il a contribué à faire d’elles des acteurs majeurs du processus onusien et des relations internationales au détriment de la capacité des États et de l’ONU à réguler leurs activités. Vingt ans plus tard, ce sommet du climat illustre à nouveau l’omniprésence des acteurs privés et de la défense de leurs intérêts dans les sommets dédiés à la lutte contre le réchauffement climatique : plusieurs multinationales, dont certaines sont mises à l’index pour leurs activités, vont être mises à l’honneur.
Alors qu’elles sont à la fois celles qui manœuvrent en coulisses pour éviter toutes réglementations contraignantes – notamment en matière climatique – et celles qui profitent largement d’une globalisation néolibérale totalement insoutenable, les entreprises multinationales sont à nouveau invitées à se positionner comme celles qui peuvent résoudre la crise climatique alors que leurs activités – notamment celles des entreprises du secteur des énergies fossiles – ne cessent de l’aggraver : a-t-on besoin qu’Engie & co se servent à nouveau d’un sommet du climat pour faire du greenwashing ou bien que les États-membres de l’ONU prennent des dispositions contraignantes pour limiter et réguler les activités des entreprises du secteur des énergies fossiles (ce qui n’a jamais été fait en près de 30 ans de négociations sur le climat) ?
 
Attac est signataire de la déclaration "La gouvernance globale sous l’emprise des entreprises ! L’accord de partenariat entre le Forum économique mondial (FEM) et l’ONU est une menace dangereuse pour le système onusien" publiée le 22 septembre 2019.
 

[ CLIMAT ] Aux pouvoirs publics d’agir pour une mobilité durable et un air pur !

Créé le : 18/09/2019

A l’occasion de la journée nationale de la qualité de l’air, le Réseau Action Climat, UNICEF France, WWF France, Greenpeace France, et la FNAUT appellent les pouvoirs publics, nationaux et locaux, à agir avec ambition pour mieux protéger les enfants et les adultes de la pollution atmosphérique.

A l’occasion de la journée nationale de la qualité de l’air, la Directrice générale du Réseau Action Climat, le Directeur général d’UNICEF France, la Directrice générale de WWF France, le directeur général de Greenpeace France, et le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, le directeur (FNAUT) appellent les pouvoirs publics, nationaux et locaux, à agir avec ambition pour mieux protéger les enfants et les adultes de la pollution atmosphérique*.

Alors que les épisodes de pic de pollution dans les grandes villes sont de plus en plus fréquents, 8 Français sur 10 se déclarent sensibles ou très sensibles à l’environnement et la pollution de l’air est une de leurs premières préoccupations. La qualité de l’air est devenue un sujet médiatique et politique. Que ce soit pendant l’examen de la loi d’orientation des mobilités ou en réponses aux actualités, des engagements ont été pris par les pouvoirs publics mais ne sont pas suffisants.

Aujourd’hui le constat n’est plus remis en cause. Les études scientifiques s’accumulent pour affirmer que la pollution de l’air a des effets très graves sur la santé, en particulier chez les enfants : asthme, allergies, dermatites, déficiences immunitaires, diabète, obésité, dépression… Les travaux publiés récemment par l’ANSES le confirment une fois de plus. Les décisions de justice tombent, elles aussi : la responsabilité de l’Etat a été retenue pour carence fautive deux fois en l’espace de 2 semaines. Et une décision de la Cour de justice de l’Union européenne, assortie le cas échéant d’amendes, est attendue prochainement. Face à un tel enjeu sanitaire, il faut agir, et au plus vite.

Alors que nous connaissons la source de cette pollution dans nos villes, force est de constater la lenteur avec laquelle les pouvoirs publics agissent. A l’échelle nationale, le  secteur des transports émet 57% des émissions d’oxyde d’azote et 15% des émissions des particules fines (PM2,5)[1]. C’est notamment la conséquence de la « diésélisation » du parc automobile et des dépassements des normes anti-pollution. Nous apprenons aujourd’hui que 9,8 millions de véhicules hérités du dieselgate circulent encore sur les routes françaises alors qu’ils émettent au moins 2 fois plus que la norme Euro[2].

A Paris, 27% des établissements recevant des publics sensibles (écoles, crèches, hôpitaux) sont exposés régulièrement à des dépassements de seuils des normes européennes. A Marseille, une école sur deux serait concernée par des dépassements de normes (source Greenpeace). Résultat, en France, trois enfants sur quatre respirent un air toxique pour leur santé selon l’Organisation mondiale de la santé.

Une chose est certaine : nous ne pourrons pas améliorer la qualité de l’air durablement sans sortir de notre dépendance à la voiture et en particulier aux véhicules essence ou diesel. Nous ne pourrons pas offrir à nos enfants la possibilité de respirer un air plus pur, sans penser, promouvoir et mettre en œuvre les conditions pour un changement de mobilité pour tous. Alors que le défi climatique s’accélère chaque jour, nous devons saisir l’opportunité de repenser nos modes de vie urbains pour des villes plus durables et plus respirables.

Notre objectif n’est pas de blâmer, de punir ou de contraindre les citoyens, c’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics de soutenir et d’amplifier ces changements nécessaires.

Tout d’abord, il est crucial d’avoir de nouvelles données pour mieux connaître l’exposition de la population française, en particulier des jeunes populations, aux polluants et leur impact sur la santé.

Au niveau national, des fonds doivent être débloqués pour encourager et soutenir les changements individuels : prime à l’achat de véhicules véritablement moins polluants et plus légers que les SUV, en priorité pour les ménages défavorisés, et d’autres moyens de déplacement comme le vélo. La hausse des fonds publics alloués au développement des transports en commun et du vélo permettra enfin des changements collectifs à grande échelle.

Au niveau local, les collectivités qui en ont les moyens devraient renforcer ces dispositifs individuels et réduire la place de la voiture. Les zones à faibles émissions, en particulier autour des écoles ou crèches, peuvent être un outil efficace d’amélioration de la qualité de l’air à condition d’être assez ambitieuses et assorties d’alternatives pour permettre à moyen terme la fin du diesel et de l’essence en ville.

Les mesures commencent à porter leurs fruits à Grenoble, Paris, Madrid, Barcelone et ailleurs : leur mise en œuvre doit être accélérée ; c’est pourquoi nous appelons les candidats aux élections municipales à faire de la mobilité durable et de la qualité de l’air une priorité.

  • Sébastien Lyon, Directeur général d’UNICEF France
  • Morgane Créach, Directrice du Réseau Action Climat France qui rassemble 22 associations nationales
  • Bruno Gazeau, Président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT)
  • Véronique Andrieux, Directrice générale du WWF France
  • Jean François Julliard, directeur général de Greenpeace France

*Tribune publiée sur France Info

[1] Ministère de la transition écologique et solidaire, rapport Compte des transports de la nation en 2018

[2] Transport & Environment, Dirty diesels grow to 51 million across EU, as carmakers still put profit before clean air

 

> Plus d'infos

> Retouvez le dossier Sans transition ! consacré à la pollution de l'air et à son impact sur les enfants

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