L'autisme entre Guillemet

Créé le : 18/08/2017
David Guillemet et Camille, l'une des stagiaires qu'il accueille sur son exploitation agricole de Ploerdüt (56) - DR
« Je ne suis pas autiste », répétait François Fillon en mars dernier, en direct à la télévision. David Guillemet l'est, lui, autiste Asperger. Ce qui ne l'a pas empêché de se présenter aux dernières élections législatives sous la bannière de la France Insoumise. Mais ce Morbihannais de 43 ans est avant tout un éleveur bovin généreux qui accueille dans sa ferme des stagiaires en situation de handicap. 

« L’agriculture, c’est suffisamment compliqué en ce moment, on ne va pas non plus s’embêter avec des débiles ». Cette phrase, David l’entend alors qu’il est délégué des parents d’élèves, dans le lycée agricole où est scolarisé son fils. Elle fait référence à deux dossiers « atypiques », des élèves souffrant, l’un d’autisme Asperger, l’autre de dysphasie (trouble lié au développement du langage oral). Pour David, c’est le déclic.

Ferme solidaire

Handicapé des membres inférieurs, il est diagnostiqué autiste Asperger à l’âge de 18 ans. Après une adolescence qu'il juge « catastrophique » et un burn-out alors qu’il occupe le poste de directeur informatique dans un groupe de la grande distribution, il éprouve des difficultés à se réinsérer sur le marché du travail. En effet, si le syndrome d’Asperger n’est pas associé à un déficit intellectuel ou à des problèmes de langage, il se caractérise par d’importantes difficultés d’interaction sociale. Ce qui, ajouté aux préjugés, courants sur cette maladie, complexifie considérablement l’accès à l’emploi pour ceux qui en souffrent.

Éleveur de vaches à titre amateur depuis des années, David décide à la fin 2014 de s’installer officiellement en bio à la ferme de Runasquer, à Ploërdut (56). Malgré la frilosité des banques, une épidémie l’hiver dernier, et un redressement judiciaire, l’exploitation continue de tourner. David y forme des jeunes en situation d’autisme ou de handicap. Les revenus de l'exploitation sont entièrement reversés au projet : les stagiaires y sont logés, nourris, blanchis, et perçoivent une indemnité. « C’est très difficile pour ces jeunes de trouver des stages à l’extérieur du lycée. Après leur expérience ici, ils auront fait leurs preuves, et auront plus de facilités à s’insérer », espère David.

Camille, qui effectue son troisième séjour à la ferme du Runasquer, est du même avis. Passionnée par les animaux, rêvant de devenir soigneuse animalière, elle a beaucoup gagné en expérience et en assurance au cours de ses stages. « J’ai vu que je pouvais faire exactement la même chose que les autres », explique avec fierté la jeune femme de 18 ans. Quand elle raconte comment, accompagnée par David, elle a appris à conduire le tracteur, son ton est enjoué : « quand David voit qu’il y a quelque chose qui bloque, il trouve toujours une solution ».

Car l'agriculteur souhaite que ces stages soient pour les jeunes qu’il accueille l’opportunité de progresser à la fois du point de vue professionnel et de celui de leur autisme. Deux aspects qui, pour lui, sont indissociables. « L’un ne va pas sans l’autre », soutient-il. Et pour lui aussi, ces rencontres sont une façon d’apprendre : « je prends conscience que j’ai encore beaucoup de progrès à faire, aussi bien en termes pédagogiques que vis à vis de mon propre handicap ».

Candidat aux législatives

Des progrès, cette année, David en a fait, non seulement à la ferme, mais aussi… En politique. Suite au rejet en première lecture d’un projet de réforme sur la prise en charge de l’autisme à l’Assemblée Nationale, en décembre 2016, David décide de se présenter aux législatives, sous l’étiquette de la France Insoumise. Sa candidature reçoit 11% des suffrages exprimés, et « rien que ça, c’est une victoire ».

Mais il reste inquiet. « La méconnaissance de l’autisme est affligeante », s’attriste-il. « Je voulais qu’on mette le sujet sur la table, ne serait-ce qu’au niveau local. […] Ça aura permis de montrer que même une personne Asperger est capable de prendre la parole en public », se réjouit-il. L’écho rencontré par sa candidature a toutefois l'a néanmoins réjouit : « Ça a amorcé une vraie réflexion, pour les stages des jeunes autistes. Des paysans m’appellent maintenant des quatre coins de la France pour me poser des questions. Je pense que certains feront au moins l’expérience une fois, ce qui est une sérieuse victoire. » Et pas question pour David de s’arrêter là. Prochaine étape : accueillir des jeunes en apprentissage.

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